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N°10 Juin
2005

Editorial
Sommaire
Droit d'asile, droit bafoué ?

Etude biblique
L'accueil du réfugié
Emmanuel Briglia
Pasteur


Droit d'asile, droit bafoué ?
Du répressif au respect
        L’immigration face à la loi en France - Entretien avec Michel Weckel, (Cimade — Alsace)


    La parole à Vivian Bénézet, pasteur et responsable de l’Antenne de la Cimade dans les Landes

    De l’épreuve de l’exil, Témoignage d’Edgar Zimambu
   
De coeur à coeur par Senadeta Kulovac

    Etre immigré en Algérie par Rose-May Privet pasteure

    La loi a changé - « Repères statistiques » pour la France - Immigration en général - Demande d’asile - Approche sécuritaire et répressive - Des « faux déboutés » du droit d’asile - Les églises, sanctuaires des déboutés du droit d’asile - France - Canada - Grande Bretagne - Pour aller plus loin

Genève - En Souvenir de....
   
Munster - Que du bonheur sur cette route
   
Le billet de notre évêque - Mère et fille en dialogue

 Le billet des jeunes - Bouge-toi pour Douala !!!
    Agenda


Vie de nos Eglises Echos du camp KT (catéchumènes) 2005
 
Nouvelles de Kabylie
 
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N°10 Juin 2005
 
 
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United Methodist Church (UMC)
 

Droit d'asile, droit bafoué?

De l'épreuve de l'exil
Témoignage d'Edgar Zimambu
réfugié

propos recueillis par jp.w

Edgar Zimambu et son épouse Odilia, de nationalité angolaise, et leurs six enfants (dont trois sont encore en Afrique) viennent d’obtenir de haute lutte le statut de réfugiés. Ils nous racontent leur histoire mouvementée.

Edgar et Odilia Zimambu

zimambu réfugie

Réfugié
Par bonheur, notre Etat leur reconnaît maintenant le statut de réfugiés. Les dangers encourus par le passé étaient réels, comme en témoigne Edgar : « j’étais inquiété, arrêté à la maison, humilié devant les enfants, devant ma femme. Heureusement que des gens m’ont aidé à m’évader, je ne pouvais plus rentrer et j’ai été obligé de partir. J’ai été alors séparé de la famille. Mon épouse, ma famille ont même pensé que j’avais été éliminé physiquement ». Leur retour au pays aurait été un voyage sans retour. Ils n'ont pas eu d'autre issue que de fuir à l'étranger dans un pays sûr.
Sous la bonne garde de Dieu
Dans des conditions rocambolesques et miraculeuses, Dieu a veillé sur les pérégrinations de chacun et a enfin permis aux époux de se retrouver dans un foyer PRECADA en France. La famille souffrira néanmoins de l'éloignement de trois enfants ; de toute évidence, le regroupement familial demandera du temps, à l'exception de la benjamine dont la venue est annoncée pour bientôt. « Cette situation n’est pas facile à digérer, jusqu’à aujourd’hui, parce que le contact avec nos trois enfants restés en Afrique demeure limité à quelques coups de téléphone », atteste Edgar.
Pour faire reconnaître le bien-fondé de son témoignage, Edgar s'est battu contre le scepticisme de ses interlocuteurs officiels : « on raconte son histoire à des gens qui sont censés vous aider mais qui ne vous croient pas. C’est donc encore une autre humiliation, une autre torture qu’on subit ».  Malgré cela, Edgar a persévéré dans ses démarches et réussi à étayer son récit de témoignages probants. Résultat, l’OFPRA considère dorénavant la famille comme des réfugiés à part entière. Pour cette reconnaissance, Edgar remercie le Seigneur en premier : « J’ai vécu tout ça dans la foi. J’ai remis ça dans les mains du Seigneur. ... Le Seigneur a exaucé ma prière ». Il leur reste à trouver un logement et du travail.
Invitation à l'accueil chaleureux
Edgar encourage tous les chrétiens et les lecteurs d’En Route à poursuivre leurs efforts vis-à-vis des demandeurs d'asile comme eux : « Soyez accueillants vis-à-vis de cesécoute gens qui ont fui leur pays parce qu’ils y avaient des problèmes. Et puis vous pouvez aussi donner aux demandeurs d’asile ne fût-ce que d'un peu de votre temps pour les écouter. Ils n’ont pas toujours besoin d’une aide financière mais ils ont d’abord besoin de votre temps. Vous ne pouvez pas savoir le bien que j’ai ressenti quand certains sont venus me trouver pour m’écouter. Le fait de parler avec eux, de raconter ce que j’ai vécu, ça m’a soulagé quelque part ».
Donner ne fût-ce que de votre temps à ces gens pour les écouter, je vous assure, cela leur fera du bien.
Edgar nous suggère d'appliquer la même écoute et le même accompagnement à tous les gens en détresse qui se présentent sur notre route : « Nous avons remarqué que beaucoup de gens ont des problèmes. Beaucoup de gens n’apparaissent pas heureux et très souvent, on les oublie, ces gens-là, mais il faut aussi aller vers ces gens, les écouter, les aider ». Avoir l’œil ouvert et un cœur ouvert, c'est-à-dire, porté à la compassion. Merci aux Zimambu pour cette leçon de vie et d’amour.

