Méditation

Les trois amis de Daniel (Dn 3.13-29)

Brigitte Hetsch


Voici 3 jeunes gens restés fidèles à Dieu malgré un environnement hostile. Leur anticonformisme inspire à Brigitte Hetsch les réflexions suivantes. Elle nous précise ce qui fait leur force de résistance face à la prétention de ce Souverain et à sa mainmise sur leur vie.

Leurs armes

Leur relation avec Dieu

Les jeunes parents parmi nous savent combien il est difficile de faire accepter à un gamin le fait qu’on lui dise « NON » ! C’est un exercice quotidien dans la vie de famille, qui se heurte immanquablement aux réactions plus ou moins virulentes de la part de leurs petits chérubins. Pourtant,  si nous voulons leur donner une bonne éducation, nous ne pouvons pas faire l’économie de cet exercice difficile d’opposer de temps en temps un non plus ou moins catégorique à leurs souhaits et leurs initiatives.

Dans notre vie spirituelle, notre vie de prière aussi,  il nous arrive de vivre ce genre de tensions. Seulement, nous nous trouvons dans la position de l’enfant. Notre père céleste fait notre éducation, inlassablement, avec douceur et patience, mais les enjeux sont énormes. Il y va de sa gloire manifestée dans notre vie et de notre vie éternelle dans la joie parfaite.

Combien nous sommes transportés de joie, parfois surpris aussi, quand sa réponse est « oui », nous aimons ces expériences de sa sollicitude, ces réponses qui nous font  découvrir sa toute-puissance et la joie d’avoir accès à la richesse de son amour. Chacun de nous a déjà pu faire cette expérience, souvent dans des petites et parfois dans des grandes choses. 

Parfois Dieu nous fait attendre, et c’est difficile, mais quand nous pouvons nous appuyer sur une promesse reçue, nous exerçons notre confiance et apprenons la patience à son école.

Qu’en est-il d’une réponse « non » ? Quand nous crions à Dieu, avec confiance d’abord, avec persévérance  et constance, avec foi aussi. Et pourtant, ce que nous demandons n’arrive pas, Dieu semble silencieux, lointain, absent de notre situation, hors de notre atteinte ?

Comment gérer une situation pareille ? Pouvons-nous l’envisager - l’accueillir - l’accepter ?

Qu’est-ce qui peut nous y aider ?

Comment la transformer en victoire ?

Dans ce contexte, j’ai énormément appris du récit des 3 amis de Daniel dans Daniel 3 :13-29 que nous avons lu tout à l’heure.

Voyons d’abord 

Leur situation : 

Déportés de Juda au moment où leur pays a été envahi par le roi de Babylone, ces 3 jeunes gens, Hanania, Michaël et Azaria,  de familles israélites royales ou nobles, faisaient partie de l’élite du peuple juif. Ils sont restés fidèles à leurs traditions malgré un environnement hostile, nous lisons dans Daniel 1 qu’ils avaient décidé d’observer autant que possible, les lois et prescriptions de leur Dieu, notamment au niveau alimentaire, qu’ils savaient être bons pour eux. Ils font l’expérience que cela porte, on leur laisse la paix dans un premier temps, ils accèdent à des postes de hautes responsabilité, par la suite. 

N’empêche que leur vie jusque-là n’était autre qu’une longue série de réponses « non » ! Il a fallu se soumettre à un vainqueur totalitaire, décidé à les intégrer totalement dans sa culture et ses modes de vie. Il leur impose un changement d’identité, désormais ils ne portent plus leurs prénoms chargés de symboles et de significations en rapport avec leur foi, mais sont obligés de porter des prénoms décrétés par ce roi idolâtre, des noms en rapport avec les dieux païens.

Il y a des  commentateurs qui poussent jusqu’à penser qu’on les avait émasculés pour en faire des eunuques. Le fait qu’ils occupaient des postes de hauts fonctionnaires laisse supposer qu’ils avaient subi cette épreuve terrible pour un israélite, car cela l’excluait à jamais de l’assemblée du peuple.

Globalement, on peut résumer qu’ils avaient vécu le cuisant échec de leur peuple, l’humiliation et la défaite  de leur dieu qui a perdu la bataille face à la domination du  tyran. Ce dernier leur impose à présent le choix de s’incliner et d’adorer une statue érigé par lui, ou de brûler vifs dans un brasier entretenu par ses soins.

Je ne doute pas un instant que, comme leurs ancêtres, ils ont du présenter leur problème à Dieu et épancher l’angoisse de leur cœur devant lui dans leur  prière quotidienne. Trois fois par jour, ils se tournaient vers la ville sainte perdue et chacun de ces moments de prière était certainement imprégné de la menace terrible qui pesait sur eux. 

Leur refus d’obtempérer est dénoncé et ils sont mis au pied du mur avec une ultime chance de renoncer à leur obstination pour sauver leurvie. 

Ils auraient pu échapper à un supplice atroce en s’inclinant ne serait-ce qu’une fois, ne serait-ce qu’en apparence.

