Crises en série

Louise Nussbaumer*

L’été a été chaud en crises : humanitaire, financière, économique, démographique, politique… Pouvons-nous être davantage que des spectateurs impuissants ? Cette chronique est commune à Christ Seul et à En route.

« La barre a probablement été atteinte au cours de l’année 1999, mais c’est bien en 2000 que la population de la terre a officiellement dépassé les 6 milliards d’individus. Il faut dire que la question démographique, conjuguée aux migrations, au réchauffement, aux inégalités et à l’alimentation, aura été l’une des grandes problématiques de la décennie au niveau mondial. Alors que nous serions 7 milliards au total en 2011, les projections tablent désormais sur un pic de 9 milliards d’êtres humains en 2050, avant un déclin démographique. Une vision qui n’est pas sans inspirer son lot de théories catastrophistes voire, parfois, d’un retour à peine voilé au malthusianisme. » 1

En Afrique, il y a urgence : dans un rapport, l’OCHA (Bureau de coordination des affaires humanitaires), une agence des Nations unies, note que « la crise dans le sud de la Somalie devrait continuer de s’aggraver tout au long de 2011, l’ensemble des régions du Sud basculant dans la famine. » L’OCHA estime par ailleurs qu’il faudrait réunir encore 1,4 milliard de dollars de fonds « pour apporter une assistance humanitaire à plus de 12 millions de personnes » réparties dans quatre pays de la Corne de l’Afrique. 

400 000 enfants sont en danger de mort.

La situation est grave à l’heure actuelle en Somalie, dans le nord du Kenya, à Djibouti et en Éthiopie, écrit l’OCHA. C’est pire en Somalie du fait des combats, une bonne partie du territoire étant contrôlée par les islamistes d’Al Chabaab qui empêchent les ONG caritatives d’acheminer des vivres. « Si l’accès de l’aide et des employés humanitaires aux zones les plus durement touchés de 

Somalie ne s’améliore pas, on peut s’attendre à la poursuite de l’afflux de réfugiés vers les frontières du Kenya et de l’Éthiopie », ajoute l’OCHA.

Spectateurs impuissants

Ces deux informations, arrivées au cœur de l’été, seraient peut-être passées inaperçues s’il n’y avait eu en même temps d’autres cris d’alarme : une recrudescence des violences urbaines, une nouvelle crise financière, des guerres et des révolutions à l’issue incertaine, les conséquences encore incalculables des explosions nucléaires au Japon. Chaque fois de nouvelles questions surgissent : quelles mesures prendre pour garantir le maintien des privilèges aux nantis, et en même temps pallier aux manques des plus démunis ? Comment accueillir les populations déplacées par la guerre, la misère ou les catastrophes climatiques ? Quel prix peut-on ou faut-il raisonnablement payer pour empêcher un tyran de massacrer une population ? Nous sommes les spectateurs impuissants de situations complexes dont les causes nous échappent.

Indignation et solidarité

Il ne suffit pas de s’indigner. La planète Terre ne pourra survivre que par la solidarité de ses habitants. Jésus disait : « Dans la mesure où vous avez fait cela [nourrir les affamés, donner à boire à celui qui a soif, recueillir l’étranger, vêtir celui qui est nu] pour l’un de ces petits, l’un de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait… » (Mt 25.40).

L’Évangile est annoncé de multiples manières, mais l’Église se construit sur cette base-là. De multiples occasions de mettre en pratique la solidarité avec nos semblables se présentent à notre 

porte. Le témoignage de la foi trouve sa crédibilité dans les œuvres de justice que nous saurons mettre en place. On aime l’exemple des saints de notre temps qui ont eu le courage de se battre pour que diminue la pauvreté, pour que les malades soient soignés, pour que la vie humaine soit respectée avant toute autre considération.

Peur et courage

Face à la peur rampante devant les crises sans solution, face aux réponses trop faciles, au déni, au repli, face aux déclarations et aux gesticulations des grands de ce monde, aurons-nous assez de courage pour défendre la vie, celle des affamés, des prisonniers, des réfugiés… ? Pour « porter le fardeau » de notre époque, dans la prière et l’intercession, comme dans l’action.

1. Politique prônant la restriction démographique inspirée par les travaux de l’économiste britannique Thomas Malthus (1766-1834)

* Louise Nussbaumer, église de Bourg-Bruche, membre du comité de rédaction de Christ Seul.

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