L’interview en intégr@lité à la suite de la page

En Route (ER) : Comment devient-on réfugié ? Comment en arrive-t-on à quitter son pays en catastrophe à la recherche d’une terre d’accueil ? Quel est le genre d’événements qui peuvent motiver ce genre d’expédition difficile et incertaine ?

Edgard Zimambu (EZ) : C’est souvent la recherche d’une nation, d’un pays qui peut vous accueillir, qui peut vous offrir la paix, beaucoup plus la sécurité, car souvent quand les gens quittent leur pays pour venir se réfugier dans d’autres pays, c’est parce qu’ils fuient un danger. Alors quand on quitte son pays et que l’on demande l’asile, c’est souvent parce qu’on est à la recherche de cette paix et de cette sécurité.

ER : Cela veut dire au départ que votre pays d’origine connaît tout sauf la sécurité et qu’il est en gros en état de guerre et que vous, ressortissants de ce pays, vous craignez pour votre vie, la vie de vos enfants, la vie de votre famille.

EZ : Exactement, parce que, quand je prends mon pays pour exemple, qui est l’Angola, c’est un pays potentiellement riche, dit-on, on a toutes les richesses, le pétrole, les diamants et la pêche et tout… -, mais les gens quittent en masse l’Angola pour demander l’asile ailleurs. Cela montre que ça ne va pas et que les choses ne vont pas comme on le dit. Nous avons un parti au pouvoir depuis 1975 et depuis cette date il n’y a jamais eu d’élection démocratique et c’est délibéré de la part des autorités. Personne ne peut s’opposer à ce parti. Donc l’opposition n’existe pas. On peut citer quelques partis qui sont dans l’opposition, mais cette opposition est purement formelle. La réalité est autre. Ces partis ont été créés par le parti au pouvoir pour donner cette illusion démocratique… Et tous ces gens-là ont le pouvoir, l’argent et ils ont presque tout ce qu’on peut avoir. Quant au peuple, il n’a rien du tout. Alors pour être bien dans ces pays, il faut faire partie de cette minorité au pouvoir. Tous ceux qui osent parler et manifester contre le pouvoir en place sont arrêtés et persécutés, torturés et même tués. La liberté d’expression fait défaut : vous ne pouvez rien dire, vous ne pouvez pas vous opposer. Voilà pourquoi tous ces gens préfèrent s’exiler ailleurs plutôt que rester sur place. On prend généralement la décision de sortir du pays une fois qu’on est inquiété. Dans mon cas par exemple, j’étais inquiété, arrêté à la maison, humilié devant les enfants, devant ma femme. Heureusement, des gens m’ont aidé à m’évader, je ne pouvais plus rentrer et j’ai été obligé de partir.

ER : Vous avez été séparés par la force des choses pendant un temps infini, indéfiniment long, trop long ?

EZ : Oui, exactement, séparé de la famille. Mon épouse, ma famille ont même pensé que j’ai été éliminé physiquement, parce qu’on a l’habitude chez moi d’arrêter les gens pour aller les tuer, les enfermer quelque part, ce qui fait qu’on ne les voit plus. Il est des moments où l’on retrouve des corps de gens arrêtés dans des rivières… Donc dans mon cas par exemple, tout le monde pensait que j’étais mort, ma femme la première pensait pendant un an que j’ai été tué. On s’est retrouvé par la suite.

