Vivre avec le terrorisme - Saïd Oujibou témoigne

Deux semaines après les attentats en région parisienne qui ont fait 17 morts, le Premier ministre Manuel Valls a déclaré aux lycéens d'un établissement agricole de Seine-et-Marne que « Votre génération devait s'habituer à vivre avec ce danger », le terrorisme, « l’hyperterrorisme », et ce, « pendant un certain nombre d’années ». Il faut se faire une raison, la menace de nouveaux actes de terrorisme continuera de peser sur nous, comme sur les pays en voie de développement. La riposte militaire ne saurait être la seule réplique au terrorisme. L’aide au développement est de mise comme jamais, affirme Nicolas Fouquet du SEL. Et chez nous le témoignage de fidélité et d’amour sur le terrain constitue une antidote efficace à l’extrémisme. Sans compter l’humour de bon aloi opposé aux caricatures blasphématoires.

Extrait du journal ©E.SCHNEIDER-HANS LUCAS

« Honte à nous, chrétiens, de cacher la lumière »

Saïd Oujibou, pasteur

Saïd et Fatima Oujibou sont convertis au christianisme. Pasteur évangélique, Saïd témoigne dans les banlieues sensibles, excelle dans ses OneManShow à partager la Bonne Nouvelle (Liberté, Égalité, Couscous et Le Bon Samaritain). On lui doit aussi la tenue d’un colloque annuel qui participe au rapprochement de chrétiens et de musulmans. Suite à la vague d’attentats terroristes en 2015, il initie une manifestation conjointe de chrétiens et de musulmans Stop Daech à Paris (Trocadéro). Ici, il appelle les chrétiens à sortir de leur léthargie pour occuper le terrain en chrétiens conséquents.

Saïd Oujibou, l’islamiste devenu pasteur

À 18 ans, ce Franco-Marocain rêvait de partir se battre en Afghanistan. À 48 ans, Saïd Oujibou combat l'islamisme qui, selon lui, « gangrène les quartiers ».

Saïd Oujibou est né au bled, dans le sud du Maroc. En 1972, il arrive en France avec sa famille. « C'est vrai que je suis passé par l'islam radical. Si j'avais eu les connexions nécessaires, comme les jeunes musulmans aujourd'hui, je serais parti me battre en Afghanistan pour défendre mes frères musulmans… ». Mais grâce au témoignage d’une famille voisine à la sienne, il découvre l’Évangile. C'était d'abord sa sœur aînée qui s'était convertie au christianisme. « Ma famille ne le supportait pas et la rouait de coups. Malgré cela, Fatima restait sereine. Sa joie de vivre m'a interpellé et je me suis converti à mon tour à 21 ans ». Saïd Oujibou a ensuite suivi des cours de théologie pour enfin devenir pasteur.

Extraits du Point, 24 décembre 2015


Éprouvés

« Notre famille a été durement éprouvée par les attentats. Le 13 novembre 2015, nous étions à proximité du Bataclan, avec nos deux enfants. Nous étions aussi accompagnés de la nièce de Saïd et de son mari. Ce dernier est le frère d’Ismaïl Omar Mostefaï, l’un des kamikazes responsables de l’attaque. Dieu veut nous faire aimer la France en vérité et nous faire comprendre que nous n’habitons pas un monde de bisounours !

État d’abandon ?

Nous sommes en train de payer trente ou quarante ans de ségrégation dans les banlieues. Dire cela, ce n’est pas excuser les jeunes qui ont commis ces crimes atroces. Mais cette révolte n’explose pas d’un seul coup. Elle ronronne depuis longtemps, sous des couches de souffrance et d’exclusion. En tant que Nord-Africains, nous voyons l’état de notre peuple. Il y a un sentiment d’abandon très fort envers la France.

Nous, nous sommes intégrés. La France est notre patrie. Mais pour nombre de jeunes, tout cela ne fait que renforcer le discours de Daech. Notre conversion au Christ nous amène à pardonner, et à dépasser cette image déplorable qui n’est pas la France. Nous passons par la croix, pour aimer la France. Mais allez dire ça aux jeunes de banlieues, alignés sur des textes coraniques agressifs !


Bâtir des ponts

Pour nous, la solution, c’est de bâtir des ponts entre les communautés. Les chrétiens sont en position de force pour aller à la rencontre des musulmans, mais ils manquent cruellement de pratique. L’annonce de l’Évangile passe par l’amitié. Les actes, c’est la première étape de l’évangélisation. L’hospitalité est culturelle dans l’islam, mais dans le christianisme, c’est biblique  !