Qu’est-ce qui fait leur force de résistance face à la prétention de ce souverain, à cette mainmise sur leur vie ?

2. Leurs armes

2.1. Leur relation avec Dieu

« Notre Dieu que nous servons peut nous délivrer de la fournaise ardente et de tes mains, ô roi ! »

« Notre Dieu » – une relation personnelle les unit au Dieu d’Israël, ce n’est pas un Dieu lointain, mais leur Dieu avec lequel ils vivent quotidiennement, qu’ils fréquentent par la prière quotidienne et l’obéissance à sa loi, autant que cela est possible dans un pays étranger.

Pour nous aussi, c’est le point de départ de ce chemin d’apprentissage des réponses de Dieu. Le découvrir dans ce qu’il est : un Dieu bon, fidèle, bienveillant pour moi, qui est toujours résolument de mon coté, cherchant mon bien. Un dieu qui m’aime d’un amour inconditionnel, patient, miséricordieux, un tendre Père. Le connaître comme un Dieu personnel, mon Dieu et plus encore, mon Père. Cela se vit et se mûrit dans un  long cheminement ensemble, quand on se côtoie et se fréquente régulièrement.

Leur position en Dieu

« Notre Dieu que nous servons » - même soumis au roi de Babylone, ils sont au service de leur Dieu. Le travail qu’on leur a confié en terre étrangère, ils le font consciencieusement et avec application, qu’on les observe ou non. Ils cherchent à honorer le Dieu d’Israël, leur dieu avec toute leur conduite, et ils réussissent là où d’autres échouent. Au point que cela  se remarque, on se le raconte, et ça fait des jaloux, immanquablement. 

Ils sont debout devant le tyran en tant que serviteur du Dieu très haut.

Paul nous encourage nous aussi à un tel engagement dans notre quotidien. Dans Colossiens 3 :17 il écrit : Quoi que vous fassiez, en parole ou en œuvre, faites tout au nom du Seigneur Jésus.

J’ai pensé dans ce contexte au verset de Romains 14 :4 « Qui es-tu pour juger le serviteur d’un autre ? Qu’il demeure ferme ou qu’il tombe, c’est l’affaire de son maître. Et il demeurera ferme, car le Seigneur le soutient ».

Notre position, debout au service de notre Dieu, dans notre quotidien, là où Dieu nous a placés, est l‘affaire de notre maître, il en prend toute la responsabilité. Nous pouvons nous appuyer et nous reposer sur lui et tout ce qu’il est.

Notre Dieu que nous servons peut nous délivrer ! Ils ont  cette certitude et cette confiance absolue dans ce qu’ils savent de lui. Cela les met debout devant ce roi-tyran et les rend capable de lui tenir tête. 

Leur soumission à Dieu

Ils ajoutent, et c’est là ce qui pour moi fait la force de ce texte :

« Mais même s’il ne le fait pas, sache bien, ô roi, que nous n’adorerons pas tes dieux et que nous ne nous prosternerons pas devant la statue d’or »

Leur confiance se fait fidélité même dans le cas ou la réponse de Dieu serait négative, si Dieu décidait autrement que ce qu’ils espèrent et prient. Ainsi ils se soumettent totalement à la libre décision de Dieu et le laisse agir à Sa guise, avec la totale confiance que ce qu’Il fait est bon pour eux.

Leur relation avec Dieu est si profonde qu’ils ont abandonné toute leur vie entre ses mains. 

Cette soumission ne les écrase pas, ce n’est pas un brisement dans le sens de l’anéantissement, mais elle les mène à la confiance – abandon dans les bras d’un Dieu aimant. 

« Rien ne peut nous séparer de l’amour de Dieu manifesté en Jésus Christ Rom.8 :35 «Toutes choses concourent au bien de ceux qui aiment Dieu » Romains 8 :28  ;  « Nul ne vit pour lui-même et nul ne meurt pour lui-même, morts ou vivants, nous sommes au Seigneur » Romains 14 :7, des affirmations de la plume de l’apôtre Paul, un homme qui a expérimenté de manière personnelle ce qu’il écrit comme ces 3 amis.


Le résultat = La transformation

3.1. De la personne

Le "résultat" de la prière est d’abord un surcroît de confiance et la fidélité jusque dans la mort, avant d'être délivrance miraculeuse. La prière change celui qui prie et lui donne la force de toutes les audaces !

Même si le résultat immédiat semble être tout sauf la victoire :

Les 3 amis sont jetés dans la fournaise ardente, tout habillés des vêtements fournis et imposés par le roi, mains et pieds liés par les liens de la haine, de la colère et de la volonté de détruire et d’anéantir. 

Ils entrent dans la fournaise ardente, avec leur plein consentement, soumis à leur Dieu qu’ils servent et portés par la relation intime qui les unit à lui.

L’épreuve elle-même  est totalement transformée à travers leur

Confiance – résistance


gravure de Gustave Doré «Les trois jeunes hommes dans la fournaise »

C’est dans la fournaise qu’ils sont rejoints par Jésus qui les préserve des flammes et leur donne une totale victoire sur le tyran. Celui-ci est obligé de s’incliner devant plus grand et plus puissant que lui, le Dieu d’Israël.

