Notre réaction face à l’outrage

Grégory Luna

Un spectacle « Golgotha Picnic » a défrayé la chronique avec la mise en scène grotesque et scandaleuse de la Passion du Christ. A cette provocation, comment répondre ? À cette question, Grégory Luna tente de répondre.


À bâbord toute !    

Aussi scandaleux que puisse être le spectacle « Golgotha Picnic », et avec lui, son cortège surréaliste de symboles dévoyés, l’avanie n’aurait probablement pas franchi les portes du Théâtre du Rond-Point, si l’Institut Civitas1 — profitant de l’honneur qui lui fut accordé en pareille occasion — n’avait pris le parti d’étaler naturellement son indignation hesselienne, au profit du plus perfide des deux. Car si de toute évidence, l’obscénité et la malhonnêteté suintent à tous les actes de cette pièce, la contestation qu’il a menée contre, n’est pas en reste dans cette bacchanale contemporaine…

Je m’explique : depuis quelques mois, l’Institut Civitas est sur tous les fronts. On l’a entendu dans l’affaire du Piss Christ, pour laquelle de nombreuses personnalités politiques étaient intervenues pour appuyer son action ; il était aussi très impliqué dans la polémique sur la théorie du genre ; ou dans l’affaire des personnages historiques écartés des nouveaux manuels d’histoire. Et dans l’affaire de la pièce du Concept du Visage du Fils de Dieu, où plusieurs de ses partisans étaient entrés illégalement dans la salle pour y perturber la représentation, on a encore entendu parler de lui. Alors, qu’aucun calotin ne me dise que seul l’honneur du Christ est en jeu au Rond-Point, il risquerait de mourir étouffé par son mensonge…

Une surprenante ascension dans les médias

D’ailleurs, Isabelle de Gaulmyn, en réaction à cette surmédiatisation, posera une vraie question : « Cette préemption de l’espace catholique pose question, puisqu’en quelques semaines une poignée d’extrémistes catholiques qui ne représentent en réalité qu’un électorat dérisoire, a monopolisé le débat public au point où les responsables de l’église ont été contraints à se positionner. » Et elle conclura à la fin de son billet2 : « le silence des uns », faisant référence aux laïcs chrétiens, qu’ils soient hommes de culture, intellectuels, hommes politiques ou philosophes, « fait le succès des autres ». En d’autres termes, elle dénonce ni plus ni moins l’hypocrisie à la française qui consiste à ne pas assumer ses idées…

Et puis, dans un tout autre registre, grâce à Nicolas Sarkozy, on a plus besoin d’être extralucide pour comprendre qu’un déplacement à Domrémy3 dans les Vosges, peut redonner à la vierge brûlée son image d’Épinal…

Douce France… Le pays de mon enfance…

Alors de mon côté, je m’interroge ; je me questionne sur ces activistes qui utilisent des thématiques qui ne sont pas sans nous rappeler celles qui garnissent les étals de nos associations militantes : pouvons-nous compter sur ces mêmes légumes pour escompter un reliquat de légitimité chrétienne ? Après tout, nous vivons dans le pays des cent fromages et des sans-culottes ; quelle bienséance nous reprocherait de braver l’autorité du conformisme ?

C’est vrai quoi ! Il n’y a pas de mal à affirmer ses valeurs quand on sait dans quel pétrin vont se trouver nos enfants après des décennies de politiques antichrétiennes ! Voyez combien déjà il est difficile à une modeste Chapelle méthodiste d’organiser quelques concerts en province ; alors croyez-moi, il ne restera que quelques miettes de notre héritage lorsque tous ces corbiaux4 de gauche nous auront dévorés tout crus ! Et puis, voter le Front National — parce qu’il partage nos idées sur la société — n’est pas un péché que je sache ; d’ailleurs c’est bien le seul à inscrire dans son programme la lutte contre l’avortement…

Mauvais calcul

Et pourtant… Est-ce la bonne approche ? Est-ce qu’un parti politique peut générer in fine une amélioration substantive à notre témoignage alors que ce dernier, quand il est percutant, conduit toujours à la persécution ? Ça vaut la peine qu’on se le dise : l’homo religiosus a toujours l’impression que la piété peut se passer de toute critique particulière ; qu’elle vienne de gauche ou de droite. Or, c’est faux ! La Bible nous dit que chaque manifestation de l’Esprit provoque chez les uns une odeur de vie et chez les autres une odeur de mort.

Par conséquent, gardons-nous de monter en mayonnaise notre morale chrétienne de peur qu’à la fin de notre combat, nous soyons évalués par les mêmes instruments qui nous ont servi de mesure ; et de la même manière, ayons toujours ce reproche du Seigneur à l’endroit de notre chaire religieuse : Tu parcours la mer et la terre pour faire un seul prosélyte, et quand il l’est devenu, tu le rends fils de la géhenne deux fois plus que toi.

Notes

1L’institut Civitas est un lobby catholique proche de l’extrême droite et du mouvement traditionnel des Lefebvristes.

2 Tiré de l’article « l’ascension de Civitas » publié le 15 décembre 2011 sur le quotidien La Croix.

3 Clin d’œil à célébration du 600em anniversaire de la naissance de Jeanne d’Arc pour lequel le chef de l’état était présent pour des raisons électorales.

4 Corbeaux en patois

© David Ruano

Le trublion méthodiste

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