Excellent Théophile,
Depuis quelque temps, je garde sur mon bureau un encrier dont le contenu demeure stable, puisque je délaisse la plume à encre et utilise un bic ou lun de ses dérivés. Javoue que jécris avec un certain plaisir, dautant plus que je découvre les caprices de la machine moderne que nous appelons ordinateur'. Par rapport à lécriture à la main qui exige tout un exercice pour effacer les fautes, la modernité de lordinateur permet très facilement la correction des fautes je dirais que cette correction est trop facile avec un logiciel adapté faisant apparaître les fautes dorthographe et même de syntaxe. Seulement il faut bien le remarquer, même limprimante, rattachée à lordinateur, demande de lencre hélas ; les encriers se vident autant que ceux des stylos à encre noire ou bleue.
Sans encrier, cest-à-dire sans encre, il ny a pas décriture !
Plaisir de lécriture
Comme bien des personnes, comme toi, excellent Théophile, jécris des lettres aux amis et aux connaissances, jen adresse aux responsables de la vie civile, aux personnalités ecclésiales, et je mabstiens de madresser aux officiels.
Je fais lheureuse expérience que bon nombre de nos amis et connaissances répondent à nos missives et partagent avec nous des expériences vécues. Il faut dire que le courriel est pour nous un précieux moyen de contact. Il se propage de plus en plus. Japprends avec un certain étonnement, car je suis de la vieille école comme on dit, que même les demandes demploi se font par courrier électronique. Nombreux sont-ils et sont elles qui attendent une réponse affirmative suivie dun dialogue et dun emploi.
Correspondance gelée
Je constate avec une inquiétude grandissante que bien des lettres restent sans réponses. Elles disparaissant dans le néant dune corbeille à papier. Jai limpression que chez bon nombre de personnes, lencrier est gelé ou desséché, « on » ne dispose pas dencre. Je ne chercherais pas à analyser les causes du silence, entre autre une absence de liaison entre le cerveau et la main, une inertie de la mémoire. Je dirais même que je crains ici et là un mépris de la personne.
Signe de mépris ?
Force mest de constater que labsence de réponse est souvent cause damertumes qui se gravent profondément dans la mémoire. Les auteurs dune missive, restant donc sans réponse, se posent alors des questions, quant à leur valeur humaine ou de leur capacité ; certains doutent de leur dignité dont on parle ici et là dans les églises évangéliques.
Nobtenant pas de réponse, les uns et les autres portent en conséquence une charge lourde à travers les années. Par la suite, certain (e) s se retirent dans leur petit cercle de vie et se carapatent. Dautres se marginalisent par rapport à la communauté chrétienne et sisolent dans leur désolation.
Plaidoyer pour une correspondance suivie
Je sais bien que nous ne répondrons pas toujours avec aisance à une lettre. Ce quune personne proche ma dit un jour est vrai : « Je me sais plus à laise dans les travaux manuels quà lécriture. Rédiger une lettre me demande un effort qui souvent est plus pénible que bêcher le jardin ». Il est certain que les dons sont différents, mais le respect de la personne au nom du Christ Jésus fait partie de notre vie de disciple.
Je plaide donc la réponse à une lettre, à une demande ou à une proposition qui nous parviennent. Un simple accusé de réception sera toujours un signe de respect, de vie. Je dirais pour nous chrétiens quelle est une marque de la vie nouvelle que nous vivons avec et par le Christ Jésus. En répondant à une lettre, nous manifestons modestement et concrètement le respect de ce prochain qui sest adressé à nous.
Théophile, je ne veux « mélanger » réponse de Dieu et réponse des hommes. Je reste consciemment dans nos relations humaines qui sont terrestres. Je demeure dans le quotidien de nos jours et de nos semaines. Quel privilège pour nous de concrétiser lamour de Dieu auprès du prochain en utilisant lencrier qui nous est confié, en répondant à la demande, en encourageant par notre écriture comme en couchant nos pensées et propositions sur une feuille de papier à ladresse de celui ou celle qui nous fait confiance en nous écrivant.
Je tencourage à prendre la plume ou de te mettre au clavier avive le don que le Créateur taccorde autant que possible. Bien cordialement, Samuel Lauber.
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