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N°8
Avril
2005
Editorial
Sommaire
Méditation
- Victoire - par Joseline Waechter
Le billet de notre évêque
- Ah ! les enfants - par l'évêque
Heinrich Bolleter
Agenda
Le billet d'humeur - « La
Turquie, membre de l'Union Européenne : une bénédiction
pour l'Europe ? » par Claude Grunenwald
Echos du Synode de l'EMF (26 février
2005) - par Colette Guiot et Christine Otge
Lettre aux Églises - 66e Synode EMF
Anduze 26 février 2005 - par Evelyne
Otge
Retour sur le week-end de formation « Comment
faire pour bien faire ? » - par Rose-May
Privet
Retour sur le Congrès
sur l'évangélisation (mars 2005 à Lyon) - « Restons
visibles ! » - par Sandrine Pierson
Du vécu - Réflexions
après une agression - par Hugh Johnson
Lu pour vous « Protestants
en Algérie » de Zohra Ait Abdemalek - Recension
par le pasteur Paul Brès
Tipi Ardent - par
Robert Gillet
Billet des jeunes - « Compte
les bienfaits de Dieu ! » par Maryline (Munster)
Nouvelles de nos Eglises
- Quelques nouvelles d'Agen - par Arlette Brunel
- Genève - Fête de Reconnaissance (Thanksgiving)
- par Peter Karunaratna
Metz - Penser aux autres - Tourner son regard
vers les autres - par Frédérique Simonetti
Mots Croisés par JP Waechter
Une histoire de grenouille
contact
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N°8 avril
2005
Bulletin
d'information francophone
de
l'Eglise Evangélique Méthodiste
(EEM)
UNITED
METHODIST CHURCH (UMC)
|
DU
VÉCU
Réflexions
après une agression
Hugh Johnson
pasteur
Le pasteur Hugh Johnson, à la tête, pendant 43
ans, de l'Eglise Evangélique Méthodiste (EEM) d'Alger
(Algérie), a subi une agression mercredi le 19 janvier
2005 qui a failli lui coûter la vie: un inconnu l'a poignardé
d'un coup de couteau. Pour En Route, il revient sur cet épisode
dramatique et témoigne des leçons qu'il en a tirées.
J'avais entendu que deux personnes avaient été
agressées à Alger juste avant mon retour d'une
tournée aux Etats-Unis. Cela m'a surpris, parce que les
choses semblaient se calmer après ce qu'on a convenu d'appeler
« la décennie noire ». J'étais
d'autant plus surpris que j'ai eu la joie d'en recevoir une d'elles
dans la cour du Temple, et elle ne m'en a même pas parlé.
C'était après sa visite que d'autres m'en ont parlé,
et que j'ai appris que c'était ce même ami qui m'avait
serré dans ses bras à mon retour à Alger.
On m'a dit qu'après l'attentat contre lui, il est allé
à pied à l'hôpital pour se faire faire deux
points de suture, et qu'il est rentré chez à pied
immédiatement après.
Quelques jours plus tard, l'Ambassadeur de Grèce a annoncé
que le 19 janvier, veille de l'Aïd
Elfitr et aussi de la célébration de la Semaine
de Prière pour l'Unité des Chrétiens, une
fête serait observée à la communauté
des Orthodoxes grecs. Plusieurs personnes m'ont dit qu'elles
voulaient y assister, et j'ai décidé d'y aller.
Finalement la seule qui s'était présentée
était une soeur de Grandchamp. Nous nous sommes mis en
voiture, j'ai fermé la porte du garage, et je sortais
par le portail donnant sur la rue Reda Houhou. C'était
au moment où j'ai franchi le portail qu'un homme m'a heurté
en courant, me forçant contre le mur du local. Il a pris
la fuite, et je ne l'ai vu que de dos. C'est alors que je réalisais
que j'étais la troisième victime, mais j'étais
loin de penser que c'était plus grave que les autres attentats.