ER : En Afrique déjà ou en Europe ?

EZ : On s’est retrouvé ici en Europe…

ER : Oui, parce qu’il faut dire que, sans vous concerter, vous avez visé l’un et l’autre le même pays d’accueil sans le savoir à défaut de pouvoir vous joindre sur place en Afrique.

EZ : Non, nous n’avons pas visé le même pays, mais je vous explique mon itinéraire. Je ne pouvais pas quitter l’Angola par les airs, vu que j’étais fiché par les autorités. Alors avec l’aide d’un passeur, j’ai rejoint à pied la République Démocratique du Congo (RDC). Arrivé à Kinshasa, j’y rencontre ma belle-sœur qui me prévient de la présence de ma femme en France. J’apprends alors que ma femme et mes enfants, mais pas tous, se trouvaient ici en France. Muni d’un visa belge, je me suis rendu en France.

ER : Mais vous n’avez pas encore retrouvé votre épouse ?

EZ : Non, je n’avais pas encore contact avec mon épouse. Je ne savais pas comment les choses marchaient. Ensuite, à peine arrivé en France, j’éprouve des difficultés. Alors que je demande l’asile, on m’arrête à l’aéroport même. C’était déjà très compliqué pour moi. J’ai fait trois jours dans la zone d’attente à l’aéroport et de là j’ai vu des choses atroces : des gens qui ont demandé l’asile être arrêtées et menottées, ligotées, frappées, des gens qui ont fui la torture chez eux viennent ici en France pour demander l’asile et on continue à les torturer, à les maltraiter. On les mettait dans des avions, les tabassait à mort avant de les renvoyer dans leur pays. Moi-même, j’ai risqué d’être renvoyé. Heureusement qu’on m’avait dit que ma femme et mes enfants étaient ici et qu’ils étaient demandeurs d’asile. Aussi ne pouvaient-ils plus me renvoyer au nom du principe de regroupement familial.

ER : Une partie de la famille était en France. Vous saviez déjà que trois de vos autres enfants étaient restés sur le continent africain ?

EZ : Oui, je l’ai appris précédemment et voilà dans quelles circonstances : avant de quitter mon pays, l’Angola, nous vivions dans la capitale. Je suis parti ensuite seul dans la province, pratiquement dans la forêt et j’y suis resté sans le moindre contact avec ma famille, parce que là où j’étais le téléphone n’était pas accessible, sinon le téléphone public, mais dans ce cas les communications ne sont pas secrètes : pour se faire entendre, il faut crier fort. Impossible donc pour moi qui cherche à me cacher de communiquer de cette façon-là. Les services du renseignement, qui sont partout, m’auraient vite repéré. En plus, tout le monde est membre des services de renseignements, tout le monde informe tout le monde, en sorte que je ne pouvais pas me hasarder à téléphoner dans ces conditions. Un proverbe de chez moi dit ceci : « quelqu’un qui se cache ne siffle pas ! » Je ne pouvais pas crier à la ronde, je suis ici… Je n’avais aucun contact avec ma famille. Aussi quand je suis arrivé au Congo, ma belle-sœur m’a dit : « Ta femme et deux de tes enfants sont en France », quand on m’a arrêté, je savais aussi qu'elle attendait un enfant. Je me disais qu’elle l'a déjà mis au monde ici en France. Je me l’imaginais, mais je n’avais pas de certitude. C’est quand je suis arrivé ici, dans la zone d’attente, c’est là que j’ai demandé l’asile et précisé à un inspecteur que ma femme était ici. Un assistant social m’a alors aidé à retrouver la trace de ma famille. Il a pris contact avec tous les CADA et PRECADA (centres d’hébergement pour demandeurs d’asile) du pays un à un, jusqu’à tomber sur le bon, là où ma famille se trouvait. Quelle émotion pour moi quand j’ai pu appeler pour la première fois mon épouse ! Les travailleurs sociaux m’ont alors aidé à constituer mon dossier par voie de conséquence.

ER : Quasiment, vous avez été sauvé de l’expulsion et avez démarré une nouvelle page de votre vie et pourtant ce n’était pas la fin des ennuis, d’abord la difficulté de se retrouver loin de trois membres de la famille restés en Afrique, c’était un crève-cœur ?

