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N°5
Janvier 2005
Editorial
Sommaire
L'intendant injuste
(Lc 16.1-13) par Vivian Bénézet
Le billet d'humeur « C.
C. : Le billet d'humeur ! » par Bernard
Lehmann
« LA PRIÈRE :
PETIT PARCOURS PRATIQUE - 3. Fructifier dans ma localité »
par Claude Grunenwald
« Les évangéliques
et les défis de l'heure » - Stéphane Lauzet
répond à nos questions - Interview réalisée
par jp.w
Lettre d'évangélisation
du Groupe de Travail « Mission et Evangélisation »
de la Conférence Centrale du Centre et du Sud de l'Europe
Le Billet de notre
évêque : « Il faut que les murs
tombent » par Heinrich Bolleter
Le billet des Eglises
- Munster - Mobilisation
autour de Cornélia
Sortie à
Bischwiller
« La lèpre
reste un problème de santé mondiale ! »
par Pierre Geiser Président du Conseil de la Mission Evangélique
contre la Lèpre
Congrégation
des soeurs de Béthesda - « Retour sur la dédicace
du Home des soeurs » par Claire-Lise Meissner-Schmidt
Centre de vacances
Landersen
prochaine échéances
La grille du
mois + grille du mois précédent -
Poème de Robert
Braesch
contact
|
N°5 JANVIER
2005
Bulletin
d'information francophone
de
l'Eglise Evangélique Méthodiste
UNION
DE L'EGLISE EVANGELIQUE METHODISTE (UEEM)
UNITED
METHODIST CHURCH (UMC)
|
LES
EVANGÉLIQUES: PRÉSENT ET DEVENIR
Les Evangéliques et
les défis de l'heure
Stéphane Lauzet, secrétaire général
de l'Alliance Evangélique Française répond
à nos questions
interview réalisée
par jp.w
Malmenés par certains media (le Nouvel Observateur
par exemple) et encensés par d'autres (Réforme),
les évangéliques cherchent leur voie au coeur de
ce pays où plane l'ombre d'un laïcisme virulent.
Qui de mieux sinon le pasteur Stéphane Lauzet, Secrétaire
général de l'Alliance Evangélique Française
(AEF) pour nous en parler en ce mois où se multiplient
les rencontres entre croyants et communautés de tous bords
(Dans le prochain numéro d'EN ROUTE, la seconde partie
de l'interview consacrée au positionnement des évangéliques
face à la montée du laïcisme pur et dur comme
face à la question de l'entrée de la Turquie dans
l'UE).
Le PPEF
En Route (ER) : On connaît le PAF, le paysage
audio-visuel français ? Il existe aussi le PEF, le
paysage évangélique français. Comment se
présente le monde évangélique français
en 2004/2005 ? De par tes fonctions de Secrétaire
général de l'AEF, tu es bien placé pour
en parler.
Stéphane Lauzet (SL) : Je crois que le paysage protestant
évangélique français (PPEF) se présente
toujours sous une couleur dynamique, mais le dynamisme dont il
fait preuve mérite d'être analysé un peu
plus finement : on se rendra compte alors que ce dynamisme
n'est pas forcément synonyme de croissance. Il y a plus
d'églises évangéliques mais y-a-t-il plus
de chrétiens ? Avons nous réellement une influence
sur la société ? Je relève cependant
quatre points qui me paraissent significatifs. D'abord, on a
beaucoup parlé en 2004 des évangéliques
, mais pas toujours en bien. Ils ont été confrontés,
peut-être pour la première fois, sinon à
de l'opposition frontale, en tout cas à une succession
de mauvaises informations, à des présentations
tendancieuses - l'article du Nouvel Observateur, dont tout
le monde a entendu parler en est la parfaite illustration -.
Le regard de nos media sur la situation nord-américaine,
la foi affichée de Georges W. Bush ont provoqué
un double phénomène : la découverte
des évangéliques par les médias et dans
le même mouvement le parasitage de notre image de chrétiens
évangéliques français.
