Le meilleur du livre de Robert Schnase (3)

Les églises qui portent du fruit font de la croissance de (dans ?) la foi un objectif essentiel. Elles présentent toute une palette d’initiatives offrant à chacun la possibilité d’étudier la Bible et d’approfondir sa foi dans un climat de fraternité et de communion, dans l’amour reçu et partagé. Résumé par Pierre Bertololy du troisième chapitre du livre de l’évêque Robert Schnase.

Comment les hommes sont-ils fortifiés dans la foi ?

Pour y répondre, l’auteur rapporte trois histoires.

La première semble se dérouler quelque temps après la mort de Jésus. L’auteur met en scène une veuve qui doit subvenir seule à ses propres besoins et à ceux de ses filles. Mais, il y a quelques mois en arrière, ses voisines lui ont parlé d’un certain Jésus qui aurait fait de nombreux miracles, raconté de nombreuses histoires concernant leur vie de tous les jours, et partagé joies et peines avec les petites gens à travers le pays.

De plus, lui a-t-on raconté, il serait décédé de mort violente au même âge que son mari. Mais que lui, ce Jésus, serait vivant et que ses disciples se réunissaient régulièrement. Le plus étonnant, c’est que les voisines ne se contentaient pas de raconter, elles l’invitaient aussi chez elles, avec ses filles. De plus, on priait pour elle et ses filles.

Cet amour inattendu bouleversa sa vie. Tout ce qu’elle entendait chez ses voisines, qu’elle considéra bientôt comme ses amies, elle se mit à le transmettre à son tour. Ainsi sa vie fut transformée, elle sentit que son quotidien avait pris un nouveau sens.

La deuxième histoire se déroule environ mille sept cents ans plus tard, dans un village en Angleterre cette fois. Un homme rentre des champs. Il fait de l’ordre dans sa pauvre maison, s’installe pour lire la Bible et prier pour les personnes qui viendront le rejoindre. En effet, il est responsable d’une classe méthodiste.

Ils persévéraient dans la doctrine des apôtres et dans la communion fraternelle ; ils rompaient le pain et ils priaient ensemble (Ac 2.42)

Lorsque la petite douzaine de personnes sera installée, il leur rappellera les règles édictées par John Wesley et les engagements des membres d’une classe : non seulement se rendre régulièrement au culte au cours duquel l’Écriture sainte est lue et expliquée et la sainte Cène administrée, mais également prendre soin les uns des autres, aussi bien dans leur vie intérieure que dans leur vie matérielle. Il partagera avec eux comment il a vécu la présence de Dieu durant la semaine, s’enquerra de l’état de leur âme à eux, lira un passage biblique. Ensuite ils prieront ensemble et pour finir, déposeront chacun sa piécette dans la corbeille prévue à cet effet. Notre responsable de classe tient avec soin un registre qui lui permet de n’oublier rien ni personne. Après cette longue journée, il est reconnaissant pour sa vie, sa foi et ses amis. Le fait de prendre soin des âmes des autres donne un sens à sa vie.

La troisième histoire se déroule encore deux cent cinquante ans plus tard, vraisemblablement aux États-Unis d’Amérique. Une jeune femme range sa voiture devant l’église et retrouve comme chaque semaine une dizaine de personnes intéressées à découvrir et approfondir leur connaissance de la Bible. Il s’agit d’un cours intitulé la foi pas à pas. Elle se rend compte que ces rencontres lui sont devenues nécessaires. Elle a même décidé, malgré son agenda surchargé, de se prendre du temps pour lire chaque jour un passage biblique. Pendant l’exposé du responsable, elle se demande comment Dieu appelle les hommes. Elle se demande si elle-même est appelée par Dieu et, si oui, comment cet appel peut être entendu. Ce séminaire est pour elle l’occasion de partager ses questionnements avec d’autres et de constater qu’elle n’est pas la seule à s’interroger ainsi. Rentrée chez elle, elle demande alors à Dieu : « Seigneur que veux-tu que moi je fasse ? »

Créer un climat permettant un développement spirituel

À partir de ces trois exemples concrets, Schnase constate que le développement spirituel est en grande partie dû au fait d’étudier en communauté. Les communautés qui déclarent comme but le développement spirituel – il parle aussi de développement de la foi – sont des communautés qui offrent des possibilités de mieux étudier la Bible, de mieux construire la foi et la vie grâce à un climat de fraternité. Il cite ainsi un certain nombre d’offres que pour la plupart nous connaissons et pratiquons aussi nous-mêmes dans nos églises locales. Pour grandir dans la foi, Schnase insiste beaucoup sur le relationnel, sur l’amitié qui se crée à l’intérieur des divers groupes qui se forment.

