Chronique commune à quatre mensuels (Christ seul, Construire Ensemble, Pour la Vérité et En route), lActu de ce mois fait la part entre le cerveau, la conscience et le sens moral sous la plume avisée de Luc Olekhnovitch, pasteur de lEglise Evangélique Libre de Meulan (Yvelines).
Létude du cerveau par les neurosciences est à la mode. La revue « Science & Vie » titrait « Doù vient notre sens moral ? »
1 et donnait clairement comme réponse : il est localisé dans le cerveau ! En fait de localisation quand un expérimentateur pose un problème moral à un sujet, il observe, par imagerie magnétique, que plusieurs zones du cerveau sont activées, impossible donc de circonscrire précisément le sens moral. Que le cerveau soit fait pour permettre lexercice du sens moral, on le conçoit ; ce qui fait problème, cest quand un neuro-biologiste comme Jean-Pierre Changeux, appelle de ses vux une « neuro-éthique », une éthique basée sur le fonctionnement du cerveau : « une meilleure connaissance du cerveau devrait permettre une meilleure éducation de lindividu et lui permettre de faire de meilleurs choix dans la vie »
2. En quoi le simple fait de connaître mon cerveau me permettrait-il de maméliorer moralement ? Mon cerveau peut-il me donner des règles morales ?
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En fait les neurosciences ne peuvent pas déboucher sur une éthique mais sur une pharmaceutique, ou de la neurochirurgie ! Cest à la fois leur intérêt et leur danger. Intérêt : elles peuvent permettre la mise au point de traitement pour les maladies du

cerveau, danger : réduire les problèmes moraux et sociaux à des problèmes médicaux. France Quéré remarquait déjà que sous leur influence « le bien et le mal tendent à quitter le terrain de la morale pour se placer sous la coupe de la pathologie »
4. Il est dangereux de confondre le registre du pathologique et le registre moral. Un rapport de lInserm « troubles de conduite chez lenfant et ladolescent »
5 a suscité une vive inquiétude et la protestation
6 déducateurs, de psychologues et de parents car il proposait le dépistage des délinquants potentiels dès la crèche et lécole maternelle.
Linfluence des pathologies du cerveau ou des facteurs génétiques, comme pour lautisme, sur les comportements humains a été longtemps sous-estimée ou ignorée, est-ce une raison pour basculer dans lexcès inverse ? On peut reconnaître des dispositions innées et acquises, la théologie chrétienne en reconnaît bien une, la tendance au péché, sans tomber dans un déterminisme qui nie le propre de lêtre humain : cest quil se détermine. Le médecin-chef de la prison de Fresnes signalait le cas dun patient pédophile qui, dans la crainte de céder à ses pulsions, avait de lui-même doublé la dose dun traitement qui agit en empêchant la testostérone de stimuler certaines zones du cerveau. Sa conscience morale la donc poussé à déterminer son cerveau.
Il ne faudrait pas confondre, sous linfluence des neurosciences, conscience et cerveau, maladies du cerveau avec la maladie de lâme, qui est le péché. La conscience morale, sans la grâce dun Dieu qui pardonne, est un fardeau quil est bien tentant dalléger en lanesthésiant à coups de médicaments, cest parfois nécessaire à titre provisoire, mais on ne peut guérir dêtre conscient et davoir à faire des choix moraux !
Pour paraphraser Rabelais : neuroscience sans conscience du bien et du mal nest que ruine de lâme !
Notes
1. Science & Vie N°1077 - Juin 2007
2. ibid., p. 62.
3. Cf. Les objections de RICOEUR in Jean-Pierre CHANGEUX, Paul RICOEUR « Ce qui nous fait penser. La nature et la règle », Odile Jacob, Paris 1998.
4. France QUÉRÉ, « Conscience et neurosciences », Bayard, Paris, 2001, p. 14.
5.
http://ist.inserm.fr/basisrapports/trouble_conduites/trouble_conduites_synthese.pdf
6. Pétition du collectif « Pas de zéro de conduite à 3 ans » :
http://www.pasde0deconduite.ras.eu.org/