Freddy Nzambe

Bâtisseur à plus d’un titre !

Son parcours de vie est passionnant : de la métropole africaine à la Tunisie en passant par la Russie, Freddy a vu du pays et gagné en expérience. Il répond à nos questions.


De l’animisme

Originaire du Congo Kinshasa, Freddy Nzambe grandit dans une famille animiste sur laquelle planait longtemps et lourdement le spectre de la mort et du malheur : morts suspectes d’enfants, parents en voie de divorce. Son frère fréquente alors une réunion de la Ligue de la Lecture de la Bible et là survient un miracle. Il raconte : « Mon frère prie Dieu de faire quelque chose pour la famille, faire en sorte que les parents ne divorcent pas et que la mort cesse de frapper la famille. Et là un miracle se produit : jusqu’à aujourd’hui, les parents sont encore ensemble et la mort n’a plus eu d’effet sur les enfants par la suite ».

... Au christianisme

Le miracle se poursuit avec la conversion successive des membres de la famille, à commencer par sa mère, son père et pour finir avec Freddy sur le tard : « lors d’une rencontre des églises charismatiques, j’ai entendu pour la première fois l’Évangile. J’ai été bouleversé par ce que je voyais, comme enthousiasme, etc... Je rentrais dans ma chambre et demandais pardon pour mes péchés ». Freddy fera ses premiers pas dans l’Église baptiste que fréquentent ses parents et partagera le samedi la vie du groupe de jeunes de l’Église pentecôtiste du coin.

Apprentissage de la foi dans le grand froid

À peine converti, il passe le baccalauréat et entamera des études en hydrotechnique à… Moscou, choc thermique garanti à glacer le sang d’un Africain comme lui : « c’était difficile pour moi de vivre le froid à Moscou. Imaginez un Congolais qui quitte le Congo à 30° et qui arrive à -20°. J'avais un pull, un blouson et puis le froid descend jusqu’à — 25°. C’était difficile pour moi de vivre dans ces conditions ». Il fait aussi rapidement la douloureuse expérience du racisme ordinaire : « C’est aussi la première fois que je rencontrais le racisme ».

De plus, il débarque dans un pays qui se vante de son athéisme officiel : « le pays, je dirais, est dans l’ensemble « athée » et au foyer universitaire j’étais entouré d’étudiants non chrétiens — l’Évangile ne leur disait absolument rien —, il fallait vivre sa foi dans ce cadre-là ». C’est dans ce contexte que Freddy fera ses classes dans la foi chrétienne à travers les groupes bibliques universitaires et une église baptiste à la fois en anglais et en russe qu’il était loin de maîtriser : « J’ai découvert la foi chrétienne dans sa profondeur à travers ces études bibliques en anglais, et mon anglais était approximatif… Et mon russe n’était pas meilleur. J’étais en train de découvrir la foi chrétienne, je ne savais pas encore comment lire la Bible. Même si ces réunions du GBU étaient difficiles à suivre, elles étaient très passionnantes ».

Les livres de Ralph Shallis et de Billy Graham ont contribué à étayer sa foi balbutiante.

Découverte du monde musulman

Son frère étudiait alors la médecine au Maroc. Il invite Freddy à le rejoindre, ce qu’il fait sans tarder. Il s’inscrit pour des études en architecture qu’il mènera à leur terme. À l’heure de la soutenance de son projet, le professeur l’interroge sur son port de la croix devant les camarades de sa promotion. Non sans crainte, il témoigne de sa jeune foi sachant le risque encouru : « Je savais que si je parlais de la croix, je perdrais mon diplôme. J’avais très peur, car le professeur était un islamiste, mais ça s’est très bien passé. J’ai pu pour la première fois partager ma foi à la fois devant mon prof et mes collègues de promotion. Ce fut un grand défi ».

Il retrouve les GBU, il découvre l’Église Évangélique au Maroc (l’ancienne Église Réformée de France au Maroc) et c’est dans ce cadre qu’il vit sa foi : « J’y vis ma foi. Je suis les études bibliques et par la suite ils me sollicitent pour travailler à plein-temps bénévolement au sein des Groupes bibliques et par la suite j’ai été embauché à mi-temps par les Groupes Bibliques Universitaires et par l’Église Évangélique au Maroc pour l’autre mi-temps ». Il sera le secrétaire général des GBU pendant six ans.

