La place de la Bible et les relations intergénérationnelles

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Interview du pasteur Richard Gelin, de l’Église évangélique baptiste de l’Avenue du Maine, Paris.

Retour sur la thématique de la pastorale, la relation du pasteur et de nos églises aux Écritures avant la question des relations entre générations dans l’église.

ER Une pastorale tout entière avec des pasteurs, des couples pastoraux de l’Église méthodiste autour de la Bible. Rien n’est plus classique ?

RG Eh bien oui, je serais heureux de dire que rien n’est plus classique, mais de par mon expérience je ne suis pas si sûr que ce soit le cas d’une pastorale qui se consacre à la question « quel est mon rapport de pasteur aux Écritures dans la perspective de la prédication, de l’animation, de l’accompagnement spirituel ? Comment la Bible est aujourd’hui réellement présente dans la communauté ? » Je ne suis pas si sûr qu’il y ait tant de pastorales que ça aujourd’hui sur ce thème-là ! Ça me réjouit.

Le témoignage de l’Église

ER La conjonction entre la Parole et l’Esprit qui rejoint l’humain. C’est d’abord dans l’Église que cette rencontre est à vivre, mais pour que cette Parole soit aussi pertinente aux contemporains, pour avoir une parole crédible et une action efficace sur le terrain, il faut des gens debout, restaurés par la Parole, c’est ça, l’objectif de l’Église, être témoin ?

RG Oui. Exactement. Et le témoignage, ce n’est pas un travail publicitaire : on n’est pas les publicitaires de Dieu, on n’est pas les avocats de Dieu.

ER On n’est pas non plus les perroquets de Dieu ?

RG Non plus… Nous sommes des hommes et des femmes habités d’une parole vivante qui nous a donné une espérance, qui nous a apporté la paix et un pardon, qui donne l’assurance d’un amour plus fort que les événements de notre vie qui peuvent être tragiques. Nos vies ne sont pas à l’abri, on le sait bien, des tragédies de l’existence. Mais cet événement d’Esprit, le fait que l’Esprit-Saint rend l’Evangile en nous espérance vivante, c’est aussi effectivement ce qui nous fait témoins dans le témoignage personnel, mais aussi témoins par rapport aux institutions sociales et aux forces de ce monde qui ont besoin de ce témoignage, qui ont besoin de s’entendre dire : le monde n’est pas abandonné à lui-même, le monde n’est pas abandonné à sa propre logique, sa propre cohérence, sa propre incohérence, je ne sais ce qu’il faut dire, mais il y a un Dieu dont l’amour est pour le monde et l’avenir du monde, c’est l’Évangile de Jésus-Christ.

ER Il se trouve qu’un certain nombre de penseurs, pas tous, mais quelques uns, prennent conscience du caractère déconstruit de notre époque : on est en plein désordre ou chaos. Et c’est donc à cette société, à ces contemporains désorientés, déboussolés que cette parole, source d’espérance s’adresse. C’est le moment de se ressaisir.

RG Je citais cet article du Figaro, ce dialogue entre Michel Onfray et François-Xavier Bellamy, où les deux, dans leur vocabulaire réciproque, disent : nous sommes dans une société dont la tragédie a été d’abandonner et d’oublier ce qu’elle a reçu. FX Bellamy dit que cette société vit dans l’ingratitude. Elle ne reconnaît pas que ce qu’elle a, la liberté, l’aisance, l’éducation, tout ce qui est sa richesse, tout ce qui est sa force et sa beauté, elle l’a reçu dans une chaine de transmission. Michel Onfray, qui n’est pas particulièrement tendre avec le christianisme, dit que cette chaine commence avec Constantin. Bon moi comme baptiste, l’idée du christianisme ou de la chrétienté, je mets des limites, etc… Culturellement, politiquement, socialement, je crois qu’il est indéniable de dire que ce que notre société a été est lié assez directement à l’impact, à l’influence de la foi chrétienne. On est en situation de rupture. Moi, je constate, - je ne suis pas nécessairement mal à l’aise dans la modernité -, je constate une espèce de néopaganisme.

ER Donc, si je comprends bien, faute de reconnaissance, la connaissance se perd.