La victoire leur est acquise à partir du moment où ils déclarent : Notre Dieu, que nous servons, est capable de nous délivrer. Mais même s’il décide de ne pas le faire, nous ne nous soumettrons pas à un autre que lui, nous ne plierons pas le genou devant la menace. C’est la confiance – fidélité qui porte en elle le germe de la victoire sur le Mal. 

Il y a des épreuves qui se transforment en  

Carburant - résistance

L’apôtre Paul aussi est passé par cette expérience douloureuse de la réponse négative à sa prière. Nous avons lu le passage dans 2 Cor. 12 :7-10. Paul avait une souffrance dans sa vie, comme une écharde dans sa chair. Sans hésitation il identifie derrière cette écharde un ange de Satan qui le frappe et le tourmente, mais il reconnait aussi la main de son Père céleste qui autorise et contrôle cette épreuve. 

En toute confiance, il  demande trois fois à Dieu de la lui enlever. Seulement, la réponse est NON !

Et Dieu ne lui donne pas beaucoup d’explications : ma grâce te suffit, ma puissance se manifeste dans ta faiblesse. 

Non seulement Paul accepte cette situation, mais il l’a transforme en force de vie, en carburant pour avancer.

V. 10 :C’est pourquoi les faiblesses, les insultes, les difficultés, les souffrances et les soucis que je connais pour le Christ, je les accepte avec joie. Oui, quand je suis faible, c’est à ce moment-là que je suis fort.

Ma vie  

4.1. La lutte

L’idole, devant laquelle les 3 amis devaient s’incliner n’était que la façade, derrière laquelle se tenait le tyran. Celui qui voulait dominer et contrôler toute leur vie, leur façon de penser, de parler, d’agir et jusqu’à englober leur foi.

Nous aussi avons un ennemi caché, un tyran qui cherche à nous dominer : Satan, l’ennemi de nos âmes.

Il cherche à ériger des statues devant lesquelles il veut nous faire plier. Elles ont différents aspects, elles peuvent même avoir un air de séduction, exercer une certaine attirance.

Elles peuvent s’appeler travail, épanouissement, bien-être, aisance financière, biens matériels, (jolie maison), sport, loisir, passion diverses et variées.

Mais elles peuvent être terriblement effrayantes, menaçantes comme le chômage, la maladie, l’angoisse, le deuil. 

Sommes-nous prêts à la même confiance fidélité que les 3 amis de Daniel ? 

Si Dieu ne répond pas favorablement à nos prières, sommes-nous prêts à ne pas nous laisser aller à douter de l’amour de Dieu, parce que le diable est à l’origine du doute ? 

Sommes-nous prêts à  ne pas céder à la révolte, à la rébellion parce qu’elle est inspirée par Satan ?  

Sommes-nous prêts à ne pas nous décourager, sachant que, quand il n’arrive pas à nous arrêter dans notre marche avec le Seigneur, l’ennemi cherche à nous paralyser par le découragement ? 

Même si Dieu ne fait pas le miracle que nous demandons, sommes-nous prêts à ne pas plier le genou devant les tentations que Satan glisse sur notre route ou cherche à nous insuffler ?

Notre exemple suprême dans cet apprentissage n’est autre que le Seigneur Jésus lui-même. N’a-t-il pas prié dans le jardin Gethsémané : « Si cela est possible, que la coupe de douleur s’éloigne de moi. Mais immédiatement il  ajoute, mais non pas ma volonté, mais la tienne ô Père ». Combien ça lui a coûté de lutter contre cet ultime assaut de l’ennemi, pour soumettre sa volonté d’homme à celle de son père. Il a connu l’angoisse jusqu’à suer du sang mais il  a résisté au tentateur, soutenu par le Père et fortifié par ses anges pour entrer dans la fournaise ardente du sacrifice de sa vie sur la croix. Il a remporté une totale victoire. 

Parce qu’il connait cette lutte que nous vivons pour accéder au consentement et à la soumission, il nous comprend et nous accompagne pour nous mettre au bénéfice de sa victoire. 

4.2. Le but à atteindre :

Pierre affirme dans sa lettre (1Pi1 :6-8), qu’il faut des épreuves dans notre vie. Mais elles ont comme but :

d’éprouver et fortifier notre foi

de nous valoir louange, gloire et honneur quand Jésus Christ apparaîtra

de nous donner une joie glorieuse, inexprimable.

Confiance – fidélité  

Soumission – résistance  

Joie parfaite et paix confiante - victoire en Jésus notre Sauveur.

Où en sommes-nous chers amis, dans cette équation difficile de l’acceptation des réponses de Dieu dans nos vies ? Si nous devons entrer dans la fournaise, même ardente, n’oublions pas que le Seigneur Jésus y est avec nous.  Son Esprit nous assiste, lui-même  prie pour nous auprès du Père pour que notre foi ne vienne pas à manquer.