L’évêque David Kekumba Yemba

FAISONS CONNAISSANCE DE L’EVEQUE DAVID KEKUMBA YEMBA (RDC)

Invité de la Conférence annuelle 2010 à Münsingen

JP Waechter suite à l’entretien mené par Mario Dall’Oglio (Connexio) et JP Waechter (ENroute)


Invité de marque de la Conférence annuelle 2010, l’évêque David Kekumba Yemba (RDC a accepté de bon cœur le jeu de nos questions. C’est une personnalité attachante.


Genèse d’une vocation

Il est revenu sur son enfance et son parcours spirituel. L’évêque est un enfant de l’église qui est passé par une conversion progressive à force de suivre les rencontres : « j’écoutais et participais à des réveils spirituels, etc. et de plus en plus j’étais convaincu que le Seigneur était non pas pour le monde entier mais pour moi personnellement et depuis le Seigneur est devenu le maître de ma vie ; et j’ai été appelé au ministère ». Initialement, il se destinait à une carrière d’enseignant avant de songer au métier de pilote. Tout compte fait, c’est le ministère pastoral qui l’emportera : il a compris que le pastorat englobait les deux autres métiers : « l’enseignant au fond, c’est quelqu’un qui aide les autre à quitter un certain niveau d’ignorance vers un autre niveau, il déplace les gens au niveau des connaissances. Le pilote fait la même chose : lui aussi aide aussi à sa manière au déplacement des personnes. J’ai compris que les deux font la même chose à des niveaux différents, — être au service des autres pour les aider -, mais le ministère pastoral, c’est encore plus, c’est être plus disponible pour dire « je ne veux pas décider seulement ci, seulement ça, mais je dis au Seigneur : envoie-moi là où tu veux !» Et je pense que Dieu dans sa providence en fin de compte m’a propulsé dans la carrière enseignante, mais comme enseignant de la parole de Dieu et puis en ce qui concerne le pilotage, à ce jour, je ne me pilote pas moi-même, mais le ministère que j’ai actuellement me fait voyager dans les airs : l’année passée, 2009, j’ai traversé l’Atlantique 7 X pendant l’année, soit 14 X allées et retours dans l’année sans compter les voyages à l’intérieur du pays. »


David Yemba est marié à une seule femme (éclats de rires prolongés) depuis 41 ans et de leur union sont nés cinq enfants, deux filles et trois garçons. Il a passé son doctorat en théologie systématique à Strasbourg et fut très impliqué dans la vie de l’église de Sion durant cette période, — les Strasbourgeois s’en souviennent émus — avant de rentrer au pays et de devenir d’abord doyen de la faculté de Théologie de Kinshasa et ensuite doyen de l’Université méthodiste de Mutare, Zimbabwe avant d’être en 2008 élu évêque par la Conférence du Congo Central. Notons aussi qu’il a été en charge depuis 1998 de la Commission Foi et Constitution du Conseil Œcuménique des Églises.

Ses responsabilités

L’évêque pilote à ce jour un ensemble impressionnant de Conférences annuelles sur un territoire comparable à l’Europe, six Conférences à ce jour en 2010 au Congo central. « Rien que dans mon diocèse, nous avons 40 districts, 40 surintendants et 6 Conférences annuelles. La semaine passée, nous en avons terminé une et cinq autres m’attendent encore », c’est dire la charge de travail qui pèse sur ses épaules ; mais l’Église ne cesse de se développer en interne et en externe : un travail démarre en République Centrafricaine comme au Congo Brazzaville depuis la RDC. La mission ne connaît pas la crise.

Malgré la crise

La crise, parlons-en quand même, car le pays et par ricochet l’Église de RDC sont néanmoins touchés de plein fouet par les crises successives : la population trinque faute de structures étatiques et économiques suffisamment stables pour accuser le choc. Mais la crise fait l’effet d’un électrochoc sur les forces vives de l’Église qui dans la continuité de son histoire et de sa vocation cherche à répondre aux besoins criants de la société.

