Méditation du matin, apportée le jeudi 12 janvier, lors du Congrès de Sète.
Le thème de notre séminaire est bel et bien inscrit dans le texte de lÉvangile de Jean qui nous est proposé. De fait, il encadre tout ce texte :
Il est au début (13.35), sous forme daffirmation prononcée par le Christ lui-même : A ceci, tous connaîtront que vous êtes mes disciples
Il est à la fin (14.22), sous forme de question inversée posée à Jésus par Jude : Comment se fait-il que tu doives te faire connaître à nous et non au monde ?
Je comprends alors pourquoi nous sommes invités à nous arrêter sur ce texte afin de nous laisser interpeller par lui.
Plutôt quune exégèse, je propose de placer des repères à partir de quelques remarques.
Le jeu du mouvement
Tout dabord, il y a le jeu du mouvement, du déplacement, le jeu des entrées et des sorties, le jeu du chemin à suivre. Le texte en est rempli :
a) Au début (13.31) : Judas sortit.
b) À la fin (14.31) : Levez-vous, partons dici.
c) Les propos des disciples leurs questions plutôt tournent autour du mouvement, du déplacement, du chemin que Jésus doit suivre et du leur aussi :
Pierre (13.36) : Seigneur, où vas-tu ?
Thomas (14.5) : Comment en saurions-nous le chemin ?
d) les affirmations de Jésus sont axées sur son départ à lui, et sur larrivée dun autre comme lui, du Paraclet. Et il est impératif, dit Jésus, que ce mouvement de départ et darrivée ait lieu pour le bien des disciples, pour leur maturation. Ce mouvement est tellement indispensable dans le plan conçu par le Père céleste que de ne pas y adhérer, que de ne pas y souscrire, serait considéré comme un manque damour à légard du Christ (14.21) : Si vous maimiez, vous vous réjouiriez de ce que je vais vers le Père céleste. Aimer le Christ, cest accepter de le laisser partir, cest savoir le laisser sen aller, le laisser retourner vers le Père céleste !
Le texte est donc structuré avec ce jeu de déplacement, de mouvement. Pour les disciples, cela implique :
Une acceptation : leur Maître va sabsenter ;
Un apprentissage : vivre leur vie de foi en prolongeant la personne et luvre de leur Maître ;
Une mission : faire connaître au monde quelquun qui est désormais absent !
Le jeu des questions-réponses
A cette première structure, jen relève une seconde qui la visualise (la met en lumière) encore plus : celle des questions-réponses entre les disciples et leur Maître.
Ce dialogue est une succession de questions posées par les disciples, et le Maître leur répond en leur enseignant les vérités spirituelles.
a) La question de Simon Pierre (13.36) : Seigneur, où vas-tu ? appelle la notion déternité ;
b) Celle de Thomas (14.5) : Seigneur, nous ne savons où tu vas ; comment en saurions-nous le chemin ? fait référence à la connaissance ;
c) Celle de Philippe (14.8) : Seigneur, montre-nous le Père, et cela nous suffit, implique, quelque part, la vision réelle de la réalité ;
d) Quant à Jude (14.22) : Seigneur, comment se fait-il que tu doives te manifester à nous et non au monde ? fait référence à la relation désormais possible entre la divinité et lhumanité.
Ces questions sont simples (éternité, connaissance, réalité, relation) ; elles reprennent, avec leurs propres termes, les raisons subjectives ou non qui poussent les humains à rechercher Dieu.
Et nous constatons que Jésus répond aux questions de ses disciples. Ses réponses ne sont pas toujours claires et faciles à comprendre ; elles sont même énigmatiques, et je ne maventurerai pas ce matin à les expliquer. Ce que je veux simplement souligner ici et vous laurez remarqué vous-mêmes : Jésus se place lui-même au centre de la réponse pour faire comprendre à ses disciples, pour nous faire comprendre, quil est la réponse aux questions existentielles de lêtre humain ! Dans sa bouche, il ny a pas dautre réponse possible, il ny a pas dautre moyen davoir une réponse satisfaisante. Il est la réponse !
Faire connaître le Christ : comment ?
Vient alors la question du comment faire connaître Jésus-Christ au monde, à nos voisins.
a) Dune part, en écoutant les questions existentielles de nos contemporains, en les prenant au sérieux. Cela implique dattendre lénoncé de leur questionnement avant dy répondre. Les qualités découte, de sagesse et de patience sont indispensables pour cette écoute !
b) De corroborer nos réponses en manifestant à ceux qui nous questionnent un amour communautaire exemplaire (je nai pas dit sans faille !). Il ny a pas daffirmation plus explicite que linjonction damour : A ceci tous connaîtront que vous êtes mes disciples, si vous avez de lamour les uns pour les autres (13.35).
Cest cet amour communautaire là qui devient le lieu de vérification de la réalité du Jésus désormais absent !
Lamour vécu entre les membres de la communauté chrétienne devient le test de la véracité de lêtre absent, du Christ !
Lamour vécu entre les membres de la communauté chrétienne devient le test de la validité des réponses que nous apportons aux questions de nos contemporains !
Il est absent, certes oui ! Mais ce quil est, ce quil a dit être, ce quil a fait, ce quil a dit vouloir faire, est bel et bien vérité puisque ceux qui se réclament de lui le vivent !
Ils disent qui ils sont : des disciples du Christ ; et ils font ce quils disent être : ils saiment ! Lauthenticité et la qualité sont des valeurs chrétiennes indispensables pour vivre un amour vrai.
Faire connaître le Christ : comment ? En faisant de nos Églises des centres damour. Je ne pense pas que nous soyons à la recherche de nouvelles recettes pour dynamiser notre évangélisation. Ce matin, mon propos est de rappeler simplement ce que nous savons déjà : le commandement ancien et nouveau à la fois , celui de nous aimer les uns les autres, à lintérieur de nos familles, de nos communautés, de nos unions dÉglises.
Si le désir est là, alors réclamons du Seigneur son Esprit, pour nous apprendre à nous aimer, concrètement, avec le terreau quest notre humanité !