L’Église persécutée n’est pas une honte…

La cause des chrétiens persécutés nous concerne au plus haut point : ce qui leur arrive nous arrive. Nous avons un devoir de solidarité et d’intercession, d’autant plus qu’ils sont les joyaux de l’Église universelle. Grégory signe cette contribution à l’occasion d’un culte spécial dédié à l’Église persécutée.

Grégory Luna

La réalité du terrain

Classé par l’ONG « Portes Ouvertes France » quinzième pays où l’on persécute le plus les chrétiens, l’Égypte, avec sa communauté chrétienne-copte – qui représente environ 10 % de la population, est depuis vingt ans le théâtre, parfois sanglant, d’une persécution de plus en plus vive des musulmans à l’encontre des « étrangers » comme ils les appellent1. Chaque année, la situation s’aggrave et les épisodes violents qui étaient hier circonstanciels deviennent aujourd’hui le lot quotidien des Coptes d’Égypte.

Pour ne citer qu’un exemple, le mois qui a précédé le grand rassemblement que vous voyez sur la vidéo, a vu l’armée égyptienne lancer ses blindés sur la foule copte — rassemblée-là pour manifester « pacifiquement » contre des actes terroristes perpétrés dans le sud du pays, faisant 24 morts et 200 blessés. À la suite de quoi, le gouvernement avait indiqué que certains manifestants s’étaient attaqués aux forces de l’ordre — raison pour laquelle ils ont riposté, ce que le chef de l’église copte orthodoxe de l’époque avait tout de suite démenti en affirmant que ces altercations n’étaient en réalité que l’œuvre de quelques voyous infiltrés parmi les manifestants.

Souffrances au quotidien

Tout cela pour dire que l’Église copte, composée je le rappelle de plus de 100 000 Évangéliques, vit sa foi dans l’adversité, luttant quotidiennement contre son statut de bouc émissaire d’une société au bord de la rupture, bien souvent au mépris de l’exclusion et des violences qu’ils subissent2. Elle vit comme beaucoup d’autres chrétiens persécutés dans l’opprobre le plus total, essuyant quotidiennement la dhimma3 à laquelle sont soumis les « gens du Livre » (juifs et chrétiens). Chaque jour, ils subissent des pressions de toutes sortes : pour l’ouverture d’un commerce, pour les réparations d’une église, pour des papiers administratifs simples, pour l’enseignement de leurs enfants, en somme, tout ce qui rend plus beau encore l’expression de ce courage qu’ils ont eu à se rassembler pour la gloire de leur sauveur Jésus-Christ.

Un espoir dont nous pouvons être fiers !

C’est pourquoi, je m’interroge à l’arrivée de ce culte dédié à l’église persécutée : est-ce que je vais encore écraser une larme à l’écoute des récits pathétiques de l’association « Portes Ouvertes », ou plutôt vais-je me réjouir de ce que ces hommes et ses femmes de foi savent endurer le courroux de leurs persécuteurs, avec fierté, patience et espérance, montrant par là combien il est digne de souffrir pour notre Seigneur ? Car, en effet, c’est une grâce que de supporter des afflictions par motif de conscience envers Dieu, quand on souffre injustement (1Pi 2.19).

De la même manière, est-ce que j’aurais honte de voir ces hommes et ces femmes emprisonnés à cause de l’entêtement qu’ils ont à croire — et conséquemment à suivre, un message dont moi-même, je suis, au même titre qu’eux, le dépositaire, ou bien serais-je fier de partager leurs humiliations, ne serait-ce qu’une heure et demie, pour montrer aux autorités et aux dominations de ce monde que je suis un avec eux, et qu’il y a une grande dignité à souffrir pour celui qu’on aime ? Quoi qu’il en soit, après avoir écouté cette vidéo, peine m’en fasse, je ne peux plus me laisser aller à de quelconques commisérations… Voyez déjà l’apôtre Paul exhortait son disciple préféré à souffrir avec lui pour l’Évangile : N’aie donc point honte du témoignage à rendre à notre Seigneur, ni de moi son prisonnier. Mais souffre avec moi pour l’Évangile. Alors, en ce qui me concerne, j’espère que notre Dieu nous inspirera à nous réjouir du témoignage de ces frères et sœurs, plutôt que de les plaindre ; cela serait un moindre mal, j’en suis persuadé !

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Notes

1Les Coptes d’Égypte ne sont pas des étrangers ; car contrairement à l’idée répandue par les musulmans, l’Égypte était entièrement chrétienne avant l’invasion arabe. En réalité, les coptes sont les vestiges de l’ancienne Égypte, tant par leur langue que par leurs origines (certaines familles sont généalogiquement parlant, en ligne direct avec les Pharaons), ce qui les place bien évidemment devant les soi-disant héritiers légitimes de l’Égypte. 

2 Sur le plan international, il semblerait que les coptes soient devenus au fil des années, un baromètre géopolitique de la radicalité islamique au Moyen Orient, une sorte de photographie des tensions existantes entre les pays islamique et l’occident, comme le fut un temps Berlin durant la guerre froide.

3 La « protection » (sens littéral du mot dhimma, devenu dhimmitude en français) qui leur est consentie repose sur un ordre « divin » qui prescrit l’humiliation des dhimmis (Coran 9, 29). Ils peuvent conserver leur religion mais doivent la pratiquer discrètement et accepter leur réduction au rang de citoyens de seconde catégorie, l’objectif étant de leur montrer leur infériorité par rapport aux « vrais croyants » que sont les musulmans.

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