L’invitation de Dieu nous atteint à travers une hospitalité radicale, à travers des cultes passionnés qui, s’ils sont nécessaires, sont aussi insuffisants.

Apprendre ensemble c’est se baser sur la méthode d’enseignement de Jésus lui-même : pas seulement au cours d’un culte ou d’un exposé magistral, mais aussi au cours d’un repas, ou d’une promenade… Dans le verset d’Actes cité plus haut, on constate qu’enseignement et communion sont étroitement liés.

L’apôtre Paul lui-même ne considère pas la foi comme quelque chose de statique. Au contraire, il invite à grandir, à évoluer, à croître. Le Saint-Esprit nous « bouge », la transformation n’est jamais définitive.

Ce même Saint-Esprit nous incite à suivre l’exemple du Christ pour que toute chose devienne nouvelle. Ce processus n’est pas définitif. Il doit se poursuivre tout au long de la vie du chrétien. Dans ce processus de maturation, Dieu fait grandir les fruits de l’Esprit, fruits auxquels nous sommes invités à aspirer.

Toutes ces vertus sont orientées vers le relationnel. Elles n’ont de sens que si elles concernent les autres. Cela signifie que l’étude scripturaire – Bible, ouvrages de piété – ne suffit pas. La foi doit se développer dans notre vie par l’amour, aussi bien par l’amour que nous donnons, que par l’amour que nous recevons, ainsi que par ce que nous pouvons apprendre les uns des autres.

La croissance est centrale dans la compréhension méthodiste de la foi. Wesley a enseigné la sanctification, c’est-à-dire le mûrissement spirituel qui nous permet de ressembler toujours plus au Christ. Mûrir dans la foi, c’est nous approcher du Christ et nous enraciner toujours davantage en lui. Wesley cherchait autant à permettre à ses contemporains de mûrir que de les inviter à un nouveau commencement dans la foi. En fait il s’agit de se comporter comme on le fait en Jésus-Christ.

Wesley et les premiers méthodistes étaient conscients que cette croissance communautaire n’était ni spontanée ni facile. C’est la raison pour laquelle les classes étaient si importantes. Dieu utilise nos relations fraternelles pour nous transformer. Apprendre en commun crée des liens, nous rend conscients que nos questionnements et nos doutes sont largement partagés, comme le sont nos joies et nos peines.

Schnase donne l’exemple du coureur amateur qui aura beaucoup plus de facilité à s’entraîner s’il a rendez-vous avec un copain que s’il doit affronter seul le froid et la pluie. De même, lire la Bible en commun est plus encourageant que le faire seul. Jésus lui-même a envoyé ses disciples deux par deux.

Schnase a de bonnes lectures, puisqu’il cite aussi Bonhoeffer : Le Christ dans mon propre cœur est plus faible que le Christ dans la parole de mon frère. Il est important que les églises locales proposent toute une série de possibilités de se retrouver en groupes divers, selon les âges, les intérêts, les circonstances de vie, afin qu’en se rencontrant, les gens fassent la connaissance du Christ…

Des expériences encourageantes

Schnase raconte l’expérience d’une femme pasteur proposant de créer des groupes chez des paroissiens disséminés. L’idée est d’accueillir aussi des gens tout simplement intéressés. Dans la pièce principale se retrouvent les adultes, et les enfants peuvent jouer dans une autre pièce.

Ce pasteur constate

D’abord que les gens sont intéressés à la foi et à la communion, mais il leur est difficile de concilier cela avec leur emploi du temps.

Ensuite que l’église locale doit être capable de sortir de ses habitudes d’horaires et de lieux fixes. Il faut donc que l’église, le pasteur et les responsables sachent faire preuve de souplesse.

Une autre expérience a montré qu’il était nécessaire de sortir des cadres habituels de recrutement pour la création de nouveaux groupes. Trop souvent, on se base sur une liste de gens qui nous semblent capables de faire, et ça capote ; et on constate que c’est quelqu’un à qui on n’a même pas pensé qui s’y colle, et ça fonctionne.

