Le message de l’évêque à la Conférence centrale 2013

Une fois tous les quatre ans, l’évêque adresse un message à l’adresse des églises à forte tonalité pastorale. Cette fois, l’évêque Patrick Streiff base son exhortation sur la célèbre triade de l’amour, de la foi et de l’espérance (1Co 13). Nous publions ici un des quatre chapitres de son message.


Les pas à trois temps de l’amour

Patrick Streiff, évêque

En trois pas de danse

L’amour de Dieu est la force centrale qui a animé les frères Wesley et conduit à la naissance du réveil méthodiste qui déclenche une progression de l’amour en trois pas. Elle commence avec l’expérience de l’amour de Dieu dans le cœur, dans le centre de sa propre personne, et devient une certitude porteuse de vie. Cette expérience incite alors un homme à aimer Dieu de tout son cœur et le rend ensuite capable d’aimer ses prochains comme lui-même. Cette progression de l’amour en trois pas est un signe distinctif et caractéristique du mouvement méthodiste et des méthodistes. John Wesley a décrit ce processus en 1742 dans son sermon cité ci-dessus, en utilisant des images musicales : il s’agit d’un triple accord qui invite à danser, en trois temps et trois mouvements, la valse de l’amour.

Expérience universelle

De nombreux chrétiens, même en dehors de l’EEM, se reconnaîtront dans ces caractéristiques. C’est heureux. C’est ainsi que, par exemple, à l’occasion d’une visite, en février 2011, auprès d’une communauté qui m’était encore inconnue à Cluj, en Roumanie, j’ai reconnu cette caractéristique fondamentalement méthodiste et biblique, ce qui m’a permis d’inviter, sans réserves, cette communauté à devenir membre de notre Église. Après quelques mois d’étude d’écrits méthodistes, de prières et de dialogues, le conseil de la communauté a décidé, à l’unanimité, de s’affilier à l’EEM. La Roumanie est ainsi devenue le 16e pays membre de la Conférence centrale de l’Europe du Centre et du Sud.

Au cœur de l’Évangile

L’identité est, la plupart du temps, recherchée par le traçage de frontières. Quant à Wesley, il a, comme d’autres Réformateurs, choisi une autre voie : il avait redécouvert le cœur de l’Évangile comme une puissance qui transforme et il voulait donner à cela une place centrale.

Dans son ouvrage « Les signes distinctifs d’un (e) méthodiste », il écarte tout d’abord les malentendus, selon lesquels des doctrines particulières ou des coutumes et usages particuliers seraient ces signes distinctifs. Wesley ne reconnaît même pas aux « Règles Générales » (Ne pas faire le mal, faire le bien, utiliser les moyens de grâce), régulièrement évoquées dans les classes méthodistes, le rôle de caractériser les méthodistes.

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« Nous ne partageons pas le point de vue (qui est malheureusement celui de trop de personnes) selon lequel le christianisme se résume à : ne pas causer de dommages, faire du bien, faire usage des moyens de grâce de Dieu. Non, tout cela n’est pas encore suffisant ; nous savons en effet, par expérience, qu’un homme peut pratiquer tout cela pendant des années et rester toujours aussi peu chrétien qu’avant. »

(Les signes distinctifs § 4)

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Il est vrai que le cœur de l’Évangile a une relation avec le genre de vie qui doit être marqué par l’observation des « Règles Générales ». La sainteté recherchée du cœur et de la vie ne peut cependant éclore que de la foi en Christ.

L’amour répandu dans le cœur

La force qui conduit vers une vie conforme à la volonté de Dieu, provient de la certitude libératrice d’un homme de ce que l’amour de Dieu est répandu dans son cœur. C’est ce qui rend heureux un homme à partir de l’intérieur et qui le remplit d’amour pour Dieu.

Le signe distinctif d’un méthodiste s’articule dans la relation avec Dieu, avec la dimension verticale. Il est cependant significatif que Wesley place la confirmation de l’Évangile devant le premier et plus important commandement, l’amour pour Dieu. La foi en Jésus-Christ contient l’expérience que la promesse de l’Évangile se réalise et que la vie se poursuit sur une nouvelle base. L’amour de Dieu a été répandu dans mon cœur.

