Nelson Mandela (1918-2013)

Retour sur le parcours de ce méthodiste hors du commun et sur la cérémonie commémorative qui lui a été dédiée à Soweto. Il est difficile de dissocier le combat de Nelson Mandela du méthodisme de son enfance. La preuve en quelques lignes.

Photo umns

JP Waechter

Ses liens avec le méthodisme

Tout au long de sa vie, Nelson Mandela avait établi de nombreux liens avec le méthodisme.

Diplômé d’une école méthodiste, le champion de la lutte contre l’apartheid a été encadré par des prédicateurs et des éducateurs méthodistes et s’était lié en prison avec un aumônier méthodiste.

En tant que président de l’Afrique du Sud, Nelson Mandela a travaillé avec les dirigeants de l’Église dans l’élaboration d’une nouvelle nation et finalement s’est marié avec Graça Machel, une méthodiste unie, veuve de l’ancien président du Mozambique et défenseur des femmes et des droits des enfants.

Lorsque ce couple a fait une apparition surprise au Conseil Méthodiste Uni des évêques lors d’une réunion en novembre 2006 à Maputo, au Mozambique, l’évêque Janice Huie, alors présidente du conseil, a déclaré que le groupe avait été « béni » par leur présence. « Nous avons été en compagnie de saints et nous le savons, et nous en sommes reconnaissants », dit-elle.

Le Conseil méthodiste mondial a reconnu Mandela comme un « symbole de la liberté, de la justice et de la paix » quand il lui a remis son Prix de la paix en l’an 2000.

« En tant que leader national et mondial, son nom est synonyme de réconciliation », a déclaré Frances Alguire, présidente du conseil, à l’annonce du prix. « En tant que personne, Mandela est remarquablement exempt d’amertume. Sa vie reflète les qualités du Prix mondial méthodiste de la paix ».


Retour sur ses racines méthodistes

Mandela est né le 18 juillet 1918, à Mvezo au Cap Oriental et diplômé de Healdtown, un pensionnat créé par des missionnaires méthodistes en 1845. Le révérend Seth Mokitimi était l’aumônier de l’école. Prédicateur et éducateur méthodiste reconnu, il a été en 1964 le premier Noir à se faire élire à la tête d’une dénomination majeure en Afrique du Sud. Ce prédicateur et éducateur a exercé une grande influence sur Mandela.

Un nouveau séminaire méthodiste s’est ouvert en 2009 au sein de l’Université de KwaZulu-Natal, près de Durban, qui porte le nom de Mokitimi décédé en 1971.

En tant que leader impliqué dans la lutte contre le système de l’apartheid, Mandela a été condamné à la prison à vie à Robben Island en 1963. Le révérend Peter Storey, pasteur méthodiste, a été l’aumônier de Mandela ainsi que d’autres prisonniers.

Storey, ancien président de l’Église méthodiste d’Afrique australe, est également devenu un proche collaborateur de l’archevêque anglican Desmond Tutu dans la lutte menée par l’Église contre l’apartheid.

Libéré de prison le 11 février 1990, Mandela a été élu président de l’Afrique du Sud en 1994. Il a chargé Storey de constituer la Commission Vérité et Réconciliation en Afrique du Sud. Créée en 1995, cette commission a attiré l’attention du monde entier et servi de modèle dans le règlement des conflits par la voie de la réconciliation et du pardon.

« Nous savions que nous avions besoin de vérité pour bâtir une nouvelle nation », a déclaré Storey en 2005 quand il a été professeur à la Duke Divinity School. « Sans vérité, point de guérison. Sans pardon, point d’avenir ».

Mandela a pris sa retraite de président de l’Afrique du Sud en 1999 au terme de son mandat, mais il a continué à avoir une grande influence sur ​​le continent africain. Le 18 juillet 2009, son anniversaire a été déclaré Journée internationale Nelson Mandela célébrée depuis tous les ans pour défendre la liberté, la justice et la démocratie.

Sermon éloquent et prophétique

Une cérémonie commémorative eut lieu le 10 décembre sous la pluie battante au stade de Soweto en présence de dizaines de chefs d’État. Le révérend Ivan Abrahams, président du Conseil méthodiste mondial après avoir été évêque de son église en Afrique du Sud, a prononcé le sermon lors de cette cérémonie.

« (Dieu) nous a donné un homme qui a hardiment proclamé qu’un autre monde était possible ». Cet homme « se démarquera dans l’histoire comme un phare et une lumière, comme une étoile qui va inspirer de nombreuses générations à venir ».


Sermon du jour

Évêque Ivan Abrahams, président du Conseil méthodiste mondial

L’Écriture dit : Ne vous lassez pas de faire le bien, car au bon moment nous allons récolter la moisson si nous ne nous relâchons pas. Ga 6.9 Nous devons redoubler nos efforts et travailler dur pour éliminer l’héritage des inégalités qui nous hante encore vingt ans après le retour de la démocratie. Nous ne pouvons pas nous lasser dans nos efforts à débarrasser notre pays du fléau de la pauvreté qui est encore visible aux abords insalubres de toutes nos grandes villes et communautés rurales. Si nous voulons faire du rêve de Mandela une réalité, tous les habitants de notre pays ont besoin d’une nouvelle volonté de promouvoir la cohésion sociale, le renforcement et la guérison de la nation.