Schnase donne encore d’autres exemples. Ces différents exemples montrent que

Premièrement, il ne faut jamais se décourager à adapter temps, lieux, modèles et animateurs ;

Deuxièmement, le secret s’appelle relations, relations, relations ;

Troisièmement, éviter de mettre tous les gens de la même catégorie dans le même pot (âge, sexe, milieu social, niveau de formation…) ;

Quatrièmement, un exemple montre que les couples d’un certain âge peuvent être les contacts avec la jeune génération souvent en rupture avec ses propres parents.

Cinquièmement, ces jeunes adultes ont faim de relations, de foi et de prière.

Sixièmement, aucun groupe n’est viable sans le soutien de bénévoles, mais pas non plus sans l’intervention et l’action du pasteur.

On peut résumer cette partie en disant que le développement de la foi a mille visages. Ici, Schnase cite une infinité de programmes ou de temps liturgiques proposés aux Églises évangéliques, en insistant surtout sur la foi pas à pas dont il semble être un adepte. Ce programme change la vie non seulement des gens, mais aussi de toute la communauté, puisque les orateurs et les animateurs sont eux aussi impliqués dans la progression. Ce dernier aspect lui semble important dans la mesure où des progrès sont impossibles si les responsables ne sont pas eux-mêmes convaincus de ce qu’ils proposent.

De nombreux chemins mènent au but

Ces chemins sortent souvent des sentiers battus, c’est-à-dire des habitudes paroissiales. Il s’agit de faire sauter des murs, des horaires habituels, afin de devenir attrayants pour les gens du dehors. Schnase insiste beaucoup sur les petits groupes, les petits cercles d’étude et de prière, mais toujours avec la dimension de communion, de fraternité, de convivialité.

Il est aussi important de noter que les échecs font partie du processus. Un échec ne signifie pas que rien n’aurait pris racine. On ne voit les racines que plus tard.

Un des chemins consiste naturellement à confier certaines responsabilités aux laïcs bénévoles que l’on a auparavant formés. Cette formation doit être prise en charge par la paroisse.

Sortir des sentiers battus signifie aussi proposer des groupes de réflexion thématiques (pour les endeuillés, les drogués, les malades, etc.). Ceci implique qu’on soit aussi capable de travailler avec des associations spécialisées dans certains domaines. J’ajoute à titre personnel : qu’elles soient chrétiennes (ex : Croix Bleue), ou non (ex : les Narcotiques Anonymes).

Il s’agit de proposer non pas une multitude hétéroclite de groupes, mais d’avoir une conception globale, un programme qui tienne compte des aspirations de la population interne à la paroisse, mais aussi externe à elle.

Questions

  • Faites la liste de toutes les réunions hebdomadaires en petits groupes ainsi que des activités de votre église organisées en dehors du culte comme autant de moyens pour aider les gens à étudier, à apprendre, à expérimenter et à pratiquer la foi.
  • Comment la foi des enfants est-elle nourrie ? Celle des jeunes ? Des jeunes adultes ? Des célibataires ? Des couples ? Des quinquas et plus?
  • Comment l’église répond-elle aux besoins des nouveaux venus ?
  • Votre communauté met-elle en place de nouveaux groupes, des groupes d’études bibliques, ou des classes ?
  • Les nouveaux venus, les visiteurs et ceux qui se trouvent encore en dehors de l'église sont-ils invités à de nouvelles études ou à des classes ?
  • Le nombre de participants à ces petits groupes atteint-il au total au moins 50% de la fréquentation au culte des fidèles?

Apprendre en communauté

Pour conclure. Au travers de l’hospitalité radicale au nom de Jésus, notre sentiment d’appartenance à la communauté se renforce. Au travers de cultes plus passionnés, Dieu attire nos cœurs et pensées vers le Christ, dont nous nous sentirons toujours plus proches.

Au travers de ce que nous venons de voir, nous apprenons à connaître le Christ toujours mieux et à faire de nouvelles expériences avec lui. Mais, rappelons-nous pourtant que la transformation du cœur et de la pensée de l’humain reste l’œuvre de Dieu par le Saint-Esprit. Par l’étude en communauté nous nous abandonnons dans la main de Dieu. La communion fraternelle devient un moyen de grâce, qui nous permet d’aimer encore davantage notre contemporain. Suivre Jésus-Christ devient ainsi notre style de vie, qui consiste à servir le prochain par amour du Christ.

« Five Practices of Fruitful Congregations » de Robert C. Schnase, Abingdon Press, 2007

Résumé du chapitre 3 : « Intentional faith development » (p. 59-78) par Pierre Bertololy, pasteur

Étude

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