EZ : Oui, c’était vraiment très difficile ; déjà le fait d’apprendre que ma famille était divisée. Ce sont des situations que nous vivons chez nous, mais quand même… Ma famille a été divisée pendant la guerre ainsi de mes enfants sont restés en Afrique, d’autres sont partis avec leur mère. Cette situation n’était pas facile à digérer, jusqu’à aujourd’hui, parce que le contact avec trois de nos enfants restés en Afrique demeure limité à quelques coups de téléphone.

ER : Donc, pour résumer, qui dit demandeur d’asile, dit départ forcé de son pays et parfois éloignement des siens et un combat fastidieux et incessant pour se voir reconnaître sa dignité, son droit à l’expression, son droit au libre déplacement…

EZ : Oui, exactement, c’est vraiment un combat : on raconte son histoire à des gens qui sont censés vous aider mais qui ne vous croient pas. C’est donc encore une autre humiliation, une autre torture qu’on subit. Je suis allé à l’OFPRA, qui est l’Office Français pour les réfugiés. J’ai raconté mon histoire et l’officier de l’OFPRA qui en face de moi m’écoutait, prétendait que j’affabulais, "je raconte des histoires", alors qu’il savait très bien ce qui se passait en Angola. Pour moi, c’était une autre forme de torture et de persécution.

ER : Cette réaction de fonctionnaire a-t-elle entamé votre moral et quelle a été la suite ? Avez-vous persévéré dans ce combat ou avez-vous été tenté de laisser tomber ?

EZ : Oh, je ne pouvais pas laisser tomber. J’ai persévéré car j’avais encore une chance, une deuxième chance. J’ai fait appel de la décision prise par l’OFPRA en première instance. J’ai fait un recours pour expliquer encore une deuxième fois.

ER : Entre-temps, vous avez aussi recueilli le maximum de preuves pour étayer vos propos.

EZ : C’est vrai. La longueur du processus m’a aidé à rassembler des éléments, des pièces à l’appui de mes allégations. Car quand vous allez devant la commission de l’OFPRA, c’est une instance juridique, ce n’est pas seulement votre parole qui compte, il faut aussi des documents et des pièces pour prouver l’exactitude de votre témoignage. C’est ainsi que j’ai obtenu le statut de réfugié.

ER : C’était une épreuve de foi terrible, parce qu’à vues humaines vous n’étiez pas certains que vos interlocuteurs vous prendraient cette fois au sérieux et vous écouteraient, or, c’est ce qui s’est passé à votre grande surprise.

EZ : Oui, c’est véritablement une épreuve de foi, parce que j’ai vécu tout ça dans la foi. J’ai remis ça dans les mains du Seigneur. Je disais : « C’est toi qui m’as sorti des griffes de Babylone, je suis sûr que tu ne vas pas m’abandonner, même si l’OFPRA prétend que je dis des histoires, toi, tu connais la vérité, tu sais que ce que je suis en train de dire est vrai ». J’ai demandé au Seigneur « de confondre l’ennemi », c’est une expression de foi. Alors heureusement le Seigneur a exaucé ma prière

ER : Et aujourd’hui vous avez ce fameux statut et c’est la porte ouverte à l’insertion en France, la liberté de reprendre du travail, c’est à la fois un soulagement et en même temps une nouvelle page. Elle n’est pas non plus si simple à tourner.

EZ : Oui, c’est un soulagement, ce sont des ouvertures, une nouvelle page. Mais ce n’est pas non plus facile, comme on le croit. C’est encore une autre vie, un autre combat qui commence. Je citerai un seul exemple pour illustrer ces propos : on nous dit que pour commencer à travailler en France il faut avoir de l’expérience, il faut déjà avoir travaillé quelque part, mais la question que je me pose : comment avoir de l’expérience quand on ne me donne pas cette chance de commencer ? Je ne commence pas encore, mais on me dit qu’il faut avoir de l’expérience. Franchement, je n’y comprends rien.

ER : Mais sur votre route de demandeurs d’asile, vous avez aussi trouvé des oreilles attentives dans le milieu associatif, dans les églises. Quelle part joue cet accompagnement, cette amitié, ou ces amitiés, ce réseau d’entraide ?

