SEL: les migrants empêchent le développement du pays qu’ils quittent, une idée reçue

Nicolas Fouquet*

Dans chaque numéro d’ENroute, Nicolas Fouquet du SEL décrypte une idée reçue sur le développement et la pauvreté. Ce que vous pensiez évident… ne l’est peut-être pas ! Cette chronique est parue une première fois sur l’antenne de Radio Arc-en-Ciel.


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Gwladys (Radio Arc-en-Ciel) : Le sujet des migrants a fait couler beaucoup d’encre cette année. Que recouvre précisément cette expression qui peut parfois être mal comprise ?

Nicolas (SEL) : L’expression de migrants est le terme générique qui est utilisé pour qualifier assez classiquement « toute personne qui vit de façon temporaire ou permanente dans un pays dans lequel elle n’est pas née et qui a acquis d’importants liens sociaux avec ce pays ». D’après la Banque mondiale, plus de 247 millions d’individus vivaient en dehors de leur pays de naissance en 2013. Pour autant, il faut garder à l’esprit que les migrations du Sud vers les Nord ne concernent que 80 millions de ces personnes environ et que tous sont loin d’être en situation illégale. De quoi remettre alors en question l’image qu’on peut avoir des migrants comme n’étant que des clandestins qui cherchent à arriver en Europe.

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Ce sujet des migrations Sud-Nord suscite parfois de grands débats. Certains mettent notamment en avant que les migrants empêchent le développement du pays qu’ils quittent. Qu’en penser ?

La question de l’apport des migrations au développement économique et social des pays du Sud est complexe et les études qui se sont penchées dessus ne permettent pas de dégager des affirmations trop tranchées. Certains auteurs relèvent effectivement que les migrations peuvent être un frein à la croissance des pays en développement, en mettant notamment en avant le phénomène de « brain drain », de fuite des cerveaux. D’autres, en revanche, considèrent la migration comme une chance pour les pays du Sud, en raison par exemple des retours de richesses mais aussi de compétences qui peuvent accompagner ces mouvements migratoires.


Les transferts de fonds sont si importants que ça ?

Oui. En 2014, les envois de fonds enregistrés vers les pays en développement représentaient environ 436 milliards de dollars. C’est trois fois plus que le montant de l’aide publique au développement ! Les premiers pays destinataires de ces transferts de fonds étaient l’Inde (70 milliards de dollars), la Chine (64 milliards) ou encore les Philippines (28 milliards). Cependant, en part du PIB, les envois de fonds sont plus importants dans les pays plus petits et à revenu plus faible. À ce niveau, les transferts de fonds représentent 49 % du PIB du Tadjikistan ou encore 29 % de celui du Népal.


À quoi sont destinés ces envois de fonds ?

Les transferts s’expliquent généralement par des comportements « altruistes » ou des solidarités intrafamiliales. L’objectif qui est derrière est d’améliorer les conditions de vie des membres de la famille qui sont restés au pays. Il peut aussi s’agir de « rembourser » une dette familiale liée au financement des études ou du voyage du migrant. Les raisons peuvent alors varier un peu mais elles conduisent bien souvent à des envois réguliers de sommes relativement restreintes.


Quel bilan est fait de ces transferts de fonds concernant le développement des pays qui les reçoivent ?

Il faut rester mesuré dans l’appréciation qu’on en donne. Globalement, on peut dire que c’est profitable aux populations des pays du Sud qui les reçoivent et plus largement à l’économie tout entière. Néanmoins, l’utilisation de ces fonds n’est pas forcément optimale et il serait possible de faire plus de progrès. On peut aussi relever certaines limites comme le fait que les transferts de fonds peuvent accroître les inégalités entre les populations qui en bénéficient et celles qui n’y ont pas accès.


* Nicolas Fouquet est diplômé de l'Institut d’Études Politiques de Strasbourg, il a suivi une spécialisation en relations internationales. Il est désormais en charge de l'éducation au développement au sein du SEL et a pour mission d'encourager la réflexion sur les questions de pauvreté et de développement.

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