Albanie : entre migration et retour

Urs Schweizer

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Rigels Kasmollari et Wilfried Nausner, surintendant en Albanie

Les pays de l’Europe du Sud-Est sont affectés de deux manières par la migration: les ressortissants du Moyen-Orient - si du moins on leur laisse passer la frontière - sont en quête d’avenir en se rendant en Europe occidentale. Ils ne sont pas cependant les seuls: des habitants de l'Europe du Sud-Est empruntent le même itinéraire qu’eux. Pour l’EEM, ces mouvements migratoires constituent un défi majeur, comme nous l’explique Urs Schweizer, secrétaire de notre évêque.

Au cours des neuf premiers mois de 2015, 70.501 personnes en provenance de Syrie ont déposé une demande d’asile en Allemagne.

Le deuxième plus grand groupe avec quelque 44.431 personnes était des demandeurs d'asile en provenance d’Albanie. Rigels Kasmollari, collaborateur de l'EEM en Albanie, attribue essentiellement cet exode au fait que beaucoup d’habitants de son pays sont au chômage ou ne gagnent pas assez d'argent pour assurer à eux-mêmes ainsi qu’à leurs familles la nourriture, un toit sur leurs têtes, des vêtements et une éducation à leurs enfants.

La plupart sont néanmoins pleinement conscients que l’Europe de l’Ouest ne leur accordera guère l’asile pour des raisons économiques. Mais l’espoir de ne pas être expulsé, - qui sait ? - et d’obtenir un emploi, tout comme la conviction «je n'ai rien à perdre », attirent des dizaines de milliers de personnes à quitter leurs foyers.

Dans la plupart des cas, le chemin plein d’embûches crée une immense déception: Moins de 0,5 % des demandes d'asile ont reçu une réponse positive. Ce mouvement de migration affaiblit massivement les différents pays.

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Personne n'a besoin de maisons

Wilfried Nausner, surintendant de l'EEM en Macédoine et en Albanie, souligne qu’on assiste déjà à un mouvement de retour au sein de l'UE. Ainsi, le miracle économique polonais est né principalement par les rapatriés: des artisans et des commerçants ont ouvert leurs propres entreprises en Pologne.

Dans les pays des Balkans qui ne sont pas membres de l’UE, peu de personnes sont revenues au pays volontairement. La personne partie à l’étranger et qui n’est pas obligée de revenir au pays fait le choix de rester à l’étranger. Celui qui a fondé une famille à l'étranger, de toute façon.

D’anciens migrants - principalement de Macédoine - ont certes construit leurs propres maisons dans leur patrie pour y revenir à leur retraite.

Wilfried Nausner croit, cependant, que seule une minorité le fera. C’est ainsi que des villages ont été créés avec de grandes maisons que n’habiteront ni les parents ni leurs enfants.

Cette évolution a également un impact sur l’EEM. Les jeunes quittent le pays, les générations plus âgées y restent à demeure. Cependant, les infrastructures gouvernementales pour les personnes âgées se font rares. Ce qui les pousse à se trouver dépendantes de leurs familles - et à sombrer dans la détresse si ce réseau ne fonctionne plus, dans l'urgence. Ce départ pour l'étranger est souvent couplé à l’exode rural, ce qui explique le potentiel de croissance réduit des communautés rurales.

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La patrie étrangère

Mais quand les gens reviennent après une longue période à l'étranger, ils retrouveront une patrie qui leur est souvent étrangement étrangère. C'était il y a deux ans que la crise économique en Grèce a forcé des dizaines de milliers de personnes à revenir en Albanie.

C'était il y a deux ans que la crise économique en Grèce a forcé des dizaines de milliers de personnes à revenir en Albanie.

Les choses n’ont guère changé aujourd'hui en Albanie: les familles éprouvent de grandes difficultés à intégrer leurs enfants dans le système éducatif, la culture et la société.

L'espoir de trouver plus facilement un emploi avec des qualifications acquises à l'étranger se brise souvent rapidement.

Bien que des programmes publics de retour existent sur le papier, ils ne sont jamais mis en œuvre par manque de fonds. Les rapatriés ne sont pas pour autant marginalisés comme des « loosers » - ils sont tout simplement trop nombreux.

Une question revient toujours et encore: «N’auriez-vous pas pu rester là-bas ? » En dernier, mais pas la moins importante, la cohésion familiale, elle qui pourrait favoriser leur réinsertion finit par se déchirer dans une société de plus en plus individualiste.

Beaucoup préfèrent donc repartir - actuellement, selon Rigels Kasmollari, principalement comme travailleurs saisonniers dans des pays tels que le Qatar, Dubaï et l’Arabie Saoudite.


Nécessité de mesures d’encouragement

Même les personnes dont les demandes d'asile ont été rejetées en Europe occidentale n’ont pas de bonnes perspectives d’avenir dans leur pays.

Grâce au soutien de leur famille à l’étranger, ils ont certes de bien meilleures conditions de vie que ceux qui n’ont pas pu migrer à l’étranger faute de moyens financiers.

Wilfried Nausner est convaincu que, sans programmes d’aide, les deux groupes dans leur propre pays ne sont pas en mesure d’améliorer leur situation économique de manière substantielle. Le plus gros problème, il le situe dans le manque de formation et le manque de force et d’assurance pour se prendre en charge. Les Roms en particulier sont touchés.

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Enseigner et agir

Une petite église comme l’EEM, peut-elle y faire quoi que ce soit ? À présent, en Macédoine, a été créé, par exemple, un Fonds de développement des Roms, dont le but est d'aider les gens à s'entraider.

En Albanie, l’engagement responsable vis-à-vis des autres et la responsabilité personnelle face à l'injustice sont d’une part toujours à nouveau abordés.

D'autre part, ces paroles sont suivies par des actes concrets: projets d'entraide, par exemple, qui ne permettent pas aux gens de s’enrichir, mais qui soulagent le budget des ménages de manière significative. Développement et renforcement d’une communauté viable. Ou des projets diaconaux qui visent à aider les familles qui comptent la plupart du temps parmi les populations les plus pauvres. Cela montre clairement que dans le champ de tension entre migration et retour les raisons d’espérer demeurent.

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Traduction jpw

Tiré du journal KIRCHE UND WELT avec l’aimable autorisation de son auteur

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