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N°10
Juin
2005
Editorial
Sommaire
Droit d'asile, droit bafoué ?
Etude biblique
L'accueil du réfugié
Emmanuel Briglia
Pasteur
Droit d'asile, droit bafoué ?
Du répressif au respect
L’immigration face à
la loi en France - Entretien avec Michel Weckel, (Cimade —
Alsace)
La parole à Vivian
Bénézet,
pasteur et responsable de l’Antenne de la Cimade dans les
Landes
De l’épreuve
de
l’exil,
Témoignage d’Edgar Zimambu
De coeur à coeur par Senadeta
Kulovac
Etre immigré en
Algérie par Rose-May
Privet pasteure
La loi a
changé -
« Repères
statistiques » pour la France - Immigration en
général - Demande d’asile - Approche
sécuritaire et répressive - Des
« faux
déboutés » du droit
d’asile - Les
églises, sanctuaires des déboutés du
droit
d’asile - France - Canada - Grande Bretagne - Pour
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N°10
Juin 2005
Bulletin
d'information francophone
de
l'Eglise
Evangélique Méthodiste
(EEM)
United Methodist Church (UMC)
|
Droit
d'asile, droit bafoué?
La parole à Vivian Benezet, pasteur
et responsable de l'antenne de la Cimade dans les Landes
propos recueillis par jp.w
Un poste de
responsabilité
Le pasteur Vivian Bénézet dirige depuis peu l'antenne de
la Cimade dans le département des Landes. Son rôle est
surtout relationnel : il fait le lien entre les institutionnels
(administration et préfecture) et les autres associations
à caractère social, le MRAP, le CADA (Centre
d’Accueil des Demandeurs d’Asile) dans l’accueil des
réfugiés politiques et économiques venant en
France en attendant leur régularisation.
Pour la défense
des immigrés
essentiellement un
rôle de défense au niveau des droits. Elle fournit
à tout requérant du droit d'asile les informations qui
lui sont nécessaires pour sa défense et l'accompagne sur
le plan juridique comme sur le plan humain dans ses démarches.
L’accompagnement
des personnes, une nécessité
Vivian Bénézet relève la souffrance de ces
demandeurs d’asile évidente pour ceux qui les
approchent : « Ce sont souvent des gens meurtris,
blessés. Je pense à ce Tchétchène qui
dernièrement était très violent autour de lui,
parce que sa famille avait été assassinée par les
Russes et il était comme perdu. C’est la raison pour
laquelle l’accompagnement n’est pas seulement d’ordre
juridique, législatif et judiciaire mais aussi humain fait
d’écoute : il s’agit d’écouter ce
que ces gens ont à dire et de développer notre don de
compassion et d’amour envers ces hommes et ces
femmes ».
Au nom de la foi
chrétienne
Vivian Bénézet fonde son engagement sur l'enseignement de
la Parole de Dieu : « au-delà de la Cimade, il y
a la Bible qui nous apprend que le peuple d’Israël doit
accueillir l’étranger avec amour. L’étranger
n’est pas un ennemi, mais quelqu’un à aimer comme un
frère. La Cimade est d’inspiration protestante,
chrétienne à l’origine et, dans son article 1,
parle de témoignage chrétien… »
L'église de Mont-de-Marsan a eu l'occasion de passer aux
actes : « Nous avons eu, il y a quelques années,
une famille arménienne, d’un pays que la France ne
reconnaît pas comme un pays en conflit, puisque ce pays est comme
on dit en voie de démocratisation, nous avons donc accueilli
cette famille pendant deux ans et nous avons pleuré et
prié avec elle. Quand nous l’
avons vue repartir dans son pays, nous avons vécu avec elle des
moments forts, de joie et de peine, ».
Le dét@il de
l’interview sur le net ci-dessous
En Route (ER :
Comment naît une vocation de responsable d'antenne de la
Cimade ? Comment en vient-on à ce poste de
responsabilité ?
