« Et lhomme dans tout ça ? » Repères dans une société sans limites
Editions Emmaüs 2006 - ISBN 2-8287-0106-9
Miroslav MIKOLASIK
Député européen de Slovaquie, vice-président de l'intergroupe bioéthique au Parlement européen
Le devenir de ces embryons surnuméraires est un problème éthique par excellence. Nous sommes maintenant 25 Etats membres dans l'Union européenne et la législation de ces Etats sur le sujet est tout à fait différente. Les Britanniques n'ont pas la même législation que les Portugais, qui n'ont pas la même que les Slovaques. . . Seulement, au niveau européen, on nous dit que puisqu'il y a des embryons surnuméraires, plutôt que de les détruire ou les laisser « dormir » indéfiniment, autant les utiliser dans le cadre de programmes de recherche scientifique. Ce qui se fait déjà dans certains Etats. Ces embryons sont alors détruits pour trouver les cellules souches, ou employés pour la fabrication de produits de beauté. Il y a beaucoup de débouchés dans ce marché et l'on se bat pour l'obtention de ce « matériel ». Seulement voilà, ce n'est pas du « matériel » mais des êtres humains qui doivent être protégés. Certains diront que c'est une vie en devenir mais, scientifiquement et médicalement parlant, l'embryon surnuméraire a le même potentiel humain que son collègue qui a été porté à terme. En fait, la FIV nous a prouvé scientifiquement sans doute possible, que la vie commence à la conception.
Luc OLEKHNOVITCH
Pasteur, président de la Commission déthique commune de la Fédération baptiste et des Églises libres, et membre de la Commission « Église et société » de la FPF
La biologie est passée du stade de « découper le vivant » à celui de « reconstruire le vivant » (François Jacob). Ces pouvoirs nouveaux sur la vie humaine suscitent bien des inquiétudes... Les lois de bioéthique de 2004 autorisent ce quelles interdisaient en 1994 : la recherche sur lembryon humain, tout en interdisant encore, il est vrai, le clonage « thérapeutique ».
Face à ces désirs de toute-puissance, Dieu est le contre-pouvoir par excellence. Au sein dune humanité tentée de maîtriser lhomme, les chrétiens sont des témoins qui rappellent que lhomme nest pas le maître, que le seul maître, cest Dieu. ... C'est Dieu le Maître, et non pas l'homme; et l'humanité est appelée au service et le Christ est la source et le modèle de ce service.
La vie humaine est un souffle et dès qu'il y a souffle de vie, il y a personne humaine. ... Dès qu'il y a cette pulsation vitale, dès qu'il y a conception, il y a nephesh, il y a animation vitale. Il est vrai que la présence de la personne a quelque chose de mystérieux chez l'embryon. ... Décréter que, jusquà 14 jours, il ny a pas dembryon mais un « pré-embryon » et cela, pour permettre la recherche durant cette période, est parfaitement arbitraire.
Xavier MIRABEL
Médecin cancérologue, président de lAlliance pour les droits de la vie
Les errances de notre société autour de la vie humaine : avortement, instrumentalisation médicalisée de la procréation, sélection prénatale, soumission de lembryon à la recherche médicale, déficit daccompagnement de la fin de vie, euthanasie ou acharnement thérapeutique, peuvent sanalyser au regard dune tentation de toute-puissance qui caractérise lévolution de notre rapport à la vie humaine.
Dans une société qui se déchristianise rapidement, la dérive scientiste est inévitable : nous idolâtrons la technique médicale et scientifique. Et lhomme se retrouve seul face à la souffrance. Pour reprendre les mots de Paul Claudel : « Dieu nest pas venu supprimer la souffrance, il nest même pas venu lexpliquer, mais il est venu la remplir de sa présence. »
Mais si Dieu nexiste pas, alors nous revendiquerons la mort pour faire disparaître toute douleur.
L'aboutissement de ce fantasme de toute-puissance pourrait bien nous conduire rapidement vers des excès supplémentaires. Le premier, le plus proche et le plus probable, c'est la réification de l'embryon, justifiée par des arguments thérapeutiques, qui nous mènera à l'utilisation de l'embryon comme outil d'expérience et au clonage. « Tout se passe comme si lenjeu véritable n'était ni la connaissance, ni la médecine mais lemprise de lhumanité sur tous les stades de son être ».
De ce délire prométhéen ne peut que résulter un relativisme éthique radical.
Florian Rochat
Président du CPDH
En lieu et place de plaintes, de craintes ou de constats catastrophiques, nous sommes invités ... à travailler, à grandir courageusement dans une éthique qui soit informée, réfléchie, pertinente. Plutôt quune éthique mince aux lignes étroites, voilà ce qui pourrait faire place à une « éthique épaisse » !
Face aux dimensions des problèmes actuels, « lAgneau » a déjà vaincu ! Le Seigneur se lève contre larbitraire. Le Seigneur se lève comme Arbitre suprême. Cependant, il est clair que le Créateur a confié un mandat à lhomme, une délégation dautorité pour la gestion de la création. Une grande partie des enjeux éthiques dune société trouve son origine dans le désir et la tentative humaine de maîtriser la vie. Peut-être que, moins lon reconnaît le Maître de la vie, plus nos maîtrises de la vie peuvent savérer dangereuses ?
Nous le savons, les lois sont importantes, mais la vraie différence, la vraie « épaisseur » de notre éthique se jouera, au présent comme « au final », sur les questions de présence, de parole, de proximité et de consolation. ...