LE MIRACLE DE L’INTEGRATION



Pasteure Roswitha Golder

L’année 2010 est l’« Année européenne des Églises pour la migration » pour la Conférence des Églises européennes (KEK) dans le but de promouvoir les droits des migrants et rendre visible l’engagement des Églises à leurs côtés. Échos d’une rencontre de responsables d’Églises engagés dans l’accueil de migrants par Roswitha Golder qui a été pasteure pendant plusieurs années de la communauté méthodiste latino-américaine de Genève.

À chaud, un petit rapport d’une expérience remarquable : Je suis en train de revenir d’une rencontre de trois jours très stimulante à Marseille, chez la Communauté (catholique-charismatique) du Chemin Neuf qui se trouve sur une des nombreuses collines formant la ville, avec une superbe vue sur la Méditerranée : nous étions une vingtaine de participant-e-s d’Autriche, Estonie, France, Irlande, Italie, Norvège, Suède, Suisse, pour la plupart avec une histoire de migration : ressortissants d’Allemagne, Burkina Faso, Cameroun, Congo Brazzaville, Éthiopie, Ghana, Népal, Roumanie, Sierra Leone, Togo, etc. pour apprendre à être « Église ensemble » selon le programme qui a le joli nom prometteur de MIRACLE (Models of Integration through Religion, Activation, Cultural Learning and Exchange) financé par l’Union Européenne et organisé par la Commission des Églises pour les migrant-e-s en Europe. Ce fut un atelier pour apprendre à être des entraîneurs (Training for Trainers). Nous étions cinq participant-e-s de la Suisse : Antoine Schluchter, de l’Église réformée du Canton de Vaud, Catherine Ngoa-Azombo de l’Église presbytérienne camerounaise en Suisse, Daniel Hailu de l’Église Orthodoxe éthiopienne, Sabine Jaggi de l’Église réformée Berne-Jura- Soleure et moi-même.

« Les migrants sont le témoignage du monde global dans lequel nous vivons. Quand on parle de migration en Europe, la priorité est d’être garant de l’accueil que nous devons à ces personnes. […] Nous sommes désormais à un carrefour : l’Europe doit rééquilibrer la situation en faveur des migrants et des demandeurs d’asile ». Jean-Arnold de Clermont

J’en ai beaucoup profité, surtout des rencontres avec des représentant-e-s d’Églises de la migration à Marseille et des personnes qui s’engagent pour elles sur le terrain. Le premier soir, au Parvis du Protestantisme par ex., j’étais assise à table avec un « Père Blanc » qui a travaillé au Yémen et en Algérie et qui maintenant est responsable de la Pastorale catholique romaine de toutes les communautés catholiques « étrangères » à Marseille. Par contre, il me faudra encore beaucoup d’entraînement et de créativité pour pouvoir mettre en pratique les quelques méthodes utilisées dans le programme. Une des grandes difficultés étant celle de la langue : le programme était prévu en anglais, mais j’ai souvent collaboré à des traductions vers le français et vice-versa. Ce sera probablement d’autant plus le cas si l’on utilise le programme dans nos divers contextes locaux. Nous avons visité des centres protestants qui offrent un accueil interconfessionnel et interreligieux dans cette ville qui compte une grande partie d’habitants musulmans et nous avons vu un spectacle impressionnant par un seul acteur « Joseph fort rêveur » à l’Église évangélique arménienne avec trois lieux de culte à Marseille. Je dispose d’un DVD (en français avec sous-titres anglais) de ce dernier que je vous prête volontiers. J’ai eu un petit aperçu de ce qu’on pourrait faire pour arriver à mieux se comprendre et à partager notre vie entre Églises « traditionnelles », « historiques » et « Églises de la migration » dans nos villes et pays. Il y a eu des idées pour des ateliers, des discussions, ainsi que des réflexions théologiques de fond. Antoine Schluchter a repris une des études bibliques élaborées par Lukas Vischer sur l’Épître aux Romains dans le fascicule de préparation pour la Journée intercommunautaire « Christ notre Paix » à Genève en mai 2007.

