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« Je gère ! »

Pasteur Jean-Ruben Otge

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Sortir du cercle infernal de l’égocentrisme pour entrer au service des autres, voilà l’objectif que le pasteur Jean-Ruben Otge propose comme devise pour l’année nouvelle.

D’une manière générale, on revendique – et ce n’est pas nouveau – le choix de gérer sa vie comme on le veut. Ce serait presque beau comme idéal si l’on ne perdait pas la conscience des autres… En fait, ne serait-ce pas l’égocentrisme qui gère la vie de beaucoup de personnes ? Comment est-ce que j’envisage cette nouvelle année ? « Je gère ! », sous-entendu : « je maîtrise ma destinée et je pense mener mes projets comme je l’ai programmé ».


Des richesses injustes ?

Cela me fait penser au gérant dont parle Jésus (Lc 16.1-12) : au service d’un riche propriétaire, cet employé a une attitude bien étonnante du début à la fin de cette parabole : il est laxiste et ne travaille pas en pensant aux biens de son patron ; sans parler de ces rabais très alléchants qu’il fait à ses débiteurs : il dilapide les biens de son maître ! Et pourtant, ce dernier le félicite de ce retournement d’attitude (v8)… Et ce sont ces richesses « injustes » qui assureront le salut, dit Jésus (v9) ! Difficile de… gérer cette affirmation.

Chercher l’intérêt du Maître

En fait, ces biens « injustes » qu’il a mal gérés (v11) sont certainement à mettre en parallèle avec « ce qui est à autrui » (v12) et avec le fait de « servir Dieu » (v13) ; les « richesses véritables » sont celles qui « sont à vous » (une fois que les autres n’existeront plus). Toute richesse est injuste dans le sens où elle ne nous appartient pas. Le problème est lorsque nous considérons ces biens qui nous sont confiés sous un angle égocentrique. Un bon gérant est certainement celui qui cherche l’intérêt de son maître.

La manière de se faire des amis avec ces richesses qui ne nous appartiennent pas, de vivre pour les autres, sur terre, est liée au salut (v9). Nous sommes sauvés (cela étant réalisé dans le ciel) pour servir (sur terre).


© Fleurus, Ton bonheur, c’est quelqu’un, Éditions des Béatitudes

Dans une société de consommation

En fait, je peux m’interroger sur la manière dont je me place devant Dieu : la tendance moderne (qui est certainement plus réelle qu’hier) me pousse à être consommateur des biens que Dieu m’accorde ainsi que de ceux des autres. Cela peut être vrai pour les relations au niveau du couple, au sein de l’Église, dans les rapports avec l’État (et dans toutes ces situations, la notion de droit l’emporte au détriment de celle du devoir). Mon prochain devient alors objet de mes désirs.

Je risque de ne pas assumer ma responsabilité en gaspillant les biens qui m’ont été confiés (v1) et en demeurant dans la passivité.

Je ne suis pourtant que le gérant de ce que je reçois. Mon tort est de m’en croire le propriétaire ; cette croyance a son corollaire qui est l’utilisation égoïste de ces biens.

Chercher à servir

« Tout est à vous ! » dit l’apôtre Paul aux chrétiens de Corinthe (1Co 3.23) : l’interprétation que l’on peut faire de cette bénédiction nous fait désirer jouir des biens de Dieu pour nous-mêmes. On oublierait facilement la suite : « Et vous êtes à Christ ». Ma vie, tout comme les biens, les talents que j’ai reçus, cette nouvelle année, mes projets, devraient être perçus et vécus dans cette perspective : pour Dieu et pour les autres. Tout est à nous, oui ; non comme possession en fait mais comme objet de gestion.

Pierre invite les chrétiens à vivre pour les autres : « Comme de bons gérants de la grâce si diverse de Dieu, que chacun de vous mette au service des autres le don qu’il a reçu » (1Pi 4.10).

On oublierait également que nous ne sommes que les gérants de cette terre, qu’elle ne nous appartient pas et que d’en être les consommateurs égoïstes ne peut être approuvé par Dieu.

J’espère que ma compréhension de mes responsabilités ne sera pas semblable à ces « Sommets » censés régler certains problèmes de notre planète malade, d’où l’on repart en espérant que ce sera le prochain qui concrétisera une prise de conscience louable mais inopérante.


© Fleurus, Ton bonheur, c’est quelqu’un, Éditions des Béatitudes