Freddy n’a pas le sentiment d’avoir fait l’expérience d’une vocation à proprement parler : « je ne pense pas avoir ressenti quelque chose qu’il fallait faire. Au besoin qui se présentait, j’ai simplement répondu présent, mais je ne m’attendais certainement pas à me retrouver impliqué dans le ministère tout le reste de mon temps ».

Ainsi est né un ministère hors pair, décisif en terre musulmane.

Engagement

En 2003, Freddy est appelé en Tunisie pour prendre le poste de secrétaire national du GBU Tunisie et travaille également comme pasteur de l’Église réformée de Tunis aux côtés de W. Brown et de Jean Nzabarushimana.

Après son premier choc thermique et culturel à Moscou, Freddy affrontera un second et non des moindres, la confrontation au monde musulman. De la Russie, il a basculé vers un autre pays, une autre mentalité, une autre culture : « je suis passé d’un pays où Dieu était exclu — le chauffeur de taxi me disait : Dieu, il est où ? — À un autre où les discours sur Dieu étaient quasiment présents dans chaque discussion. On discute aisément de choses spirituelles au Maroc ».

Mais Freddy a aussi appris le mode de communication qui convient en terre musulmane : « cela suppose beaucoup de sagesse : j’ai appris au Maroc tout comme en Tunisie qu’il me fallait avoir beaucoup de respect pour le Coran, il me fallait aussi avoir beaucoup de respect pour le prophète Mouhammed, il me fallait beaucoup de respect pour les personnes. Au Maroc, j’ai appris à aller vers les autres et à créer des amitiés ».

L’Esprit Saint enseigne manifestement la prudence, la souplesse et la disponibilité. Des opportunités sont à saisir, nous explique Freddy : « Dans ce pays, les possibilités sont nombreuses de ne pas cacher sa foi, de pouvoir l’affirmer. On peut dire qu’on est chrétien sans en avoir honte, mais il faut aussi s’attendre à ce que les autres ne soient pas nécessairement d’accord avec toi et qu’ils te posent des questions. Bref, dans un pays en majorité musulman, tu partages ta foi d’une autre manière qu’on le ferait dans un pays dit libre ».

Formation

Au fur et à mesure que Freddy assume la charge pastorale au Maroc et en Tunisie, il ressent le besoin de peaufiner sa formation théologique : « j’en suis arrivé au stade où je sentais mes limites ». Il faut dire que sa formation était réduite jusqu’alors à ses lectures de revues spécialisées. Freddy décide alors d’entamer des études théologiques à distance à Vaux-sur-Seine avant de venir en famille achever un cycle sur place.

Notons, que dans cette aventure comme dans les précédentes, Freddy ne s’est pas engagé seul, mais avec son épouse, Sylvie, Congolaise de Brazzaville, avec qui il est marié depuis 14 ans. Deux enfants sont nés de leur union, Dyvie, 11 ans, et Sarah, 7 ans. Sylvie qui a fait des études de droit suivies d’un DEA de droit aux assurances partage pleinement son ministère.

De ses études en architecture, Freddy garde le sens de la cohérence : on ne peut bâtir dans la vie que si l’on respecte certaines règles. Dans l’église aussi : « Je pense que des études en architecture aident un pasteur, je le crois, parce que cela lui permet d’être structuré dans ce qu’il fait, d’être cohérent et conséquent… ».

L’Église a profité de ses compétences en architecture au Maroc et en Tunisie pour la mise en conformité de ses bâtiments. Et ses compétences serviront certainement à la réfection de la propriété de l’Église méthodiste à Tunis.

Prochaine étape : Tunis

Dernière étape en date, son rapprochement avec l’Église méthodiste. Déjà il était très proche du pasteur Raymond Kayj (pasteur méthodiste en poste à Tunis avant le pasteur Isaac Agré) qu’il tient pour son père spirituel. Il avait conscience que pour travailler en Tunisie il avait intérêt à se rapprocher d’une Église déjà présente en Tunisie et dotée d’une vision missionnaire. D’où ses contacts avec le surintendant en charge de l’Afrique du Nord qui aboutiront à temps voulu. Le voici engagé à Tunis conjointement par le DEFAP* et le GBGM (Département missionnaire de l’Église Évangélique Méthodiste) auprès de l’Église réformée de Tunis.

La Providence veille sur le ministère de la famille, car son ministère présent et à venir s’inscrit manifestement dans la continuité. Décidément, le grand Bâtisseur a de la suite dans les idées ! Et dans les hommes!

Avec sa famille, Freddy est envoyé comme animateur socio-culturel chargé de développer des activités auprès des jeunes étudiants de Tunis.


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