Des chiffres
Depuis 1970, 1100 églises
locales supplémentaires ont été implantées
en France métropolitaine et dans les DOM.
Actuellement, leur nombre s'élève à 2014,
dont 1852 en métropole.
(Annuaire Evangélique 2005) |
Le deuxième élément à souligner,
c'est la volonté de plus en plus marquée de la
part des évangéliques d'être reconnus. Cette
soif de visibilité les amène quelquefois à
manifester ou à prendre des positions un peu rapides,
à envoyer des communiqués de presse un peu à
tort et à travers.
Troisièmement, je constate que les évangéliques
commencent à subir ici ou là quelques petites tracasseries
administratives, sous couvert de la loi de séparation
de l'Eglise et de l'Etat. Rien de bien méchant mais il
faut être conscient que s'amorce un mouvement qui n'a pour
seul objectif que de cantonner la foi et son expression dans
la sphère du privé. Il faut être vigilant.
Quatrième remarque que je ferai sur le monde évangélique
à l'heure actuelle : je note,
avec satisfaction, les efforts qu'il fait pour casser cette impression
d'éparpillement qu'il donne et pour tenter d'être
plus unis et de renforcer ses liens. Le CNEF (voir encart), à
ce titre, mérite tous nos soins, car c'est la première
instance qui regroupe l'ensemble du monde évangélique.
Chacun de ses participants accepte de s'attacher à l'essentiel,
au coeur de la foi, aux réalités centrales. Le
CNEF a besoin encore de temps pour prendre sa pleine mesure mais
il est riche de promesses.
Le CNEF
CNEF : Conseil
national des évangéliques en France. Il a été
créé au cours d'une série de réunions
qui ont eu lieu entre 2001 et 2003. S'y retrouvent l'AEF, la
FEF, les ADD, les Eglises évangéliques membres
de la Fédération protestante de France, la mouvance
charismatique et pentecôtiste. Le CNEF se présente
comme « une plate-forme en vue de renforcer les liens
et la visibilité du protestantisme évangélique
français, dans le respect de ses diversités ».
(d'après Réforme) |
Unité sur l'essentiel loin des extrêmes
ER : Mais comment parvenir à ce recentrage
sur une ligne modérée et consensuelle, quand, aux
frontières, d'un côté le fondamentalisme
frise l'intégrisme et de l'autre le charismatisme l'illuminisme ?
SL : Les termes de la question montrent la difficulté
de la tâche. Des pas significatifs ont été
franchis, je fais référence aux demandes de pardon
qui se sont exprimées; je fais aussi référence
au fait que des gens qui ne se côtoyaient pas, maintenant
acceptent de se voir régulièrement, de parler ensemble,
de prier ensemble... Il y a encore beaucoup de travail mais de
grands pas ont déjà été faits. Les
coeurs des leaders ont été touchés, maintenant,
il faut qu'à la base les choses se transmettent mieux
et là il y a encore du travail. Les chrétiens de
dénominations différentes ont donc forcément
besoin de faire un travail de connaissance, de reconnaissance
et puis de remise en cause de chacun. Qu'est-ce qui fait l'essentiel
de ma foi ? Qu'est-ce qui est de l'ordre de la culture d'église,
mais qui n'est pourtant pas l'essentiel de la foi ? Ces
questions sont importantes à se poser et la façon
d'y répondre aura une incidence sur la qualité
des relations.
Les spécificités de l'approche évangélique
ER : Justement, l'essentiel peut-il se traduire par les
quatre points avancés souvent par les sociologues pour
décrire le mouvement évangélique, la conversion,
le biblicisme, le militantisme, le crucicentrisme ?