EZ : Je répondrai en tant qu’homme de foi. Je dis que c’est Dieu, c’est la main de Dieu, c’est Lui qui a mis tous ces gens-là à côté de moi pour m’aider, parce que c’est vrai que j’ai souffert pour obtenir ce statut, mais je n’ai pas autant souffert que d’autres : je connais des gens qui ont demandé le statut de réfugié et qui sont à ce jour dans la rue. Ils dorment dans des parcs. Ils n’ont personne pour les aider.

ER : En France, en 2005.

EZ : En France, en 2005, aujourd’hui même, il y en a. Quand vous demandez l’asile, en principe on vous donne de l’argent, des ASSEDIC, comme on dit, pendant une année et comme les dossiers traînent au-delà d’une année ils vous coupent les vivres. Personne ne se demande comment vont vivre ces gens après cette année-là. Des gens sont dans la rue sans rien avoir à manger ni personne pour suivre leur dossier et les aider de leurs conseils. Moi j’ai eu cette chance-là d’avoir des gens à mes côtés qui m’ont aidé spirituellement, moralement, financièrement, sur tous les plans. C’était vraiment la main de Dieu.

ER : En Route, c’est un journal d’Eglise, un journal de croyants. Que diriez-vous à ses lecteurs concernant l’aide que les uns et les autres peuvent apporter ; Faut-il être particulièrement compétent, formé, diplômé pour être utile auprès d’un demandeur d’asile ou d’un réfugié en quête d’insertion ?

EZ : Je ne pense pas qu’il faut être compétent, avoir des diplômes pour aider des demandeurs d’asile. Non, je crois que tout le monde peut aider les demandeurs d’asile, ne fût-ce que les rassurer qu’ils sont dans un pays démocratique, une terre d’asile comme on dit, malgré toutes les observations qu’ils peuvent faire couramment : l’agressivité de certains, les insultes. Je voudrais donc demander à tout le monde, aux gens d’ici d’être accueillants, beaucoup plus accueillants vis-à-vis de ces gens-là, qui sont des gens qui ont fui leur pays parce qu’ils avaient des problèmes. Certains ont même abandonné des biens de famille dans un souci de paix et de sécurité. Aussi souvent quand ils viennent ici, ils ne sont pas toujours bien accueillis. Vous pouvez faire attention à ces gens-là.
Et puis vous pouvez aussi donner aux demandeurs d’asile, ne fût-ce que votre temps pour les écouter. Ils n’ont pas toujours besoin d’une aide financière mais aussi de votre temps. Vous ne pouvez pas savoir le bien que j’ai ressenti parce que certains sont venus me trouver pour m’écouter. Le fait de parler avec eux, de raconter ce que j’ai vécu, ça m’a soulagé quelque part. Vous savez, dans notre culture, en Afrique, nous ne sommes pas habitués à voir des psychologues. Cette notion n’existe pas chez nous. C’est la famille, les amis et les voisins qui viennent et quand vous appelez, vous racontez ce que vous avez vécu, c’est comme ça qu’on se soulage et qu’on se sent bien.
Donner ne fût-ce que votre temps à ces gens, les écouter, je vous assure, cela leur fera du bien.

ER : L’avenir appartient à Dieu, je suppose, comme Napoléon l’a dit, et d’un point de vue pratique, est-ce qu’un réfugié peut faire des plans qui tiennent la route ?

EZ : Je ne sais pas. Ce n’est pas une question facile (éclats de rire). On ne sait pas, c’est difficile de faire des projets et des plans, quand on voit ce que d’autres réfugiés vivent ici. Ce n’est pas toujours rassurant. Nous autres, nous avons étudié, nous avons des diplômes, mais comment faire des projets et des plans ? Nous avons des aînés qui sont venus avant nous, ils ont leurs diplômes, mais cela ne leur sert absolument à rien. Donc c’est très, très difficile de faire des projets dans ces conditions-là.

ER : Concernant les enfants, eux s’adaptent ; Vous constatez qu’ils ont une capacité d’adaptation importante : à nouveau pays, nouvelle situation, nouvel entourage ?

