Actu : Ça m'énerve !  Liberté d'expression ou pensée unique? 


Philippe Laurent

Quand l’intolérance se pointe, quelle doit être notre réaction ? Philippe Laurent prend le parti de la discussion. Merci à nos confrères de Croire et Vivre de nous autoriser la publication de cet article.

Il y a des jours comme cela où je m'énerve. Pourtant, le samedi soir je suis habituellement d'humeur tranquille et prêt à m'appliquer l'adage « Heureux ceux qui savent rire d'eux-mêmes, ils n'ont pas fini de s'amuser! » C'est dans cette humeur béate que j'ai flâné le 7 février devant l'émission de Laurent Ruquier, la bien nommée « On n'est pas couché»

Curieuse notion de la liberté d'expression 

Ce soir-là, Nicolas Bedos était de la partie. J'avoue, je n'en suis pas fan. Et aujourd'hui, encore moins. Car voilà que cet « athée intégriste », comme il se désigne lui-même, ordonne aux croyants de tous bords de se taire sur la place publique sous prétexte qu'ils la squatteraient un peu trop ces dernières semaines. La liberté d'expression ainsi présentée ouvre donc le micro à la grossièreté et l'insolence de ce triste sire1 et devrait le fermer à tous les religieux ! 

Serait-ce cela le fin mot de la liberté d'expression telle que la pensée unique veut nous l’imposer: tout le monde a le droit de dire ce qu'il pense tant que c'est pour pourfendre le moindre engagement de foi? Enfermée dans le privé, bâillonnée en public, la foi n'aurait droit qu'à être moquée, raillée, traînée dans la boue ... 

Nicolas Bedos pratiquerait-il la censure ? 

Photo de Nicolas Bedos en dédicace au Salon du livre de Paris, le 30 Mars 2010, par Georges Seguin, sous Créative Commons 

La liberté d'expression s'arrêterait donc là où commence la foi ? Plus exactement, comme l'a bien vu Éric Denimal, cette soi-disant liberté ne serait-elle pas « l'expression insidieuse d'une dictature irrespectueuse des opinions »2

Les mêmes censeurs n'acceptent que très rarement que l'on s'oppose à leur point de vue, n'est-ce pas Monsieur Bedos ? Car j'ai réagi, je suis allé sur votre blog et j'ai commenté votre séquence. Contrairement à vous, je suis resté poli, j'ai argumenté pour une laïcité ouverte, où toutes les opinions religieuses peuvent s'exprimer, dialoguer et apprendre à vivre ensemble en lieu et place de votre revendication laïcarde qui n'accepte que l'indifférence et le mépris vis-à-vis de l'expression de la foi. J'étais même assez content du contenu et de la brièveté de mon message. Deux jours après, je suis revenu sur votre blog, afin de voir si le dialogue était entamé ... Et vous aviez simplement effacé mon message ! Haros sur celui qui ne bêle pas avec vous dans le troupeau de la pensée unique anti-foi ! 

Une pensée unique qui ne dit pas son nom

Je suis d'autant plus énervé que vous faites preuve d'une grande mauvaise foi : la semaine qui précédait votre intervention, c'est Serge July et son plaidoyer pour le droit au blasphème que nous devions entendre au même endroit. Et à quand remonte le passage d'un religieux sur le plateau de cette même émission ? Ma mémoire ne remonte pas assez loin ... 

Décidément, les temps et les hommes ne changent pas. Le Christ l'avait bien compris lorsqu'il a prévenu ses disciples : « Le monde vous déteste, mais vous devez le savoir, il m'a détesté avant vous »3. Cela ne l'a pourtant pas empêché de mourir par amour pour ce même monde. Ça mérite au moins un peu de respect et d'attention. Non? 

Et si vous lisiez vraiment l'Évangile au lieu de bêler avec le troupeau de la pensée unique? Chiche? 

Notes

  1. La séquence intitulée « Mon Dieu silencieux » se termine par un retentissant « Religieux en tout genre, vous commencez sérieusement à nous casser les couilles ». 
  2. À lire dans son excellent libre propos suite aux attentats de janvier: http://ueem.umc-europe.org/eemni/libres-propos-deric-denimal.html 
  3. Jn 15.18 

Publié avec l’aimable autorisation de la rédaction de Croire et Vivre mars 2015

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