Si nous fêtons en cet automne 2005 la loi centenaire du même nom consacrant la séparation des pouvoirs relgieux et politique et la liberté de culte dans notre pays, en 2001, un autre anniversaire était célébré en grande pompe, la loi associative. Le rédacteur dEn route, alors président de Radio Espoir, a apporté sa modeste contribution au débat sur la libre expression dans le domaine public lors du rassemblement initié par le Conseil Général du Lot-et-Garonne le 29 septembre 2001, « Terre d'Assos ». Ci-dessous un court extrait de son intervention qui na pas perdu de sa pertinence. Ceux qui le souhaitent retrouveront lintégralité de sa conférence (pdf 24 ko) à cette url
Svp, ne tombons pas dans le laïcisme, qui prône lexclusion du religieux des différentes sphères publiques et le réduit à ne plus être quune affaire privée : une conception laïciste de la religion affiche la volonté déclarée de restreindre au maximum les possibilités dexistence des religions, voire la passion de les anéantir. Le principe de laïcité nest pas inféodée à une philosophie explicitement antireligieuse. Le combat pour la laïcité ne se confond pas avec un combat contre les religions. Tout au contraire. La dimension spirituelle chez lhomme est chose sacrée à ne pas refouler.
Sources et ressources spirituelles
La laïcité a ses acquis, la séparation des pouvoirs, la franche distinction entre les Eglises et lEtat et il nest certainement pas question de revenir dessus. La société gagne néanmoins à repérer et à retrouver ses sources comme dautres leurs marques. Elle gagne aussi à faire linventaire de ses ressources spirituelles; Dieu sait quelles sont nombreuses. LEurope a en effet à son actif un drôle de bagage spirituel ou religieux - ne chipotons pas sur les mots, les deux termes sont appropriés-, et la laïcité bien comprise nexclut pas cette dimension mais la fait jouer à plein régime, la laïcité nest pas lexclusion de la liberté de croyance, elle en est laccomplissement.
La laïcité comme neutralité religieuse ?
La laïcité est souvent comprise comme neutralité religieuse, càd., absence de philosophie officielle, refus de prendre position sur les questions ultimes que rencontre toute existence humaine. Or la laïcité nest pas dans le mutisme sur les options qui divisent, mais dans la capacité découter et daccueillir la parole de lautre personne comme autre dans le dialogue.
La laïcité à lépreuve du dialogue
La culture laïque signifie laptitude acquise à sécouter les uns les autres dans lamitié, sur des choix ultimes et opposés. En ce sens, je désire souligner que la laïcité en terre associative nest pas le silence sur ce qui divise, mais la patience découter et de comprendre ceux ou celles dont les options métaphysiques sopposent aux miennes.
Je plaide pour une laïcité ouverte, qui reconnaisse à chacun le droit de discuter librement sur tous les sujets, sans que personne ne crie au scandale, qui permette aux gens ayant des convictions fortes de sexprimer jusque dans lespace public sans que personne ne cherche à les rabrouer. La laïcité que jappelle de mes voeux prend le temps et la peine découter lautre et dêtre interpelée par lautre, le différent, létranger à ma culture et à mes convictions propres, car même si, sur certains points, jai des lumières, je ne suis pas la lumière du monde. Tout au plus suis-je pour lautre un témoin, qui lui rapporte ce que jai entendu, un relais, qui lui transmet ce que jai a reçu, un poteau indicateur, qui lui indique le chemin à suivre dans sa quête de sens et de valeur.
Face aux gens du Kazakhstan venus lécouter (en 2001), Jean-Paul II affirmait que, même dans un Etat laïc, il fallait affirmer et défendre cet espace réservé au dialogue et au témoignage, le droit du croyant à témoigner publiquement de sa foi. « Une religiosité authentique, disait le pape, ne peut se réduire à la sphère privée, ni ne peut être enfermée dans des espaces étroits et marginaux de la société ».
Admet-on vraiment, suffisamment, dans notre société ce droit au partage, cette liberté dexpression jusque dans lespace public ? Ce droit dentrer en dialogue entre citoyens de cultures et de convictions différentes, et de pousser ce dialogue aussi loin que possible, càd le droit de partager avec lautre le fond de sa pensée, comme découter son vis-à-vis, de le laisser exprimer ses convictions à lui ? Agir ainsi, cest participer à lédification dune société plus humaine, cest faire oeuvre citoyenne, cest apporter sa pierre à lédification dune société plus fraternelle, cest concourir à renforcer la démocratie.
Pour finir, jexprimerais le souhait: que quand un chrétien, un communiste, un socialiste, un bouddhiste ou un musulman témoigne de ses convictions les plus profondes, nous évitions de le taxer de prosélytisme, sous prétexte quil communique ses convictions, car cela revient à lui demander de se taire et de se terrer : tais-toi, terre-toi ou tire-toi. On peut porter un témoignage crédible de ses convictions, dans la « douceur du dialogue » sans quune telle prise de parole soit tout de suite assimilée à une tentative de prosélytisme, péché suprême pour certains, pour les Taliban comme pour ceux qui leur ressemblent.
Dieu nous garde dans nos contrées dune telle intolérance, jespère que jamais notre société sinspirera dun tel modèle! Notre pays a déjà trop souffert par le passé de lintolérance religieuse et philosophique de ses dirigeants pour que nous tombions de nos jours dans le même travers. Au moins que les leçons de lhistoire portent !