Vivian Bénézet (VB) : Personnellement, c'est une
collaboration avec le pasteur de l'Eglise Réformée de
Mont-de-Marsan qui m'a permis de travailler à la Cimade. Il m'a
proposé de monter un groupe de la Cimade dans les Landes et d'en
devenir le président. Le président d'un groupe de Cimade
a surtout un travail relationnel avec les institutions (administration,
préfecture) mais aussi avec les autres associations à
caractère social, le MRAP, le CADA (Centre d'Accueil des
Demandeurs d'Asile) qui s'occupe justement des réfugiés
politiques et économiques venant en France et les héberge
en attendant de recevoir leurs papiers de la Préfecture.
ER : Pour
être clair, la Cimade est une sorte d'interface pour faire la
médiation entre les pouvoirs publics et les demandeurs d'asile
ou les réfugiés potentiels ?
VB : Le rôle de la Cimade est essentiellement un rôle
de défense au niveau des droits. Elle ne s'inscrit pas dans le
cadre d'une politique qui consisterait à défendre
à tout prix mais plutôt de permettre à des
personnes qui ne connaissent pas les lois françaises de pouvoir
se défendre avec un avocat, avec un service juridique, mais nous
ne faisons pas des choses hors la loi.
ER : Vous faites
les choses en équipe, vous prenez la défense de ces
personnes avec des personnes bénévoles
compétentes ?
VB : On travaille avec plusieurs associations (l'UNICEF, Amnisty
International, MRAP, La Ligue des Droits de l'Homme, etc...) pour
constituer une équipe et monter des dossiers de défense
de ces hommes et de ces femmes et souvent de ces familles.
ER : Quelle est
l'ampleur de cette mobilisation associative ?
VB : A Mont-de-Marsan, elle est très importante : nous
avons ce qu'on appelle une commission des déboutés du
droit d'asile, qui se préoccupe du sort de gens qui, dans un
premier temps, ont essuyé un refus de l'Etat et la
préfecture et nous les aidons à faire appel de cette
décision et les accompagnons au niveau juridique comme au niveau
humain dans ces démarches, parce que ces gens sont souvent
très, très seuls, isolés et sans personne à
qui parler.
ER : L'obstacle de
la langue n'est pas dérisoire ?
VB : Oui, dans les équipes que nous formons, nous avons
plusieurs personnes parlant des langues étrangères. En
France, parler le russe, c'est très important, parce qu'il y a
beaucoup de gens originaire des pays de l'Est. Autres langues
usitées, l'anglais, l'arabe...
ER : Nous avons
évoqué la mobilisation importante du mouvement
associatif, mais le flot de réfugiés prend quel
volume ?
VB : Je ne saurai pas dire exactement...
ER : Combien de
personnnes défilent dans vos bureaux et font l'objet de prises
en charge ?
VB : Tous les réfugiés en France ne passent pas par
la Cimade. Quelques fois, ils se débrouillent seuls, quelques
fois ils ne connaissent pas la Cimade et ne viennent donc pas les voir,
nous voir. Nous, nous en voyons peut-être une dizaine par an pour
le moment, mais nous sommes une association jeune.
ER : Et quel est le
degré de réussite de ces démarches ?
VB : Ça dépend des dossiers. Il y a des dossiers
indéfendables, mais il y a aussi des dossiers sur lesquels nous
devons nous pencher, parce qu'ils révèlent une
réelle détresse et une réelle peur, peur de
retourner dans leur pays.
ER : Qu'en est-il
de ces personnes, dont la vie est menacée dans leur pays
d'origine, seront-ils assurés d'une réponse
favorable par les services de l'OFPRA, par les autorités
concernées ? Est-ce qu'ils vont obtenir gain de cause ?
VB : La France mène une politique visant à
reconnaître les pays en guerre et en conflit interne, à ce
jour une dizaine de pays, par exemple, l'Ouganda, le Kosovo ou
l'Afghanistan, pour ne citer que ces pays... Mais dans le cas de
conflits internes non reconnus par la France, il est assez difficile
pour la personne d'être reconnue réfugiée.