SL : Oui, il me semble qu'on a là une bonne définition
de ce qu'est l'évangélique. Cette définition
mérite d'être quelque peu affinée et dans
ce sens, quand le CNEF se donne comme déclaration de foi
la déclaration de foi de l'Alliance, on a là quelque
chose qui permet aussi de dire un peu plus que ces quatre points
et permet de balayer ce que j'appellerai les fondamentaux de
la foi chrétienne et de pouvoir manifester un accord sur
ces points. Le problème ce n'est pas tant ce que les gens
croient ou ne croient pas, mais plutôt la manière
dont ils vivent leur piété. C'est là où
l'on va avoir des difficultés : vous pouvez être
tout à fait en très bonne relation avec un chrétien
ou un pasteur d'une obédience complètement différente
de la vôtre, mais dès que vous êtes avec lui
dans son lieu de culte, ou réciproquement, les choses
peuvent être un peu plus difficiles.
La question des limites
ER : Est-ce qu'à l'Alliance Evangélique
on s'interroge sur la question des limites et des frontières :
qu'est-ce qui est protestant évangélique et qu'est-ce
qui ne l'est pas ? Je pense qu'il y a un débat au
sein du protestantisme.
SL : La question est en effet délicate mais il me
semble qu'un homme comme Stott, dans l'ouvrage édité
par la Ligue, « La foi évangélique,
un défi pour l'unité » nous aide à
y voir clair. Pour lui, la foi évangélique n'est
pas une innovation récente mais, en citant Luther, « rien
d'autre que ce que les Pères de l'Eglise, les apôtres
et Christ notre sauveur lui même ont enseigné ».Il
affirme que c'est « le courant principal du Christianisme,
avec des chrétiens qui n'ont aucune peine à réciter
le symbole des apôtres et celui de Nicée sans aucune
réserve mentale ». Je vous renvoie aussi à
ce que dit Sébastien Fath, avec les quatre points qui
caractérisent l'évangélique.
Pour nous et dans la suite de ce que je viens de dire, quand
quelqu'un devient membre de l'Alliance Evangélique, on
s'attache à être au clair sur sa déclaration
de foi ou plus exactement on vérifie s'il est en accord
avec la déclaration de foi de l'Alliance Evangélique.
On s'interroge aussi sur sa pratique dans les relations avec
les autres communautés. Comment la collaboration se vit-elle
avec les autres communautés protestantes sur le terrain,
comment est-il perçu, comment lui-même perçoit-il
les autres ? On voit vite si la personne, qui peut être
au demeurant un très bon évangélique est
quelqu'un d'ouvert ou s'il vit sur un repli.
Le point de vue d'un sociologue
Les évangéliques
insistent traditionnellement surtout sur 4 points :
« 1. La conversion, c'est-à-dire le changement
radical de vie suite à l'expérience religieuse,
en l'occurrence, la rencontre avec le Christ.
2. Le biblicisme, la centralité de la Bible comprise non
seulement comme contenant la Parole de Dieu, mais comme étant
aussi véritablement cette Parole, parfaitement normative
dans tous les domaines de la vie.
3. Le militantisme, qui incite le chrétien converti à
traduire son expérience par un engagement, un témoignage
qui implique, à mon sens, assez nettement une « Eglise
de professants », dans laquelle on entre suite à
la profession personnelle de sa foi.
4. Le crucicentrisme, dont parle le théologien anglican
évangélique John Stott. Cette centralité
de la croix invite à lire l'événement de
la croix comme le point crucial de l'histoire humaine, le salut
ne passant que par la croix. C'est un thème en principe
très rémanent dans les prédications évangéliques. »
Sébastien Fath, sociologue (in religioscope.com/info/articles/005_evangeliques_fr.htm) |
__________
Au-delà de tout clivage
ER : Traditionnellement, l'Alliance Evangélique
fait preuve d'ouverture et favorise le lien entre les croyants;
selon la définition que donne le pasteur J.A. de Clermont,
président de la Fédération Protestante de
France devant les évêques de Lourdes, le terme d'évangéliques
est à prendre au sens générique, général,
généreux et génial : « sont
évangéliques, ceux qui placent au cur de leur foi
le message évangélique et ce qui en fait le noyau
central, la passion et la résurrection du Christ ».