La seule façon dont nous pouvons honorer Mandela est de reprendre à notre compte le manteau du service et du sacrifice désintéressés… Il est maintenant dans nos mains… l’avenir nous appartient, Servons-nous en bien.

Heureux les morts qui meurent dans le Seigneur, et ce dès maintenant ! Oui, dit l’Esprit, ainsi ils se reposent de leurs travaux, mais leurs œuvres les suivent. Ap 14.13

Nelson Rolihlahla Mandela, serviteur du Dieu tout-puissant, nous vous saluons.

Hamba Kahle, Tata Mandela !

Dormez bien dans l’espérance sûre et certaine de la Résurrection !

Extraits de son sermon à la cérémonie commémorative (Conseil méthodiste mondial)

L’ancien président de l’Église méthodiste d’Afrique australe a offert ses « sincères condoléances » à la famille Mandela. « Nous vous devons tous une dette de gratitude sincère, parce que vous avez accepté de partager votre mari, père, grand-père et grand-père avec nous et avec le monde.

« Ce qui nous amène ici aujourd’hui n’est pas tant le chagrin que l’amour », a souligné Abrahams. Le crépuscule de la vie de Madiba était aussi extraordinaire que sa vie elle-même. Il a pleinement mené sa vie ».

Des millions de Sud-Africains et de gens du monde entier se sont réunis pour honorer la mémoire d’un des plus grands hommes d’État du siècle, dit-il. Remerciant Dieu, Abrahams dit : « Tu nous as donné l’ami de tous et l’ennemi de personne ».

De 2005-2011, Abrahams a été le coprésident du Forum national des leaders religieux, créé comme un partenariat pour travailler avec Mandela à la transformation de la société sud-africaine. Il a estimé que le forum faisait partie de l’héritage de Mandela.

Alors que la pluie continuait de tomber sur le Stade de Soweto, également connu sous le nom de Stade Soccer City, Abrahams se réfère brièvement dans son sermon à l’histoire du prophète Élie.

À la fin de sa vie sur terre, le prophète Élie s’approche de la rivière du Jourdain, selon l’Écriture. Il retrousse son manteau et frappe l’eau, qui s’écarte de part et d’autre et tout à coup apparaît un char de feu tiré par un cheval de feu et Élie est enlevé au ciel.

Le manteau d’Élie tombe au sol et est repris ensuite par un disciple plus jeune appelé Élisée, qui avait demandé à Élie juste avant son départ la grâce d’hériter d’« une double portion de son esprit ». Élisée prenait alors en âme et conscience la décision de reprendre à son compte le manteau de l’autorité prophétique ; tout comme Élisée, ceux qui viennent après Mandela doivent à leur tour prendre le même chemin », a-t-il déclaré. « …Nous sommes ses héritiers. Nous sommes les messagers de l’espoir pour l’avenir. Il nous est donné le rare privilège de retransmettre son héritage. Son manteau est tombé et il est entre nos mains ».

Cet héritage, a-t-il ajouté, implique un sacrifice et un service désintéressés ainsi que la capacité d’« aller de l’avant dans la foi ».

Abrahams a cité la dernière strophe du célèbre poème de Rudyard Kipling « Tu seras un Homme, mon fils » comme un hommage à Mandela.

Si t’adressant aux foules tu gardes ta vertu ;

Si, fréquentant les Rois, tu sais rester toi-même,

Si ton plus cher ami, si ton pire ennemi

Sont tous deux impuissants à te blesser au cœur,

Si tout homme avec toi compte sans trop compter ;

Si tu sais mettre en la minute inexorable

Exactement pesées, les soixante secondes

Alors la Terre est tienne et tout ce qu’elle porte

Et mieux encore tu seras un homme mon fils !

(Traduction de Germaine Bernard-Cherchevsky — 1942)

Abrahams a ajusté la dernière ligne par ces mots : « Et — mieux encore — tu seras Nelson Mandela, mon fils ! »

Hommages

Foi en action

Il a marqué l’histoire, notre histoire

« Chacun

« Nelson Mandela a mis sa foi en action. Même 27 ans de prison n’ont pas pu avoir raison de sa foi, il était convaincu que le peuple de Dieu dans son entier était appelé à vivre les uns avec les autres dans la paix et la dignité, peu importe la couleur de la peau » -. Rosemarie Wenner, évêque et présidente du Conseil méthodiste uni des évêques.

 le reconnaît avec une certaine gravité.
Et sa lutte victorieuse contre l’apartheid aura été celle de tous ceux qui combattent contre l’injustice et la violence, y compris, parfois, et avec courage, au nom de l’Évangile. On se souvient avec gratitude et respect de tels exemples. On se souvient aussi du mot d’ordre de la dernière assemblée du COE de novembre dernier, en Corée du Sud : « Dieu de la vie, conduis-nous vers la justice et la paix ». Voici donc un homme qui aura sans nul doute été conduit.
L’histoire ne s’arrête pas avec la mort d’un grand homme. La violence et l’injustice font d’autres victimes, en ce moment, même, alors que Noël crie silencieusement dans la nuit.
Témoignons sans cesse là où nous sommes placés et conduits, car la paix et la justice attendent inlassablement leur roi. »

François Clavairoly, président de la Fédération protestante de France

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