ER : Et même
dans le cas de pays qui sont en voie de pacification, dont le processus
de paix est enclenché (l'Angola par exemple), rien ne garantit
la prise en compte de ces dossiers.
VB : Des pays comme le Rwanda sont reconnus, mais comme ils sont
en voie de pacification officiellement, il importe pour le demandeur
d'asile de monter un dossier pour prouver que sa vie est en danger dans
son pays d'origine: elle doit avancer des preuves et des
témoignages à l'appui de son récit, comme quoi
elle a subi des menaces de mort, etc....
ER : N'est-ce pas
trop demander à des personnes qui ont dû fuir en
catastrophe et qui ont du mal à renouer avec leurs contacts dans
leur pays d'origine ?
VB : C'est souvent des gens meurtris, blessés. Je pense
à ce Tchétchène qui dernièrement
était très biolent autour de lui, parce que sa famille
était assassinée par les Russes et il était comme
perdu. C'est la raison pour laquelle l'accompagnement n'est pas
seulement d'orre juridique, législatif et judiciaire mais aussi
humain fait d'acoute: il s'agit d'écouter ce que ces gens ont
à dire et de développer notre don de compassion et
d'amour envers ces hommes et ces femmes.
ER : Nous abordons
là la dimension de l'Evangile. Quel sera l'apport
spécifique de la Cimade sous cet angle, au-delà de
l'écoute ?
VB : Au-delà de la Cimade, il y a la Bible qui nous apprend
que le peuple d'Israël doit accueillir l'étranger avec
amour. L'étranger n'est pas un ennemi, mais quelqu'un à
aimer comme un frère. La Cimade est d'inspiration protestante,
chrétienne à l'origine et dans son article 1 elle parle
de témoignage chrétien et il faut adhérer à
cet article 1 pour adhérer à la Cimade. Tout le monde
n'adhère donc pas à la Cimade. Des gens qui ne croient
pas en Dieu ou en tout cas qui sont contre Dieu ne peuvent pas
adhérer à la Cimade.
ER : Est-ce que, en
tant que pasteur de l'Eglise méthodiste de Mont-de-Marsan, vous
avez eu directement prise avec un demandeur d'asile dans votre
communauté ?
VB : Oui, nous avons eu, il y a quelques années, une
famille arménienne, d'un pays, l'Arménie que la France ne
reconnaît précisément pas comme étant en
conflit, puisque ce pays est comme on dit en voie de
démocratisation-, nous avons donc accueilli cette famille
pendant deux ans et nous avons pleuré et prié avec elle.
Nous avons vécu avec elle des moments forts, de joie et de
peine, quand nous l'avons vue repartir dans son pays.
ER : Bon
gré, mal gré ?
VB : Impuissants face aux lois iniques quelques fois, que l'on
considère en tout cas iniques, d'expulsions de personnes et de
familles qui n'ont rien fait de malhonnête et qui n'ont en tout
cas commis aucun délit, de les voir considérer comme des
délinquants, comme des gens qui ont fait une faute, celle de ne
pas être français.
ER : Tristes mais
pas découragés ?
VB : Il y a aussi la joie de voir des dossiers aboutir et des gens
obtenir leurs papiers, mais tout n'est pas réglé pour
autant. Il faut aussi qu'ils puissent trouver du travail et subvenir
ainsi à leurs besoins et dans ce domaine-là il semble que
des lois interdisant aux gens d'avoir leurs papiers permette à
ces personnes d'entrer dans des engrenages d'esclavage moderne avec des
gens qui profitent d'eux, qui les paient au lance-pierre tout cela
parce qu'ils n'ont pas de papier et ne peuvent pas travailler.
L'esclavage moderne existe bel et bien en France.
ER : Autre motif de
combat, merci Vivian.
Propos recueillis par
jp.w
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PAGE 4-8 Dossier droit d'asile (537 ko)
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