Le billet de l'évêque

Intégration dans la société et dans l’Église

Patrick Streiff, évêque



Différences entre intégration et assimilation

De plus en plus de personnes issues de cultures différentes arrivent dans nos communautés EEM. On peut considérer ce mouvement comme représentatif de ce qui se passe dans la société. Mais c’est aussi l’expression du fait qu’il y a plus de chances de trouver des méthodistes parmi les personnes venant de l’étranger que parmi celles qui viennent de notre propre pays. Mais tout cela ne dit rien quant à savoir si leur intégration a des chances de réussir.

Dans nos sociétés, on distingue avec raison entre intégration et assimilation. Dans le cas de celle-ci, on s’attend à ce que les nouveaux venus s’adaptent complètement. Dans le cas de l’intégration, par contre, il y a d’une part adoption de valeurs fondamentales de la vie en commun, et d’autre part enrichissement mutuel de nombreuses formes d’expression. Un exemple : en Suisse, les Asiatiques ne sont pas tenus d’ouvrir un bistrot à röstis, mais ils doivent gérer leur restaurant asiatique conformément à la législation suisse. Et quelle est la pratique dans nos communautés ? Je connais de bons exemples d’intégration, mais aussi plusieurs communautés dans lesquelles on attend des nouveaux venus qu’ils s’assimilent et se coulent dans tous les domaines dans le moule tel qu’il a toujours été.

Les Français attachés à l’assimilation

À en croire un sondage publié dans un ouvrage collectif de sociologues (Les Français face aux inégalités et la justice sociale, sous la direction d’Olivier Galland et de Michel Forsé), 20% des Français préfèrent que les immigrés « maintiennent leurs traditions particulières », contre 80% souhaitant « qu’ils s’adaptent et se fondent dans la société ». (La Croix, 18 février 2011)

Des intellectuels penchent plus vers le communautarisme

Dans une tribune publiée le 27 janvier dans Libération, trois membres d’Europe Écologie – Les Verts (Esther Benbassa, Noël Mamère et Eva Joly) prônent ainsi « une laïcité raisonnée qui reconnaisse la part de l’appartenance ethnique, culturelle, religieuse, linguistique », affirmant qu’« intégration et assimilation sont des mouvements venus d’en haut, autoritaires, ne prenant pas en considération les réalités humaines ».

Même critique de la part d’Hervé Morin, le 5 janvier, dans ses vœux. « Il faut se rendre à l’évidence que notre pacte social reposant notamment sur notre creuset républicain assimilateur et intégrateur a vécu », avance le président du Nouveau Centre en appelant à « la reconnaissance du rôle des tribus » constituées « en fonction de ses racines, de son métier, de ses passions, de sa foi ».

C’est dans la mesure où notre communauté se modifie et se développe grâce aux expériences et aux apports de personnes venant de l’étranger ou du même pays, qu’on vérifiera si les nouveaux venus sont les bienvenus dans nos communautés. C’est alors qu’il y a intégration.

Patrick Streiff, évêque

Traduction : Frédy Schmid

Calendrier pour mars : 8-13 : rencontre des surintendants et comité exécutif de la Conférence centrale à Pilsen, Tchéquie ; 20-24 : Séminaire sur l’évangélisation et la fondation de paroisses, Braunfels, Allemagne.