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Sommaire Editorial

Méditation : Si tu le veux, tu peux me rendre pur Mc 1.40 par le pasteur Étienne Rudolph

Journée Mondiale de Prière : « S’informer pour prier, prier pour agir » Vendredi le 2 mars 2007

Le billet de l’évêque Patrick Streiff : « Diversité des langues : quatorze pays et plus encore de langues… »

Dossier Hommage aux Justes : « Mme Julie Nyffeler témoigne » - « André Trocmé ou les armes de l’Esprit » - Droit de citer - LE PROGRES, Francis Brochet - « Nous ne laisserons pas faire ! » Des chrétiens de la Vaunage bien intrépides

La vie de nos églises : « Jubilé de Catala » par le pasteur Étienne Rudolph

Droit de citer : « Captifs », nouvel album du groupe Spear Hit - Carême Protestant sur France Culture - Annonces : « Un concert de soutien à Landersen ? » - Un groupe d’accompagnement « ESPOIR DE VIE » - Appel de l'association « Les Enfants de Tchernobyl » - Agenda : Landersen

In memoriam : Madame Mariette Blanc

La vie de nos églises : Noël à Larbaa par le pasteur Abdenour Ait Abdelmalek - Les chrétiens dans la ferveur, titre le quotidien « La Dépêche de Kabylie » (2 janvier 2007)

Metz : « La vie : ombre et lumière ! »

Le billet diaconal - Association Bethesda : « Vœux et nouvelles »

La grille du mois

Hommage aux « Justes » par Jacques Chirac, président de la République (extraits)


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Bulletin d'information francophone
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N°28 FEVRIER 2007
L'hommage aux Justes - « Nous ne laisserons pas faire ! » Des chrétiens de la Vaunage bien intrépides - Témoignages recueillis par Évelyne Otge
2 725 « Justes » français ont sauvé des Juifs durant la seconde guerre mondiale au péril de leur vie sans compter ceux qui sont restés anonymes. Tous ont incarné les valeurs de justice, de tolérance et d’humanité. En venant au secours des Juifs, ils ne pensaient rien faire d’extraordinaire malgré les dangers encourus ; ils se contentaient de suivre leur conscience. Quel exemple pour nous dans les combats qui sont les nôtres aujourd'hui en faveur de la tolérance et de la fraternité, contre l’antisémitisme, les discriminations, le racisme, tous les racismes. À la suite de la nation au Panthéon le 18 janvier 2007, En route leur rend modestement hommage. Avec le président de la République, nous nous rappellerons que, « face à l’extrémisme, il n’y a qu’une attitude : le refus, l’intransigeance ».
« Nous ne laisserons pas faire ! »
Des chrétiens de la Vaunage bien intrépides
Témoignages recueillis par Évelyne Otge

