COMMUNIQUE DE LA FATEAC

COMMUNIQUÉ DE LA FACULTÉ DE THÉOLOGIE ÉVANGÉLIQUE DE L’ALLIANCE CHRÉTIENNE

Rév. Dr. Isaac Keita, Doyen de la FATEAC

Au fil des dernières semaines, nous, Faculté de Théologie Évangélique de l’Alliance Chrétienne, ayant pour vision et pour mission de contribuer à l’épanouissement d’un christianisme authentique en Afrique contemporaine, avons été de plus en plus inquiets au vu de certaines tendances qui ont vu le jour dans les églises évangéliques ivoiriennes dans la perspective d’un second tour d’élections présidentielles paisibles et dignes de notre nation. Ces tendances risquent fort d’être facteur de déséquilibre sociétal dans la période post-électorale.

Nous constatons en particulier :

a. Le fait que beaucoup d’églises ont cédé à la pression de la société qui essaie de rallier les chrétiens aux tendances antagonistes.

b. Une tendance certaine à la politisation des activités cultuelles des églises, sous l’influence soit des responsables d’église, soit des responsables politiques.

En conséquence, nous avons pu observer de nombreux désordres et déchirements à l’intérieur des communautés ecclésiastiques et même au sein des familles. De plus, nous avons pris conscience d’une absence de distance et du regard critique de l’Église à l’égard des positions prises au niveau de la société, ce qui ne lui permet plus de gérer positivement la relation d’interdépendance et de complémentarité qui existe entre l’Église et le politique, relation qui devrait garantir la paix et le bien-être de notre société ivoirienne.

_ Analyse _

Nous désirons à présent souligner trois aspects de la vie de l’Église qui ont été déficients pendant le temps de préparation au geste électoral.

Premièrement, l’Église a manqué de préparer de façon adéquate les chrétiens à prendre des décisions politiques impliquant la vie de leur nation qui correspondent à leur identité chrétienne telle qu’elle est exposée dans la Bible, en particulier dans le Nouveau Testament.

Deuxièmement, l’Église semble avoir échangé son identité essentiellement spirituelle en une identité essentiellement ethnique. En conséquence, elle a manqué à sa vocation première, c’est-à-dire d’être sel de la terre ainsi que d’être la voix de Dieu envers le peuple ivoirien et celle du peuple ivoirien devant Dieu.

Troisièmement, en particulier, l’Église évangélique ivoirienne a manqué de rappeler à ses leaders ainsi qu’aux leaders politiques leur devoir de :

·Rester fidèle aux engagements pris envers le peuple et d’honorer les promesses tenues.

·Faire preuve de concessions allant au sacrifice de ses intérêts au profit de l’intérêt général.

·Faire preuve de transparence et de justice en ayant la volonté d’éclairer et d’informer le peuple.

·Manifester un esprit de pardon et non de vengeance, en paroles et en actes.

Au nom de l’Église ivoirienne, nous confessons nos manquements et notre inadéquation à réaliser notre vocation essentielle au milieu de la société ivoirienne et demandons pardon à Dieu et à la société ivoirienne pour cela.

Recommandations

Pour aider l’Église ivoirienne à retrouver son mandat et ses fonctions primordiales dans notre société, nous souhaitons faire les recommandations suivantes au vu des manquements identifiés précédemment :

1. Quant à la préparation des fidèles au rôle politique à jouer dans la société, nous encourageons l’Église chrétienne ivoirienne :

a. d’offrir un éclairage doctrinal qui puisse aider les chrétiens à apprécier et à discerner en toute conscience, sous la mouvance de l'Esprit Saint, les options politiques qui représentent de vraies valeurs humaines et dignes d’un Dieu Créateur et Rédempteur,

b. de développer la réflexion communautaire au détriment de l’esprit sectaire,

c. et d’intensifier la formation des leaders ecclésiastiques, en particulier dans le domaine de la réconciliation.

2. Quant à la réalisation de l’identité essentielle de l’Église et à sa vocation dans la société, nous souhaitons vivement que l’Église chrétienne ivoirienne

a. reprenne conscience de sa vocation dans le monde,

b. cherche à nouveau à accomplir sa mission de gérer les affaires de ce monde, selon Dieu, c'est-à-dire la mission de /témoigner de l'Evangile de par ses engagements, en particulier quant à ses activités politiques,

c. retrouve son rôle prophétique en dénonçant les injustices et en proposant une éthique de la gestion du pouvoir politique, tout en distinguant entre l’église et les partis politiques et en évitant d’être associée ou identifiée à un parti politique,

d. retrouve pleinement son rôle d’intercesseur auprès de Dieu en faveur de la communauté ivoirienne et en particulier des dirigeants politiques, pour limiter le débordement du mal spécifiquement dans les antagonismes intercommunautaires et interethniques,

e. puisse anticiper les éventuels troubles, les conflits ou les guerres en perspective et être prête à jouer le rôle de médiateur en temps de conflit,

f. et cherche, de par son unité qui a été acquise par le sang de Christ, à proposer un modèle de société qui est fondée sur l’inclusion de l’autre, quelle que soit son identité et son arrière-plan ethnique.

3.Quant à la pratique d’un leadership et d’une vie quotidienne qui répond aux normes bibliques et divines, nous rappelons à chacun :

a. Valorisons la vie de chaque individu en encourageant la liberté d’expression et de choix des candidats et en respectant l’avis de chaque citoyen.

b. Soyons artisans de la paix en acceptant le résultat des urnes.

c. Evitons toute forme de violence (verbale, physique, psychologique ou morale).

d. Pratiquons le bien envers tous avec compassion.

e. Cherchons à secourir les démunis en servant les moins servis et en plaidant en faveur des laissés-pour-compte.

f. Recherchons le bien de la nation, la paix de la cité et la paix des citoyens.

g. Considérons la diversité ethnique, culturelle, linguistique et politique de la nation comme une source d’enrichissement mutuel.

CONCLUSION

L’Église de Christ en Côte d’Ivoire est appelée à développer et vivre une éthique de la rédemption du pouvoir politique, en particulier, dans un chemin de paix et de réconciliation.

Pour ce faire, quels instruments ou quelles stratégies l’Église va-t-elle initier aujourd’hui pour faire face à la peur et la violence qui menacent notre nation ?

Contact : 22.40.9300 /fateac@gmail.com <mailto:fateac@gmail.com>

-- Dr. Rubin POHOR Enseignant - Chercheur à l'Université de Bouaké Chargé de cours à la FATEAC et à l'IPH Directeur du Master en Développement Holistique et Santé Communautaire (MDHSC) à la FATEAC 25 BP 2150 Abidjan 25 (Côte d'Ivoire) Cel. 00 225 01 219 861 - 00 225 05 811 317 / 00 225 02 504 470 E-mail : pohor.rubin@gmail.com <mailto:pohor.rubin@gmail.com>

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