A ce compte, même des catholiques peuvent se dire évangéliques ?
Cela heurte?
SL : Mais bien évidemment, au sein de toutes les
Eglises trinitaires, il y a des évangéliques. Mais
une telle définition pose plus de problèmes qu'elle
n'en résout, car il modifie le sens de l'appellation et
en restreint singulièrement la portée. L'usage
de ce vocable est très spécifique, et Christophe
Sinclair, dans l'ouvrage qu'il a dirigé aux Presses Universitaires
de Strasbourg, « Actualité des protestantismes »
le montre bien .Au fil des siècles, la notion a évolué
mais Sinclair note qu'« aujourd'hui, une partie des
Eglises issues de la Réforme s'est approprié ce
terme pour se désigner et pour signifier sa volonté
d'une définition relativement précise de la foi,
de la pratique et de l'identité chrétiennes dans
le sens d'un protestantisme orthodoxe, piétiste et congrégationaliste »
Il faut faire avec, tout en se réjouissant que la fidélité
ne soit pas l'apanage d'une dénomination ou d'une frange
du christianisme.
ER : Il n'y a pas d'exclusivisme.
SL : Il n'y a pas d'exclusivité. Cela étant
dit, il y a quand même un cadre à mettre. La question
est très délicate, et pour reprendre la formulation
du président de la FPF, remplaçons le mot d'évangélique
par le mot de protestant. Pourrait-on dire la même
chose ?
ER : Un catholique peut-il être un protestant ?
SL : Voilà,
La Semaine Universelle de Prière
ER : Oui, mais pas nécessairement ! L'Alliance
Evangélique, réseau très dense s'étendant
à travers le monde, fait la promotion de la prière
entre Eglises, entre croyants à l'échelle locale,
en janvier toutes les années depuis 1846. Parle-nous de
cette entreprise de foi et de la forme que cette Semaine Universelle
de prière prend cette année ?
SL : Effectivement, cette semaine de prière a
été déclarée en 1846. La réalité,
c'est que la première a commencé en janvier 1847
et, sauf erreur de ma part, elle n'a jamais été
interrompue. Elle rassemble un peu partout des chrétiens
pendant une semaine, autour d'un même thème avec
cette idée par derrière que si les chrétiens
prient ensemble il y a beaucoup de choses qui peuvent se passer
par après. Cette Semaine n'est pas toujours suivie de
façon identique selon les pays, selon la géographie,
mais elle reste quand même un élément très
fort et très structurant de l'Alliance Evangélique
en Europe. Pendant une semaine, des millions de chrétiens
prient ensemble et se laissent guider par une même thématique.
C'est le Notre Père qui a été retenu cette
année et l'Alliance Evangélique Norvégienne
a préparé la première mouture reprise par
un comité français. Je suis reconnaissant en tout
cas de cette thématique retenue, car on est là
avec un texte fondamental, une parole du Seigneur sur la prière
Ce n'est pas mauvais de se remettre tout ça en mémoire.
Ceci dit, la nouveauté de cette année mérite
d'être saluée. Le livret est diffusé en Suisse
Romande et au Luxembourg. C'est la première fois.
ER : C'est la francophonie qui s'associe...
SL : On commence et cela ne se fait pas sans difficultés
techniques, mais c'est réjouissant. Cette année,
il semble que les livrets ont été demandés
plus tôt, alors même qu'ils sont sortis plus tard
. Pratiquement les 25000 exemplaires sont épuisés
mais il est toujours possible d'aller sur le site Internet pour
avoir les textes (www.alliance-evangelique.org)
Page
6-8 Les Evangéliques avec Stéphane Lauzet (fichier
pdf 244 ko)
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