Droit de citer

A propos du livre

“Le Paradis est si réel”

de Choo Thomas

Editions Thabor Publication

93 110 Rosny-sous-Bois, France, 2006

Recension faite par le pasteur Robert Gillet

À la demande de plusieurs membres des églises qu’il dessert, le pasteur Robert Gillet a lu attentivement un ouvrage controversé et offre en toute modestie aux lecteurs d’En route son analyse critique.

shapeimage_5.png

Prudence et humilité

Je me propose d’aborder mon évaluation de ce livre et de son contenu, sans me permettre d’apporter un quelconque jugement de valeur et/ou d’authenticité sur les expériences décrites par l’auteur sur le vécu de sa foi dans sa relation avec Dieu. Même si je reste relativement sceptique sur tout ce vécu spirituel décrit très largement dans l’ouvrage, je laisse à Dieu le soin de reconnaître le vrai du faux, l’authentique de l’inauthentique, l’imaginaire du réel, le spirituel du spectaculaire et du charnel. Cela n’est pas de mon ressort ni l’optique de mon intervention.

Comme remarques préliminaires, j’aimerais également dire que j’ai abordé ce livre avec une certaine prudence tout en m’ordonnant une certaine ouverture d’esprit. Je me suis refusé de lire l’ouvrage avec un stylo et une feuille blanche afin de noter tout ce qui pouvait me déplaire. Non, j’ai préféré le lire en acceptant de me laisser instruire tout en me donnant le droit d’avoir un regard critique afin de vivre ce conseil de la Parole : « Mais examinez toutes choses ; retenez ce qui est bon » (1Th 5.21).

Respect de l’auteur

J’aimerais souligner, encore, le désir sincère et l’obstination de l’auteur de recentrer chaque lecteur sur la vérité révélée de la Parole en ce qui concerne la réalité du paradis et de l’enfer. Même si je suis absolument convaincu que la Parole de Dieu explicite bien cela et que l’église chrétienne n’a pas besoin de ce livre pour affirmer et défendre cette vérité biblique, même face à certaines lectures plus « psychologisantes », l’auteur a au moins le mérite, (qu’il faut lui reconnaître), de réaffirmer cette vérité biblique, à la base de la foi chrétienne.

Primauté de la parole

Nous devons aussi, relever, l’effort de l’auteur pour recentrer chaque chrétien sur un vécu de foi authentique dans l’obéissance de la Parole de Dieu et des ordonnances du Seigneur. Il y a trop, sans doute, de chrétiens qui se contentent d’une « foi du dimanche », sans qu’il soit de mon ressort de juger quiconque. Mais le rappel d’un vécu et d’une foi qui engagent, mobilisent, transforment et appellent à vivre une sanctification transformatrice à l’image du Christ, est un rappel nécessaire et utile que je désire saluer et applaudir.

Réserves sur les dynamiques théologiques

Je distingue derrière tout le contenu de cet ouvrage plusieurs doctrines théologiques qui soutiennent les « vérités » que l’auteur désire transmettre. Si nous adhérons à ces différentes « dynamiques théologiques », nous pouvons non seulement adhérer à l’ensemble de l’ouvrage mais nous réjouir de celui-ci et encourager fortement sa lecture, voire sa méditation. Mais si tel n’est pas le cas, la prudence sera de mise.

Une théologie charismatique extrême

La première de ces « dynamiques théologiques » est une approche du vécu de la foi chrétienne dans ce que je vais appeler « une théologie charismatique extrême ». La question n’est pas s’il faut être charismatique ou non. Dans cet ouvrage, il est question d’un charismatisme que je qualifie « d’extrême », vécu dans le cadre du culte de la communauté chrétienne, et je m’explique. Il est question, tout au long du livre du « parler en langue », du « chant en langue », du « don du rire » comme don de l’Esprit donné à l’église, de la « danse dans l’Esprit » et de la pratique de « l’applaudissement du Seigneur ». En ce qui me concerne, je suis de ceux qui reconnaissent et acceptent un vécu du « parler en langue » individuel et communautaire dans le respect des limites de la Parole. Je peux imaginer que, poussés par l’Esprit, certains puissent « danser » devant le Seigneur au regard de David dans l’Ancien Testament. Je peux encore accepter que devant le Seigneur nous puissions rire et pourquoi ne pas applaudir, sans que cela ne devienne une pratique systématique et une pratique du culte personnel au même titre que la prière, la lecture et la méditation de la Parole. Mais ce qui est de l’ordre du vécu de notre foi dans notre relation avec Dieu lors de notre culte personnel n’a rien à voir avec le vécu de la foi dans le culte communautaire. Quelles sont les églises où il n’y a jamais de rire lors des cultes, jamais d’applaudissements ? Mais de là à instituer dans le vécu des cultes des « séances » de « rire dans l’Esprit », des « séances ou périodes » d’« applaudissements dans l’Esprit », et des « danses dans l’Esprit » me semble être à l’encontre des consignes que donne Paul dans ses épîtres pour le vécu des cultes dans l’ordre nécessaire afin que les non-croyants puissent comprendre et glorifier Dieu. Je rappelle juste que Paul demande que chaque « parler en langue » puisse être traduit, afin que le non croyant puisse être au bénéfice de la parole transmise et en recevoir instruction. En pratiquant cette sagesse, Paul désire d’une part éviter que le non-croyant, présent dans la salle, soit choqué, et d’autre part faire en sorte que la Bonne Nouvelle l’atteigne. Le bon ordre reste la préoccupation de Paul dans son épître aux Corinthiens et beaucoup d’églises devraient y réfléchir. Pour ce qui est « de la lévitation du corps », et « du changement du corps matériel en corps spirituel », je suis et reste hyperprudent et sceptique. Cela ressemble trop aux pratiques occultes des cercles satanistes.