EZ : Oui, les enfants s’adaptent très, très bien. Sur ce point, je n’ai pas d’inquiétude. Je vais vous raconter une histoire. Quand j’ai eu la réponse négative de l’OFPRA, j’ai été tellement affecté que je me suis enfermé dans ma chambre et mon fils Joël est venu me voir et m’a dit : "mais papa, pourquoi tu es inquiet ? Et pourquoi tu pleures ? » Je lui ai dit : « On a fui de chez nous, on est venu ici, mais la France ne veut pas de nous. Et si la commission de recours nous refuse, nous serons obligés de rentrer chez nous. Donc, vous allez rentrer au pays, mais moi, je serai obligé de rester un éternel errant, parce que je ne peux pas rentrer. Je sais, parce que je connais les gens, dès que je rentre au pays, on m’arrête, on me torture et on me tue. Je serai obligé d’errer dans la nature tandis que vous, vous serez obligé de rentrer au pays ». Mais mon fils Joël me répond sur le champ : « Non, papa, je ne peux pas rentrer en Angola, ». « Mais pourquoi donc ? » Mon enfant qui n’avait que 7 ans à l’époque explique : « Les militaires sont méchants, mais ici ils sont gentils, les policiers sont gentils ». Et c’est tout ce qu’il m’a donné comme réponse, parce que tout ce qu’il avait vécu, toutes les violences subies à la maison, il l’avait retenu dans sa tête. Mes enfants s’adaptent très bien. Et surtout qu’ils parlent bien le français. Je ne sais pas si c’est une erreur, mais ils ne parlent pas ma langue maternelle, ils ne parlent plus le portugais, ils ne parlent plus que le français. Je lui ai demandé la langue qu’il parlerait le jour où il rentrerait en Angola. Question ?…. Il ne parle que français et de plus très bien. Des gens disent qu’il a même l’accent alsacien… Pour eux, ça va, ils ont des amis, des copains et à l’école ils travaillent très bien. Joël est parmi les premiers de sa classe et donc je suis très content. Je reçois aussi les félicitations du directeur, bref, pour les enfants, il n’y a pas de problème. Pour moi et mon épouse, il n’y a pas de problème non plus, à ceci près que nos trois enfants restés en Afrique nous manquent beaucoup, beaucoup… Nous aimerions qu’ils viennent vivre ici avec nous.

ER : C’est donc pour demain le regroupement familial, si Dieu le veut ?

EZ : Si Dieu le veut, oui

ER : Les autorités ?

EZ : Ça aussi.

ER : On termine avec une référence ; Finalement dans votre parcours peut-on reconnaître trace du Christ, le premier qui avec ses parents humains, Joseph et Marie, a dû prendre le chemin de l’exil, du moins temporairement à cause de persécutions éminemment politiques ?sainte famille

EZ : Ah oui exactement, c’est cela.

ER : Vous vous sentez moins seul ?

EZ : Oui ! On se sent moins seul. On se dit qu’il y a eu des gens qui sont passés par là et même la sainte famille comme on dit est passée par là et moi aussi je passe par là avec ma famille ; Donc quelque part, je sens qu’il y a un soutien.

ER : Oui, après un séjour en "Egypte", il y a un avenir ?

EZ : Exactement

ER : Un dernier message à nos lecteurs ?

EZ : J’aimerais parler aux gens qui m’ont aidé et qui aident des demandeurs d’asile, ces gens qui viennent d’ailleurs et qui ont besoin d’aide et il y a des gens qui sont toujours prêts à aider. Nous les remercions beaucoup, mais nous voulons aussi dire autre chose : en France, parmi vos frères français, il y a aussi des gens qu’on peut appeler demandeurs d’asile, c.-à-d., des gens qui sont aussi dans le besoin ; ce n’est pas seulement un besoin financier, physique. Nous avons remarqué que beaucoup de gens ont des problèmes.

ER : Vous habitez maintenant dans une cité éminemment populaire, où toutes les nations ou presque se trouvent représentées et cela vous amène à cette réflexion ?

EZ : Oui, mais c’était déjà le cas quand nous étions à Munster, nous avons remarqué que beaucoup de gens n’apparaissent pas heureux, des gens qui ont des problèmes et très souvent on oublie ces gens-là. On pense que du moment où ils disposent de biens matériels et d’un travail et d’une maison… ils n’ont pas de problèmes. La réalité est autre. Trop souvent, on ne fait pas attention à ces gens et il faut aussi aller vers ces gens, les écouter, les aider aussi. Ils ont vraiment besoin de soutien, surtout d’un soutien moral. Voilà ce que je voulais ajouter.

ER : Avoir l’œil ouvert et un cœur ouvert, c.-à-d., porté à la compassion

EZ : Exactement…

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