L’engagement sur le terrain

La diaconie est plus que jamais vivante sur le terrain : « nous sommes très impliqués dans le domaine de l’enseignement, nous avons des écoles maternelles, primaires, secondaires, professionnelles, jusqu’à des instituts supérieurs. Nous avons dans le domaine de la santé trois hôpitaux, deux cliniques et ce que nous appelons là-bas, des centres de santé (une trentaine à travers la République). Cet engagement n’est pas un effet de mode, mais répond directement à la vocation de l’Église : « La diaconie, c’est le service social. Les valeurs sociales sont au cœur même de la compréhension de l’Évangile dans la tradition wesleyenne : on ne peut pas comprendre l’Évangile autrement que par la sanctification personnelle et ses ramifications sociales ».

Anticonformisme revendiqué

Quand bien même les difficultés sur le terrain sont réelles et nombreuses, l’évêque garde bon espoir de voir l’Église se développer : « Je pense que nous allons vers un engagement missionnaire accru » parce que l’Église congolaise perçoit plus que jamais la logique de l’Évangile : « l’Évangile, c’est juste l’inverse des principes économiques, c’est l’opposé. Plus vous dépensez, plus vous devenez riches, plus vous le gardez pour vous, plus vous vous appauvrissez ».

Place aux valeurs évangéliques

L’heure est plutôt au partage et aux échanges tous azimuts, l’évêque en est convaincu : « Le monde vers lequel nous allons, c’est un monde d’échange, de partage, c’est un monde de complémentarité, il faut se compléter, il faut être sensible aux besoins des autres et en faisant cela, nous nous enrichissons. En Afrique nous n’avons pas grand-chose, mais il est de tradition d’accueillir nos hôtes » ; dans sa prédication, il aura une parole forte à valeur prophétique en ce temps où nous guettent la xénophobie et les amalgames honteux et douteux (l’étranger synonyme de délinquant) : « l’accueil de l’étranger est une valeur ajoutée de la mission ».

Solidarité à vivre

Son propre vécu de la CA 2010 renforce sa conviction : « nous devons continuer à vivre la solidarité et développer des pistes de complémentarité ; j’ai vu, j’ai vécu ici dans cette session de la CA de France, Suisse/Afrique du Nord (éclats de rire) quelque chose d’extraordinaire, dans ce sens qu’il y a ces langues et puis cette chaleur humaine, ces échanges d’idées et d’expériences, c’était si riche de telle manière que le problème des langues ne s’est pas posé. Les langues ne sont pas que des obstacles mais des opportunités pour s’enrichir sur le plan spirituel, sur le plan des expériences, des connaissances, etc.. Je suis sûr que nous tous qui sommes venus à cette CA, nous sommes sortis avec quelque chose ; on ne sort pas comme on est venu… »

Sans attendre l’aide venue de l’extérieur, les membres de l’EMU de RDC tentent de vivre la solidarité avec des résultats tangibles :

En l’espace d’une année, les fonds nécessaires à l’acquisition d’un véhicule ont été récoltés rien que par la sensibilisation des membres d’église.

Pour réduire l’exode, l’émigration

Dans le cadre de la Conférence des Églises de toute l’Afrique (CETA) dont l’évêque David Yemba assure la vice-présidence pour l’Afrique centrale, a été organisé à l’EMU de Kinshasa un atelier de sensibilisation des jeunes pour la création d’emplois qui porte à ce jour des fruits. Les jeunes étaient invités durant ce séminaire à s’interroger sur leur apport possible au développement de leur pays : « les jeunes, vous-mêmes, que pouvez-vous faire pour vous rendre crédibles, rentables dans la société ? » Cette initiative visait à détourner la nouvelle génération du mirage de l’émigration et à l’ancrer davantage dans le pays, de manière à freiner l’émigration et la fuite des cerveaux à l’étranger : « C’est une façon de les retenir au pays et pour eux de se montrer utiles pour eux-mêmes, leur famille et leur pays », car pour l’évêque l’enjeu est bel et bien de « réduire cette immigration des plus développées actuellement» et donc d’éliminer un à un leurs arguments pour le départ. La réduction de l’émigration passe selon lui par l’amélioration du système éducatif et du système de santé, générateur d’emplois, « car si quelqu’un travaille dans un hôpital ou un centre de santé dans une zone rurale et qu’il trouve une bonne école pour éduquer ses enfants, il va rester ».