J’AI BESOIN D’AIDE


Grégoire Chahinian

Pasteur

Le pasteur Grégoire Chahinian fait part en toute sincérité et humilité de sa difficulté à appliquer ses convictions écologistes dans sa vie courante au milieu d’un monde plein de contradictions, d’ores et déjà visité par le Sauveur ressuscité mais pas encore sauvé sur toute la ligne.

Jusqu’ici sûr de mes convictions personnelles et cohérent dans mon comportement autant que possible, les multiples appels à adopter une attitude résolument écologique me déstabilisent.

Sur le fond, une saine et sainte gestion de la création, je suis au clair et j’agis en conséquence sans faire d’effort particulier. Notre empreinte écologique familiale est de 2,3 ha (l’empreinte écologique « soutenable » étant estimée à 2,1 par WWF) ; elle pourrait se réduire si le réseau des transports en commun de la région de Montélimar était plus développé.

Ce sont les appels incessants qui me dérangent, si multiples qu’ils sont comme un aveu de leur inefficacité…

Quel type d’incitation faut-il exercer pour que les comportements changent, et comment faut-il l’exercer ?

Incitation de type écologique ?

Nous attendons tous la voiture propre, sans dégagement de CO2. L’électrique nous sera certainement proposée, mue par des batteries au lithium. La Bolivie, à elle seule, pourra fournir en lithium l’équivalent de 1000 années de consommation mondiale en batterie (voiture, téléphone portable, ordinateur, etc.). Mais à quel prix ? Les ouvriers qui, actuellement extraient ce métal alcalin des déserts de sel, le font dans des conditions atmosphériques épouvantables (aucun être vivant ne peut y survivre plus de 24 heures) avec un réel danger pour leur santé (toute peau exposée au soleil à l’air libre brûle en 3 jours), et ils le font pour 2 € par jour !

Qui m’aidera à apaiser ma conscience envers ces ouvriers lorsque, moi aussi, je roulerai avec une batterie au lithium ?

Incitation de type économique ?

Vivre écolo pour économiser n’est certes pas un argument suffisant.

J’ai connu des indigents gaspiller du pain et de l’eau, leur minimum vital !

J’ai connu des classes moyennes consommer inutilement de l’électricité, de l’eau, leurs énergies de base !

J’ai connu des classes aisées laisser tourner leur moteur de voiture des minutes entières, bien au-delà de la durée d’équilibre !

D’ailleurs, vivre écolo, vivre bio, n’est pas à la portée de toutes les bourses ! Et j’aimerais être sûr que les bénéfices consécutifs à mes comportements écolos ne servent pas d’autres intérêts !

Incitation de type spirituelle ?

Le Saint-Esprit aide-t-il le chrétien à prendre conscience du désastre écologique au point de l’amener à changer de comportement ? Avec le nombre de chrétiens authentiques vivant sur terre, bien des choses auraient dû, pu, déjà changer. Quant aux chrétiens qui se vantent d’être remplis de l’Esprit, peu adoptent un mode de vie sobre, puisqu’ils font de leur richesse matérielle une preuve de leur communion avec le Seigneur ! Et pourtant, qui de plus persuasif que l’Esprit Saint pourrait-il aider l’être humain à changer de comportement ? Pour sûr qu’il souffle où il veut ! Pour sûr aussi que nous n’y sommes sensibles que là où nous le voulons bien !

Suis-je trop réaliste, pessimiste, pour douter de l’action du Saint-Esprit ?

Incitation de type ecclésiologique ?

J’apprécie le souci de nos évêques qui les a conduits à la rédaction de la lettre pastorale reçue fin-décembre début-janvier : « La Création renouvelée de Dieu : un Appel à l’espérance et à l’action ». Les 3 problèmes mondiaux mentionnés, et pour lesquels j’ai aussi ma part de responsabilité (la pandémie de la pauvreté et de la maladie, la dégradation de l’environnement, la prolifération des armes et de la violence), sont de véritables défis à relever pour lesquels toute Église du Christ se doit d’y répondre et d’agir concrètement. Certes, ces 3 problèmes s’entretiennent mutuellement, tel un cercle vicieux, mais cela n’implique pas qu’il faille en unifier la résolution.

Puisque l’apôtre Paul a été mentionné, je veux aussi le citer : il ne conçoit pas de salut durable et efficace sans amener toute pensée (tout être humain) captive à l’obéissance du Christ (2Co 10.3ss). De plus, jusqu’ici j’ai cru que la création, soumise elle aussi au péché, devra être détruite pour accéder à la réconciliation à laquelle elle aspire (Rm 8 ; cf. 2P 3.10ss). Bien sûr que je ne vais pas et ne veux pas accélérer sa destruction, mais quelqu’un peut-il m’aider à bâtir une saine théologie qui tienne compte du « déjà et du pas encore » ?

Chacune de ces incitations a sa part de lumière et d’ombre, de vérité et d’inefficacité ; mais pour aller plus loin dans le changement des comportements, pour que l’effort en vaille la peine, il faut que de vrais arguments pénètrent nos entrailles !

Oui, j’ai besoin d’aide, et vous?

Un geste écolo

Savez-vous que, depuis presque trois ans, l’évêque Patrick Streiff veille à « neutraliser » l’empreinte écologique de ses déplacements en avion. Entre-temps, le Comité exécutif réuni du 11 au 14 mars à Birsfelden a pris la décision de verser une compensation financière pour tous les vols effectués par les délégués dans le cadre des réunions de la Conférence centrale de l’Europe du Centre et du Sud. Cette décision n’a pas fait l’unanimité : d’un côté, tous partagent ce souci écologique, puisque les chrétiens sont appelés à préserver la création, d’un autre côté certains préféreraient investir leur argent dans leurs propres projets en raison de leurs moyens financiers réduits.

Source : eemni


Billet d'humeur

Toute remarque et tout courrier à propos d'EN ROUTE sont à adresser à En route - Tous droits réservés © UEEMF 2014