L’Église est en position de force pour jeter des ponts entre des mondes qui s’ignorent et parfois se détestent.

Honte à nous, chrétiens, de cacher la lumière ! Plus le quartier est chaud, plus il est réceptif à l’Évangile. Il faut que nous soyons des chrétiens de proximité, capables d’actes audacieux, mais simples.

Plus le quartier est chaud, plus il est réceptif à l’Évangile. Il faut que nous soyons des chrétiens de proximité, capables d’actes audacieux, mais simples.

Sur le terrain

Un exemple très concret  : nous étions en visite dans une paroisse évangélique de Perpignan, après les attentats de janvier 2015. Nous avons demandé aux fidèles  : “Qui connait des musulmans ?” Beaucoup n’en connaissaient aucun. Pourtant, il y a une mosquée salafiste à côté de la paroisse. Nous avons établi le contact avec l’imam, qui a ensuite organisé un couscous dans l’église  ! Mieux  : des chrétiennes ont proposé à l’imam d’Évry-Courcouronnes, Khalil Merroun, de projeter le film Jésus de Peter Sykes dans la mosquée. Il a accepté ! Plus de quatre cents musulmans ont assisté à la projection…

Les limites de l’évangélisation, c’est nous qui les fixons, pas Dieu. L’Église est en position de force pour jeter des ponts entre des mondes qui s’ignorent et parfois se détestent. Nous sous-estimons la puissance de la prière. Avec cette force extraordinaire, il faudrait prendre en otage les gens de Daech ! Les prendre en otage de notre prière, jusqu’à ce qu’ils se convertissent, comme l’Apôtre Paul !

Publié avec l’aimable autorisation de l’auteur, tiré de FAMILLE CHRÉTIENNE, 30/12/2015

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Saïd Oujibou : « Ce qui me fait le plus peur c’est la frilosité des chrétiens ce ne sont pas les musulmans »

Saïd Oujibou a partagé son coeur sur la situation actuelle autour des attentats du 13 novembre en France ainsi que sur les églises évangéliques en France. Il lance un vibrant appel à se réveiller aux chrétiens évangéliques de France :

« Il est important pour moi de vous dire que ce qui me choque, ce qui me chagrine, ce qui me fait le plus peur c’est la frilosité des chrétiens, c’est la torpeur des chrétiens c’est ceux-là qui me font le plus peur ce ne sont pas les musulmans qui me font peur, ce sont les chrétiens qui me font peur. En ces temps difficiles, en ces temps douloureux où beaucoup de familles sont décimées, sont cassées, sont brisées, je ne vois pas où sont les évangéliques sur le terrain. Je ne vois pas comment les évangéliques aujourd’hui entourent, encadrent toutes ces familles, toutes ces personnes qui sont dans la rue. …

Il est important que cet Évangile soit beaucoup plus pratique, qu’on le voit. Il est important qu’on sorte de nos murs, qu’on sorte de ce confort, nous avons trop longtemps été dans une zone de confort. Il faut qu’on sorte de cette zone de confort et véritablement que cet Évangile s’incarne comme le Christ s’est incarné, en allant sur le terrain, en ayant de la compassion. … Avons-nous encore de l’amour, avons-nous encore de la compassion ? »

21 novembre 2015 Actus Infochrétiennes

Edition Spéciale de la TV d’EnseigneMoi.com EMCI TV


Extraits de presse

Après les attentats, un besoin d’église

Depuis les attaques terroristes en France, les églises seraient davantage fréquentées. Dans le recueillement et la solitude, des anonymes viennent retrouver des racines ou y cherchent un refuge.

Soutien d’une communauté

« Je ne dirais pas que les attentats ont regonflé les troupes de manière régulière, mais il y a bien un questionnement de fond nouveau, des personnes qui ressentent plus fortement la vulnérabilité de la vie, qui s’interrogent devant des actes commis prétendument au nom de Dieu », analyse le P. Jean-Hubert Thieffry, curé à Sophia-Antipolis (Alpes-Maritimes).

Crise des valeurs

La peur des attentats, les interrogations sur Dieu, sur l’islam, la perte de repères… Cette quête maladroite traduit le besoin de se réapproprier leurs racines, voire de « défendre nos valeurs judéo-chrétiennes ».

« Ordonner ce retour désordonné à l’église »

P. Geoffroy de la Tousche, curé de Dieppe

« Beaucoup de ces retours à l’église sont liés à la peur, voire au racisme… Nous devons être attentifs à eux mais aussi ordonner leur retour désordonné à l’église, au véritable Évangile du Christ, les remettre en quelque sorte dans le droit chemin…. ».

La Croix, 20 janvier 2016

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