« En 1940, un jour où l’on évoquait la rafle des juifs dans les pays occupés par les nazis, mon père a dit : mais en France, nous ne laisserons pas faire ! »
Ainsi commencent les souvenirs que Madame Line Pélissier, née Boissier, a évoqués pour moi, il y a quelques jours, ainsi que sa sœur Lydie il y a plus longtemps… Elle me rappelle leur père, Jean Boissier, famille bien connue de l’Eglise Méthodiste de Caveirac, et leur mère, Lucie, qui s’y est convertie à l’âge de seize ans.
Aider les pourchassés et les Juifs
Leurs parents ont eu très vite le même désir d’aider les « pourchassés et les juifs » malgré les dangers dont ils étaient conscients. Puis elle cite la famille du médecin bien connue à Nîmes, le chef éclaireur Israélite, la jeune mère et son bébé, Jimmy qui avait plusieurs noms et prénoms, et les jeunes qui fuyaient le S.T.O. ou Service Obligatoire en Allemagne, comme le jeune pâtissier confiseur des environs, et d’autres qui cherchaient à rejoindre le maquis et qui trouvaient refuge, dès 1942, chez Jean et Lucie Boissier, pour quelques jours ou quelques mois… Elle rappelle que « c’était le temps des belles choses, mais aussi de très laides » et qu’il fallait se méfier de tous et tenir sa langue ! Puis elle parle des papiers d’identité modifiés, des cartes d’alimentation, des faux tampons que Monsieur Boissier se procurait.
Ils ont pratiqué l’hospitalité
Je suis émue, en lisant la correspondance qu’elle m’a confiée, car ceux qui, vingt ans plus tard, ont écrit leur témoignage de reconnaissance, parlent de Papa Boissier, Maman Boissier, même simplement de « chère maman ». L’un d’eux précise « J’ai appris ce qu’était l’hospitalité. Ils ont ouvert, non seulement leur porte, mais aussi et surtout celle de leur cœur qui était grand… »
Monsieur et Madame Boissier ont reçu la médaille des Justes en 1997.
Plusieurs livres relatent ces épisodes. On y cite la filière de la Vaunage (Nimes, Caveirac, Clarensac, Langlade, Calvisson) jusqu’aux Cévennes, avec une halte à Lasalle (au presbytère de la Chapelle dont le pasteur était suisse et qui conduisait souvent les « amis » dans la famille Soulier) puis dans d’autres directions.
Résistance massive
Il faudrait citer d’autres noms, dont ceux des pasteurs des environs, dont plusieurs portent des noms connus dans notre histoire du méthodisme… Les pasteurs Elie Brée (médaille des Justes le 15 avril 1997), André Roux, Edgar Wasserfallen, et d’autres Unions différentes.
D’autres amis de la Vaunage ont eu aussi une part importante dans ces événements. Le frère de Jean Boissier, Samuel Boissier a caché pendant plus d’un an et demi un jeune Autrichien, déserteur de l’Armée Allemande, alors qu’il avait sept enfants (qui s’en souviennent très bien). Cette histoire rocambolesque est à lire ! Elle met en scène le jeune suffragant de l’Eglise Méthodiste de Nîmes, Gaston Christinat, la veuve du pasteur Parker, et un prédicateur laïc de Nîmes, Louis Bougarel qui venait assurer le culte de Caveirac !
Merci à Lucie Pélissier- Boissier, et à sa cousine, Geneviève Bragouse- Boissier pour leurs confidences.
Par conscience et devoir
Voici un autre souvenir, plus personnel. J’ai appris, il y a seulement quinze ans, que mes parents avaient caché des juifs dans notre appartement à Suresnes. Un journal catholique, à la fin de la guerre, en avait fait mention. Mais il a fallu que je trouve, dans « Le Christianisme au XXe siècle » un questionnaire à ce sujet, pour que ma mère consente à me dire : « Tu te souviens d’Ursula avec qui tu as été à Nogent ? Nous avons caché ses (ou des…) parents dans le cagibi du couloir, et devant la porte, on poussait la grosse armoire… Et il y en a eu d’autres… »
J’ignorais cela, car je partais le matin à l’école et ne rentrais que le soir. Mais je me souviens très bien de ce grand débarras et de la grande armoire, qui, en effet n’était pas toujours à la même place !!! Comme je voulais que ma mère remplisse ce questionnaire, elle m’a répondu avec force : « Ah non ! Tout ça, c’est du passé, et ça ne reviendra jamais ! Il ne faut plus en parler. » C’est alors qu’elle m’a avoué que la seule récompense à laquelle elle tenait et dont elle était fière, était la croix huguenote en or que le pasteur Boegner lui avait offerte un jour, en remerciement de ce qu’ils avaient fait, au 47 de la rue de Clichy. « Tu la garderas toujours en souvenir » !
Ils l’ont fait
Je crois que cette réflexion est souvent répétée : » Il ne faut plus en parler. Nous n’avons fait que notre devoir, ce que notre conscience nous dictait… Même si ce n’était pas facile ».
Pourquoi l’avoir fait ? Par amour du prochain ? Par compassion ? Parce qu’ils sont le peuple du Seigneur Jésus ? Le peuple de la promesse ? Peu importe ! « Ils l’ont fait ! »

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