ClinDieu de Gioia

Béni soit Celui qui nous aime et prend soin de nous

Une histoire comme on les aime, plutôt édifiante, jugez-en vous-même, une histoire certifiant que, dans son inlassable amour, Dieu ne manque pas de veiller sur les siens.

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Photo cegoh CC domaine public

Il y a des histoires qui me rappellent que je ne suis pas seule en chemin. J'aime les entendre et les raconter, elles me rassurent. Le Christ nous l'a promis : « Je serai avec vous tous les jours jusqu'à la fin des temps ». Cette année, à Pâques, j'en ai vécu une.

Visite incertaine

Je me rendais en Thailande où nous avions vécu avec ma fille en 2012-2013 afin d'y revoir une amie chère à mon coeur, Churaipon. Elle combattait depuis peu un cancer assez agressif. La visite était incertaine. La santé de Churaipon se détériorait et elle avait été hospitalisée peu avant notre arrivée pour soigner une infection pulmonaire. De plus, j'avais mal noté le numéro de portable de son fils Insong que je n'arrivais donc pas à joindre. Je priais cependant.


L’appel de tous les espoirs

Le mari de mon amie, Kanit, remarqua l'absence de nouvelles, un peu par miracle, et m'appela. Il m'informa que nous pouvions nous rendre à l'hôpital et me donna l'adresse. J'appelai tout de suite un taxi. Churaipon pouvait recevoir des visites depuis quelques heures seulement. Bouddhistes convertis au christianisme, la famille de « Chu » et moi, nous en remettions à Celui qui aime et guide nos pas.  En cours de route, Insong m'envoya un message m'expliquant que sa maman avait des troubles cognitifs, et qu'il était possible qu'elle ne me reconnaisse pas. Je me laissais un peu décourager mais cherchais aussi à parer au plus urgent : aider le chauffeur de taxi à trouver l'hôpital.... je sentais bien ses hésitations dans ce trafic intense de grande mégapole!

Courage

Je repris courage en voyant l'entrée de l'hôpital et en trouvant la chambre de mon amie. Je me demandais ce que j'allais trouver derrière la porte que j'entrouvris lentement. Churaipon était allongée, le soleil brillait dans la chambre, illuminant son visage vieilli par la souffrance et la lutte. Elle m'entendit entrer, tourna la tête et regarda en ma direction, les yeux un peu perdus. Un nouveau miracle se produisit : elle pointa du doigt vers moi et me dit avec sa douceur habituelle : «  Oh you ! you're my friend, yes.... you're my friend!!  I drink good coffee with you !» (Toi ! Toi tu es mon amie ! Oui...Toi tu es mon amie ! Je bois du bon café avec toi !).

Son âme m'avait reconnue. Des larmes incontrôlables coulèrent de mes yeux mais ma bouche souriait.

Je restai un peu moins d'une heure parce que le petit groupe avec lequel je voyageais m'attendait à la salle d'attente. Je me proposai de revenir passer la soirée avec elle et m'empressai d'accompagner mon « équipe » vers quelques distractions en ville.

Ma route d’Emmaüs

Plus tard, je tentai désespérément de trouver un taxi pour retourner à l'hôpital, mais en vain tant le centre-ville fourmillait. C'est alors qu'un homme plutôt élégant, dans la cinquantaine, s'approcha de moi, et me demanda tout simplement : « Do you need any help ? » (Avez-vous besoin d’aide ?). J'aurais pu dire non mais je répondis par un oui.  Je lui expliquai ma situation et là... nouveau miracle ! Non seulement il connaissait l'hôpital où je devais me rendre mais de plus, il se proposa de m'aider à y parvenir. Il me suggéra de marcher un peu pour sortir du centre et des grandes artères surchargées. Nous partageâmes un peu sur nos vies respectives, mais il n’arrêtait pas de marcher. Pour une raison inconnue, je lui faisait entièrement confiance, mais lui rappelais tout de même ma destination après 20 minutes côte-à-côte ; il me fit : « Oh yes of course » et en un instant, se retourna, vit un homme assis à terre à côté de sa motocyclette, lui parla brièvement et me proposa d'enfourcher sa bécane pour me rendre au chevet de Churaipon !... Je ne sais pas ce qui me prit, mais après m'être assurée qu'il avait un 2e casque, je montai sur la moto et m'accrochai à sa veste, oubliant de demander les coordonnées de mon « bienfaiteur » mais le remerciant quand même. En route, j'avais le sentiment d'avoir vécu ma route d'Emmaüs à moi, version thailandaise.  Le parcours de 30 minutes qui suivit est inracontable. Chaos, anarchie, dangers de tous côtés... Mon chauffeur était calme et habile, je me collais à lui pour nous faufiler.... tout aurait pu m'arriver dans cette gigantesque capitale, mais je parvins à l'hôpital, un peu étourdie mais reconnaissante. Nous échangeâmes un sourire, je lui remis 3 francs.

Miracle

Churaipon n'avait pas bougé et me vit entrer. Elle me tendit sa main, prit la mienne. Je m'assis et elle dit : « it's a miracle that you are here » (c'est un miracle que tu sois là). Elle avait raison. Elle répéta cette phrase toute la soirée, en la murmurant parfois, jusqu'à son endormissement. Je fis souvent écho : « yes, it's a miracle ! ».

Insong me raccompagna à mon hôtel acceptant de faire plus d'une heure et demie de route pour ensuite rentrer chez lui. J'étais aussi très heureuse de passer ce temps avec lui. La journée avait été comme tirée d'un film de science-fiction pour moi. Je rendis grâce à Celui qui l'avait permise.

Adieu

Churaipon est toujours en soins palliatifs, et continue à se battre pour partir à l'heure prévue par son Seigneur.

Je loue Dieu pour ces quelques heures passées ensemble et la possibilité de nous dire adieu. Même dans les pires tempêtes, Sa présence est perceptible ! Je pense qu'elle aurait voulu que je termine cette histoire ainsi.

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