Le grand malaise des adolescents en France


Sébastien Schopperlé

Pour la deuxième année consécutive, l’UNICEF a mené partout en France une vaste étude auprès des 6-18 ans, qui a fait l’objet d’un rapport remis au gouvernement le 23 septembre dernier. 11 232 enfants dont 62 % de 12 à 18 ans ont ainsi pu évoquer leur quotidien à l'aide d'un questionnaire. D’une ampleur inquiétante selon elle, l’Unicef a conclu que plus d'un tiers des 12-18 ans sont en souffrance psychologique. Sur la base de cette analyse, Sébastien Schopperlé nous interpelle en tant que croyants et église.

Près de la moitié des ados français en état de « souffrance psychologique », selon l'Unicef

Le rapport de l’UNICEF

17 % des enfants consultés disent se trouver en « situation de privation matérielle ». Ce n'est pas le fait de manquer des plus beaux habits de grandes marques ou de posséder le smartphone dernier cri qui est réellement l'origine de ces troubles mais plutôt la conséquence qui en découlerait ; c’est-à-dire la difficulté d'intégration dans toutes les sphères de la vie sociale.

Dévalorisation et tensions

Pour poursuivre

Les résultats : 1 enfant sur 5 en situation sociale précaire... En savoir plus
 
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Revivez les temps forts de la conférence de présentation du rapport, le 19 novembre 2013 à l'Hôtel de Ville de Paris... Lire

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 > Quelques chiffres en images...  

- 17% des enfants en profond mal-être social

- 55% des enfants ont déjà connu une situation de harcèlement en milieu scolaire

- 1 enfant sur 4 n’a pas sa chambre à lui

- 1 enfant sur 10 ne se sent pas respecté par les adultes

- Près d’1 enfant sur 10 n’a pas assez chaud l’hiver chez lui


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Dans les relations familiales, 23 % des 15 ans et plus disent ne pas se sentir valorisés par leur père, ou leur mère pour 11 % des 15 ans et plus. Autour de 40 % vivraient même des relations tendues avec leurs parents, l'accroissement des familles monoparentales et recomposées n'aidant en rien à diminuer ces risques de tensions.

Tentation du désespoir

81 % des jeunes ont avoué qu’il leur arrivait d’être tristes, 52 % de n’avoir plus goût à rien. 32 % reconnaissent avoir pensé au suicide et 12 % ont tenté de mettre fin à leurs jours. Les ados utilisateurs fréquents (près de 90 %) des réseaux sociaux peuvent vivre dans une angoisse relationnelle permanente due aux éventuels manques de “popularité”, mais aussi à l'exposition de la critique et le harcèlement notamment du côté des filles.

Risque d'addictions

Pourtant, à voir les innombrables publicités et autres déclarations (politiques, médias, experts en tous genres…), on jurerait offrir à la jeunesse française le meilleur des mondes ! Malheureusement la modernité de nos sociétés occidentales n'obtient finalement qu'illusion et désespoir car derrière ces vies « très privilégiées au regard des autres enfants du monde », se cache une consommation habituelle d’alcool, jusqu’à l’ivresse (pour 41 % des plus de 15 ans), de drogue et particulièrement le cannabis, pour 32 %. Un profond désarroi qui étouffe insidieusement le désir de vivre. En d'autres mots une immense et destructrice solitude.

Besoin d’appartenance et de reconnaissance

Le besoin d'appartenance et de reconnaissance ne nous est pas inconnu et de nombreux sociologues l'ont également étudié. Charles Taylor dans son livre « Le malaise de la modernité », estime que l'être humain ne peut définir son identité qu’en se situant par rapport aux autres, il a donc besoin des autres pour exister. Il affirme cette importance de l’interdépendance entre personnes par le besoin de reconnaissance. Pour Norbert Elias (« Qu’est-ce que la sociologie »), le lien entre les individus dépasse les besoins primaires de l’homme et parle d’aspiration affective. Ces propos sont soutenus par Georges Simmel qui accorde une place importante aux sentiments psychosociaux. Les relations sont alors fondées sur le rôle des sentiments tels que la confiance, la fidélité, la reconnaissance, la piété, la foi, etc… Nous sommes des êtres relationnels et nous pouvons tous affirmer que l’individu a besoin du collectif, a besoin des autres, de faire partie d'un « NOUS ».