RG Oui, c’est d’une certaine manière la conclusion de ce dialogue. C’est pour moi une conviction : si on oublie que nous ne sommes pas une génération spontanée, en rien nous ne sommes une génération spontanée, que ce que nous avons, nous l’avons reçu, que ce que nous créons, nous imaginons, est le fruit aussi de nos pères, je crains effectivement que la société s’enfonce dans l’injustice, dans la violence, très particulièrement, je crains qu’elle s’enfonce dans le principe de la force du plus fort, dans la raison du plus fort.

Richard Gelin et la réconciliation entre générations

Il faut savoir recevoir les uns des autres, d’une génération à l’autre, jusque dans le culte. C’est un facteur de réconciliation entre générations.

RG … C’est un facteur de réconciliation des générations. C’est vivre la transmission, c’est vivre dans la reconnaissance de ce que l’on a reçu sans être bloqué par ce que l’on a reçu. C’est recevoir et bénéficier de ce que l’on a reçu pour construire son propre chemin, dans la reconnaissance qu’on n’est pas des générations spontanées de chrétiens.

ER Dans la continuité…

RG Dans la continuité et quel que soit le style du culte. Que la parole de Dieu qui vient à nous, que la parole qui nous est annoncée est fondamentale et qu’elle commence : « Écoute »…

ER Shema Israël…

RG Shema Israël (Dt 6), Écoute… Écouter, c’est une attention, c’est la disponibilité, la reconnaissance. L’écoute, c’est le début d’un dialogue. L’écoute suppose une parole vivante.

ER Peut-être un dernier mot sur l’aspect intergénérationnel, puisque c’est le thème de l’AG de l’Union…

RG Pour moi, l’intergénérationnalité dans l’Église, c’est un pari pour la générosité. L’Église doit se souvenir qu’elle est un lieu de gratuité, de générosité, qu’elle est un lieu d’espérance. On ne va pas trouver des techniques et des méthodes pour obliger les jeunes d’être solidaires, mais comme aîné j’ai une grande responsabilité d’amour, d’accueil et de tendresse vis-à-vis des jeunes et comme responsable d’une communauté chrétienne j’ai la responsabilité de susciter des dialogues. Il est normal qu’un homme quitte son père et sa mère. Les paroles de Jésus mettent parfois de la distance dans la famille, voilà ! Mais apprendre à écouter l’autre, apprendre aux plus âgés à partager leur vie, leurs expériences de vie de façon positive, riche envers les jeunes et apprendre aux jeunes ce qu’il peut y avoir comme richesses dans ce que les autres ont vécu avant eux ; cela relève beaucoup du dialogue. Moi je suis dans une église où il y'a des nonagénaires ; je pense à une dame nonagénaire qui est une bénédiction pour les jeunes, elle a 94 ans. Elle a entendu que les jeunes avaient un projet de week-end. Cette femme qui a des revenus très modestes a fait un petit chèque de 30/40 € et le donne à la trésorière pour aider les jeunes. Et puis d’autres qui sont dans les mêmes eaux qui sont assis, agressifs… Il faut que les aînés, moi le premier, on ait à la fois notre rôle d’éducateur, ce qui suppose une autorité, mais pour moi l’autorité, c’est un synonyme de sécurité : c’est à dire qu’il n’y a de vraie autorité que l’autorité qui est la sécurité. Ce n’est pas de l’autoritarisme. Offrir aux jeunes la sécurité d’une autorité normale, raisonnable, 

ER posée, réfléchie

RG éducative, puis avoir plein d’espérance, …

ER C’est à dire ne pas être un homme du passé, passéiste, mais un homme du futur rempli d’espérance. On sait où on va…

RG Je le dis toujours quand je présente des enfants au Seigneur, moi, je ne baptise pas les bébés, mais nous prions régulièrement pour les bébés qui viennent de naître. C’est une grande joie de le faire et quand on prie pour un bébé qui vient de naître, on dit aussi vraiment notre confiance en Dieu, parce que si je n’avais pas confiance en Dieu pour les enfants que la communauté porte dans sa prière, alors cela n’aurait aucun sens…

ER C’est très bien de terminer sur cette note, parce que même si le monde d’à présent est en train de couler sous nos yeux, à bien des aspects, nous portons en nous une espérance qui apporte son supplément d’âme et Sa vie. Merci Richard.

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