J'ai mis ma main sur le dos, et en ce faisant j'ai fait tomber
le couteau de boucher. La lame, d'une longueur de vingt centimètres
et d'une largeur de deux centimètres, en était
ensanglantée jusqu'à la manche en bois. J'ai averti
les personnes au coin de la rue qui ont essayé d'attraper
l'agresseur. J'ai demandé aux passants de dire à
la soeur qui m'attendait dans la voiture de la fermer et de retourner
à la maison. Un des passants a arrêté une
voiture, demandant au chauffeur de me conduire vite aux urgences
du grand hôpital d'Alger. Miraculeusement, il a fait le
trajet à l'heure de pointe (09h30) en cinq minutes. Je
saignais abondamment, et au moment où nous sommes arrivés
au service des urgences, j'ai perdu connaissance.
Quand, quelques minutes après, je me suis réveillé,
le service avait déjà commencé à
me soigner, en premier lieu par des tentatives d'arrêter
l'hémorragie. J'ai entendu l'annonce toutes les quelques
secondes de la baisse de la tension artérielle, ainsi
que la réduction de la respiration et la diminution du
pouls. Après l'annonce de six sur quatre, la baisse s'est
arrêtée, car l'hémorragie avait été
maîtrisée. Il y avait une équipe d'une dizaine
de spécialistes qui s'occupaient de moi. Ils faisaient
tout pour me sauver, travaillant avec ferveur et compétence.
J'ai été tout de suite après conduit en
ambulance à la salle d'opération, et ensuite au
service de réanimation. Chaque personne a pris soin de
se présenter et de me dire quelle était sa fonction.
Voilà pour les premiers temps. Je suis resté dans
ce service pendant plus d'une semaine. De là, j'ai été
reçu chez des amis pour la période de convalescence
qui a duré encore deux semaines, avec des retours à
l'hôpital pour des contrôles.
On m'a demandé, après, qu'elles étaient
mes pensées. Cela peut sembler curieux, mais tout d'abord,
je n'avais pas du tout peur. La mort n'a jamais été
pour moi un ennemi à redouter. Pendant tout ce temps-là,
j'avais l'impression d'être en dehors de moi-même,
à regarder ce qui se passait autour de moi, sur moi, en
moi. Je ne sentais pas de rancune envers cette Algérie
qui m'avait accueilli pendant plus de quarante ans, je ne pouvais
pas imaginer que l'Islam en lui-même m'aurait fait cela,
et je n'avais pas non plus une haine pour celui qui m'avait fait
ce coup-là. Mais je ne comprenais pas. J'essayais de comprendre,
mais je n'arrivais pas à le faire. Et, en tout cela, la
peur ne m'a jamais gagné, ni la pensée de fuir
ce pays pour chercher refuge ailleurs. Cela aurait été,
dans mon esprit, un mauvais témoignage, voire un contre-témoignage.
Ce serait inadmissible.
J'ai eu la conviction que ce que j'avais dit aux autres à
maintes reprises était juste. Dieu ne nous envoie pas
la souffrance, tout comme il ne nous en épargne pas, mais
je sais qu'il nous accompagne dans l'épreuve, nous saisissant
spirituellement la main pour dire sa présence dans tous
les dangers. Je sais d'expérience personnelle ce que signifie
marcher dans la vallée de l'ombre, et y être accompagné
par le Seigneur. J'ai essayé pendant tout ce temps-là
de faire comprendre cela à ceux, tant du personnel soignant,
que des frères et soeurs de l'Eglise qui, eux aussi, m'ont
accompagné. Je sais que ce message est passé, parce
que le Seigneur était non seulement avec moi, mais aussi
avec tous ceux qui m'entouraient, de loin ou de près.
Je me sentais renforcé par l'amour fraternel, par la prière
de chacun de ceux qui me remettaient au Seigneur, par la conviction
de tout un chacun que la victoire était au bout de l'expérience,
que la souffrance fait partie de notre cheminement avec le Seigneur.
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