Aspirations communes

N'est-ce pas en quelque sorte cela que nous cherchons aussi en choisissant d'aller dans telle ou telle église, dans tel ou tel groupe de jeunes ? Dans notre Union d’églises ? Dans notre église locale ?

Pourtant, bien que conscients que la vie en collectivité, en communauté ou en famille est si importante à notre développement, nous savons que ce n'est bien souvent pas chose facile.

Et notre jeunesse ?

La jeunesse chrétienne serait-elle exclue des tristes conclusions données par l'UNICEF dans son rapport ? L'adolescent né dans une famille chrétienne serait-il épargné de la privation, de la souffrance, des tentations ? Les structures familiales dans lesquelles ils grandissent sont-elles toujours des plus exemplaires ? Certes non ! Nous le savons bien, les jeunes de nos églises ne sont pas coupés du monde, ni exemptés de vivre en société bien au contraire. Beaucoup d'entre eux sont encore même certainement en pleine réflexion par rapport à leur foi dans le Christ. Certains ont peut-être déjà eu l'occasion de subir le rejet, l'exclusion, voire d'essayer de soulager leurs difficultés par l'alcool, la drogue, la pornographie ou de toutes autres manières.

Être à leur écoute

Les jeunes sont en une période de leur vie où ils sont tous confrontés à des choix cruciaux pour leur avenir, nous ne pouvons que les encourager à exprimer leurs questions, leurs doutes, leurs joies, leurs peines en toute discrétion et dans une écoute dénuée de tout jugement. Nous sommes tous concernés; l'Église a véritablement un rôle à jouer dans l'accompagnement de la jeune génération. Ce « NOUS » auquel les sociologues font référence prendra alors tout son sens dans nos relations les uns avec les autres mais se manifestera surtout dans la plus belle des conditions s'il trouve son fondement dans notre union avec Jésus-Christ, lui-même, qui nous a fait cette promesse : « Et voici, je suis moi-même avec vous chaque jour, jusqu’à la fin du monde ».

Entre doute et adoration

La situation dans laquelle se trouvent les onze disciples est intéressante et me fait penser à celle que nous vivons lorsque nous sommes réunis en groupe là où Jésus nous y a invités. À l'image des disciples, certains peuvent adorer Dieu alors que pour d'autres les doutes persistent encore ou à nouveau. Pourtant Jésus n'a pas cherché à séparer les « adorateurs » des « douteurs » de l'instant. Il leur a indiqué le point de rencontre à tous sans exception. Jésus sait ce dont chacun a besoin, ce que les uns et les autres vivent intérieurement. Cette acceptation sans condition nous encourage à répondre aux préoccupations et sollicitations des jeunes, aux difficultés et réalités auxquelles ils sont confrontés. 

Aller de l'avant

C'est aussi à la jeunesse chrétienne qui adore ou qui doute que Jésus s'adresse en disant « allez donc dans le monde entier et faites des disciples… » ! Le Christ invite les jeunes et groupes de jeunes croyants à s'encourager, parler, grandir dans la foi et s'amuser sans rester fermés sur eux-mêmes mais tout en étant centrés sur l'Évangile de Jésus-Christ. « Allez » est un envoi, une ouverture vers l'autre, même s'ils sont souvent peu nombreux à être chrétiens dans leur école, leur faculté, leur quartier. Comme les disciples de Jésus, ils ont été choisis par le Christ. Comme les autres adolescents en France, ils vivent des souffrances et parce qu'ils les vivent, ils peuvent être des témoins de l’amour et la grâce de Dieu.

Sûrs de sa présence

Que se passe-t-il pour que les disciples partent à la rencontre des autres ? Pour qu’ils continuent, en affrontant les tempêtes, les moqueries, les refus ? Que se passe-t-il pour qu’ils ne se découragent pas au premier problème rencontré ? Dans leur cœur est gravée la parole de Jésus : « Et moi, je suis avec vous, tous les jours ». Une force les habite, elle ne vient pas d’eux mais du Seigneur. Certes pour certains le chemin pourra être plus long que d’autres avant de pouvoir « aller » mais désormais, « adorateurs » et « douteurs », ne sont plus arrêtés par leurs peurs, leurs questions, car l'Esprit de Dieu est là. Le but de Dieu étant de façonner en eux, en nous l’image de Jésus-Christ, son Fils et de nous donner du bonheur.

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