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« Un méthodiste est un homme dans le cœur duquel est répandu l’amour de Dieu par l’action du Saint-Esprit qui lui est donné (Rm 5.5) ; un homme qui aime le Seigneur, son Dieu, de tout son cœur, de toute sa pensée et de toutes ses forces ».

(Dt 6.5 ; Mt 22.37)

« Pendant qu’il exprime son amour pour Dieu en priant sans cesse, en étant toujours joyeux et reconnaissant en toute chose (1Th 5.16-18a), le commandement suivant est aussi écrit dans son cœur : Que celui qui aime Dieu aime aussi son frère et sa sœur (1Jn 4.21). Selon ce commandement, il aime son prochain comme soi-même (Mt 22.39), il aime aussi chaque homme comme sa propre âme ».

(Les signes distinctifs § 5+9)

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Aujourd’hui, nous parlerions du feu dans le cœur ou d’un ardent enthousiasme. Wesley, dans sa compréhension d’un domaine émotionnel contrôlé par la raison, a décrit, de façon simplement discrète, sa propre expérience à ce sujet, en s’appuyant sur l’histoire des disciples d’Emmaüs, écrivant « je sentis mon cœur réchauffé de façon singulière ». Des paroles et des images ne peuvent de toute façon exprimer que partiellement comment, à partir de l’expérience de l’amour de Dieu, cet amour devient, au plus profond d’un homme, une force capable de transformer la vie.

En conformité avec les Écritures

Wesley définit toujours à nouveau cette articulation, dans des ouvrages ultérieurs et des sermons, comme étant « conforme aux Écritures ». Il parle d’un christianisme « conforme aux Écritures », d’une sanctification « conforme aux Écritures », etc. Il désigne ainsi l’expérience évangélique fondamentale d’être accueilli, par grâce et par la foi, dans une relation avec Dieu, heureuse et libérée. L’expérience personnelle d’être aimé par Dieu devient la condition préalable et l’incitation à aimer d’abord Dieu de toutes ses forces et ensuite aussi le prochain comme soi-même. L’assurance de l’amour de Dieu pour nous est le meilleur fondement pour éviter d’être trop exigeants envers nous ou d’autres ou de s’épuiser soi-même. Pour Wesley, le point d’articulation et d’ancrage, c’est la dimension verticale : la relation entre Dieu et l’homme, avec priorité à ce que Dieu intègre, en tant qu’apport préalable, dans cette relation. La foi, l’espérance, l’amour, — ces trois-là imprègnent aussi, pour cette raison, la description des méthodistes.

Sanctification du cœur et de la vie

Les pas à trois temps de l’amour s’accomplissent là où croît, par l’expérience de l’amour de Dieu (premier pas), l’amour pour Dieu (deuxième pas), comme aussi l’amour pour les hommes — pour d’autres hommes, ainsi que pour soi-même (troisième pas). Dans les autres parties de son ouvrage, Wesley décrit, au moyen de nombreuses citations bibliques, quelles sont les conséquences de la transposition du double commandement de l’amour pour Dieu et pour les hommes dans la vie. Cela conduit vers la sanctification du cœur et de la vie, vers la sanctification personnelle et sociale.

À la fin de son ouvrage, Wesley revient vers le fait que ces pas de l’amour ne sont pas autre chose que « les vérités fondamentales et générales du christianisme ». Il ne s’agit pas de doctrines particulières. Cela devrait, au fond, caractériser chaque chrétien et chaque chrétienne, mais être absolument un signe caractérisant des méthodistes. Et cela non seulement par rapport à la foi personnelle, mais aussi par rapport à la vie des communautés. Pour Wesley, la foi chrétienne était toujours une vie en communion avec d’autres chrétiens et pour le bien de toute la société. Alors, dansons ensemble la valse de l’amour !

La totalité du message est accessible sur le site de l’UEEMF, à la page de la Conférence centrale.

Spécial méthodisme


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