Daniel Osswald
pasteur
Sous peu, nous allons
entrer dans la semaine sainte, comme s'il y avait des semaines
plus saintes que d'autres ! Cette semaine aura pour beaucoup
une connotation commerciale. On nous avait fait le coup avec
l'Avent, l'Avent de quoi ? L'Avent du dieu Mammon ? !
Nous sautons avec frénésie d'une fête païenne
à l'autre ; nous n'en pouvons plus. Vainement nous
essayons d'habiller ces fêtes d'un peu de sens, de traditions
chrétiennes. Le temps s'accélère, on aimerait
se poser, réfléchir, fêter simplement, joyeusement,
prendre du temps pour Dieu, pour nous, pour les autres. Personne
ou presque n'ose résister à la pression consumériste
et pourtant ce serait tellement utile, la folle frénésie
ne procure pas que du bonheur, loin de là ! Chez
nous, la famille, les personnes seules, les réfugiés
ne vont pas si bien ; ailleurs la misère, les guerres
sont de véritables fléaux souvent orchestrés
au mieux par nos lâchetés occidentales, au pire,
par notre soif de gain et de pouvoir. Pour une grande part, c'est
l'échec d'une civilisation judéo-chrétienne
ou christianisée ou, pour ceux qui ne veulent pas s'y
reconnaître, d'une civilisation post-chrétienne.
D'une manière ou d'une autre, le christianisme est accusé
et nous avons tort de nous défausser trop rapidement en
accusant les autres ! S'il n'y avait eu que Bouddha, Mahommed,
Yahvé et quelques autres, on pourrait discuter, mais il
y a eu le Christ ! Devant Lui, devant son message radical
de justice et d'amour, il n'y a plus rien à dire, nous
n'avons pas d'excuses, nous sommes responsables voire coupables
d'avoir laissé faire, de l'esclavage à l'apartheid
en passant par la course aux armements et les multiples pollutions
matérielles et spirituelles. Je sais bien que tout n'est
pas simple, aussi simple que j'essaie de le décrire en
quelques mots ; il y a eu la Croix-Rouge, les orphelinats,
certaines uvres missionnaires, la lutte contre l'esclavage et
d'autres qui atténuent la mauvaise image d'une société
qui se voulait très chrétienne. Certains me diront,
mais nous les « évangéliques »
nous ne sommes responsables de rien, nous sommes fondés
sur la Bible, sans pouvoirs et puis nous condamnons l'injustice.
Certes, nous sommes sans histoire et donc sans mémoire,
c'est commode ! Je ne suis pas si certain cependant que
nous n'avons pas déjà quelques « valises »
qui nous accuseraient si Dieu décidait de les ouvrir.
Si la Semaine Sainte pouvait nous amener à réfléchir,
à entrer en nous-mêmes. Que l'amour ardent du Christ
et son exigence de justice nous amènent à perdre
nos certitudes. Que les exigences radicales de Dieu nous dépouillent
de nos complaisances et suffisances ; reconnaissons que
nous avons péché contre Dieu et nos frères,
humilions-nous sous Sa puissante main !
Si la Semaine Sainte pouvait nous amener à prendre conscience
que nous sommes pauvres et nus malgré nos richesses !
Alors le sang du Christ pourrait nous purifier de tout péché.
Alors nous prendrions la route du Jardin du Tombeau comme pour
aller au baptême afin d'être ensevelis dans la mort
du Christ pour renaître à une vie nouvelle.
Des semaines deviennent saintes, et il en faut, non parce qu'elles
sont marquées sur un calendrier, mais parce que nous y
expérimentons la grâce de Dieu qui renouvelle et
qui fortifie ceux qui ont été profondément
touchés par leur péché. Si d'aucuns ne sont
pas convaincus, relisez les Épîtres de Pierre et
de Jacques, elles ne sont pas trop longues et vous permettront
peut-être de préparer un nouveau départ,
une résurrection !
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