Projet Mosaïc

La Fédération protestante de France (FPF) en partenariat avec le Service protestant de mission (DEFAP) et la Communauté d`églises en mission [CEVAA) a mis en place le Projet Mosaïc pour rencontrer les Églises issues de l'immigration qui ne font pas partie de ses membres. Ce Projet est symbolique de la volonté de la FPF d’approfondir la relation avec celles qui le souhaitent.
Les Églises européennes sont encouragées à rendre plus visible leur engagement auprès des migrants en accord avec les recommandations du message biblique. L’année des migrations vise non seulement la fin des injustices à l'encontre des migrants mais également, et plus important, la possibilité pour ceux-ci d'acquérir un statut de résident après 5 années de résidence dans un pays européen.

Victoria Kimondji,
vice-présidente de la Fédération protestante de France

Source BIP

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CHRÉTIENS ÉTRANGERS MOYEN DE RENOUVEAU

Paul Solomiac

Eglise du Geisberg

Les étrangers sont parfois considérés par certains comme un poids, même dans les Eglises... Et s'ils étaient en réalité une source de renouveau pour les Eglises ?

Depuis les indépendances dans les années 1960, l'émigration vers Europe a pris des proportions extraordinaires. Des terres d'accueil comme la France ou l'Angleterre avaient autrefois colonisé les pays d'où viennent les émigrés depuis 50 ans.

En France, les liens historiques avec les pays du Maghreb ont toujours donné au débat sur l'immigration une coloration religieuse négative. Mais l'immigration en provenance de pays d'Afrique noire est en train de changer la donne.

Parmi ces immigrés, un bon nombre sont des chrétiens et depuis quelques années, on entend parler d'Eglises ethniques dans notre pays.

Églises éthniques

Le phénomène n'est pourtant pas nouveau. En Angleterre, l'immigration massive depuis ces pays remonte aux années 1960. Le Royaume Uni compterait aujourd’hui jusqu'à 3000 Eglises ethniques africaines.

Dans les années 1980, les Eglises ethniques se sont multipliées un peu partout en Europe. La plus grande Eglise de toute l'Europe se trouve à Kiev en Ukraine, « l'Ambassade du Royaume béni de Dieu pour toutes les Nations ››, Eglise fondée par Sunday Adelaja, un pasteur nigérian. Commencée comme groupe d`étude biblique dans l'appartement du pasteur, cette Eglise comptait 20 000 membres en 2002.

Les chrétiens du Sud ont non seulement le potentiel d'établir des Eglises ethniques en Europe, mais ils peuvent aussi constituer une force puissante de réveil parmi des Eglises locales.


APPORTS DES CHRÉTIENS ÉTRANGERS

Jehu Hanciles, théologien originaire de Sierra Leone, voit plusieurs effets missiologiques liés à la diaspora chrétienne des pays du Sud en Europe.

L’expérience et la dynamique de l`immigration a beaucoup en commun avec la mission telle que Jésus la conçoit (Jn 20,21 ; 1 Pi 2,11a).

Beaucoup d'immigrés chrétiens ont un fort profil d`évangéliste ; beaucoup se considèrent même comme des missionnaires.

Les Eglises d'immigrés sont plus aptes à maintenir un témoignage chrétien en situation de pluralité religieuse.

Pour beaucoup d'immigrés non chrétiens, l'Occident, ex-puissance coloniale, est synonyme de chrétienté. Les amalgames ont la vie dure, et ils contribuent à remplir les mosquées. Les immigrés chrétiens d’Afrique ou d`Asie offrent un autre visage du christianisme en Europe à tous ceux qui seraient attirés par l'islam.

Le visage du christianisme présenté par les Eglises d'immigrés est plus abordable pour des personnes marginalisées que celui qu'offrent les Eglises locales établies.

Pour Jehu Hanciles, le mouvement migratoire de chrétiens du Sud combiné à la multiplication des Eglises ethniques constitue une force importante à un nouveau mouvement missionnaire. C’est un nouveau chapitre de l'histoire de l'Église qui est en train de s'écrire : nos vieilles Eglises sont invitées à y participer activement.

Source : Christ Seul

N°994 décembre 2009

Publié avec l’aimable autorisation de l’auteur et du mensuel Christ Seul

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