Une approche prémillénariste

La deuxième de ces « dynamiques théologiques » est une approche eschatologique particulière. Nous avons plusieurs manières de comprendre le déroulement des événements de la fin des temps. L’Écriture reste relativement sobre sur ces événements et les divers passages qui en parlent peuvent se comprendre de différentes manières, sans qu’il soit possible d’affirmer que c’est comme ceci ou comme cela. Une certaine prudence doit animer le théologien qui interprète ces textes. Il est vrai que l’auteur reste relativement sobre, mais nous pouvons discerner une théologie prémillénariste derrière son ouvrage et derrière certains « messages de Jésus » rapportés par l’auteur. Que dire et que faire lorsqu’on est persuadé que cette approche théologique n’est pas juste, conviction acquise au fil du temps et au fil de l’étude de la Parole ?

Le pro américanisme

La troisième de ces « dynamiques théologiques » est une approche théologique pro américaine. Je simplifie et je caricature, je l’admets, mais nous sommes en présence d’une conception où le peuple américain est le peuple élu de Dieu pour combattre le mal et installer le Royaume de Dieu sur terre. Son président actuel est envoyé par Dieu pour mener ce combat et faire triompher le bien. Ce qui explicite la guerre en Irak. Le passage, dans son ouvrage, sur le président actuel des États Unis me semble plus que regrettable et non conforme à la Parole de Dieu.

La perte du salut

J’aimerais encore souligner une quatrième « dynamique théologique » qui affirme la perte du salut pour « les chrétiens désobéissants », pour reprendre la terminologie de l’auteur. Que le souci de l’auteur soit de reprendre et d’exhorter les « chrétiens désobéissants » afin de les encourager à une vie chrétienne authentique, OUI. Mais de là à affirmer la perte de leur salut, NON. À moins que ce ne soient pas des chrétiens sauvés par grâce. En ce qui me concerne, le chrétien que Dieu a adopté comme « son enfant », comme « héritier et cohéritier du Christ » ne peut pas perdre la vie éternelle qu’il a reçue lors de sa conversion, autrement ce n’est plus la vie éternelle qu’il reçoit. Je suis donc en désaccord profond sur ce point-là.

Interprétation abusive

Sans rallonger la liste des points qui me « déplaisent » dans cet ouvrage, j’aimerais en citer encore un dernier. C’est l’utilisation frauduleuse de certains passages bibliques à des fins partisanes. Je donne juste un exemple. Citer le verset de Ph 4.4, Réjouissez – vous toujours dans le Seigneur, je le répète, réjouissez-vous ! pour défendre à l’aide de la Bible « le don du rire dans l’Esprit » me paraît osé et intellectuellement et théologiquement « malhonnête ».

Un ouvrage à ne pas recommander

En conclusion, toujours sans apporter un jugement sur le vécu de cette sœur en Christ dans sa relation avec Dieu, je ne suis pas de ceux qui recommanderaient ou encourageraient la lecture de ce livre. La lecture et l’étude de la Bible, Parole de Dieu est largement plus profitable. Mais pour ceux qui voudraient toutefois le lire ou pour ceux qui l’ont déjà lu, juste un conseil fraternel, ne cherchez surtout pas à vouloir vivre les mêmes expériences. C’est inutile pour ne pas dire dangereux.

J’écris ces lignes dans l’humilité. J’ai besoin et je réclame la grâce de Dieu et l’onction de l’Esprit Saint pour ma vie chrétienne et mon ministère pastoral.