COE

« Dieu de la vie, conduis-nous vers la justice et la paix ! » (1)


Photo Pasteure Roswitha Golder et Dr. Carol Brown, pasteure de l’Église presbytérienne aux USA et trésorière de l’Association internationale des femmes ministres 

La pasteure Roswitha Golder, anciennement pasteure de l’Église méthodiste latino-américaine de Genève, vient de participer au rassemblement initié par le COE à Busan (Corée du Sud) du 30 octobre au 8 novembre 2013. Responsable d’un groupe d’étude biblique et représentante de l’Association internationale de femmes ministres dans l’Église ainsi que du Forum œcuménique de femmes chrétiennes d’Europe, elle a vécu en première ligne cet événement et nous le rapporte avec émotion. Ici la première partie de son témoignage. La suite dans les deux prochains numéros.

Roswitha Golder, pasteure

Engagement courageux

La 10e assemblée du Conseil œcuménique à Busan (Corée du Sud) s’est terminée sur une célébration de clôture pleine d’émotions et haute en couleur. L’homélie était à la charge du Père Lapsley, prêtre anglican de Nouvelle-Zélande engagé dans la lutte contre l’apartheid en Afrique du Sud, victime d’une bombe cachée dans une publication chrétienne envoyée par la poste. Il a survécu à l’attaque mais perdu ses deux mains et un œil. Son témoignage m’a beaucoup touchée : absence totale de haine, mais engagement fervent pour la paix et la réconciliation associée à sa lutte continue à côté de ceux et celles qui souffrent des discriminations de toutes sortes et sont marginalisés à l’intérieur même de nos Églises.

Contestations

Je suis triste et choquée que des frères et sœurs chrétiens coréens qui nous ont accueillis tous les jours avec des pancartes disant « Jésus est le seul Seigneur » et « Je jeûne depuis 12 jours contre l’hérésie du COE » aient pu se frayer un chemin vers le podium à la fin de cette belle célébration en criant des insultes et en lançant des œufs aux officiants. Il y a apparemment un fossé profond séparant les grandes Églises coréennes, membres ou sympathisantes du COE et d’autres communautés chrétiennes opposées à l’œcuménisme. En particulier, elles reprochent au COE son engagement pour la réunification des deux Corées, le dialogue interreligieux ainsi que son engagement pour l’égalité entre hommes et femmes, voire d’autres sujets d’actualité dans la société.

Les Églises hôtes de l’AG ont essayé de dialoguer avec ces groupes, mais n’y sont pas parvenues. Elles nous invitent donc à prier pour une meilleure compréhension mutuelle entre frères et sœurs chrétiens coréens.

Sous le signe de la prière

Dieu de la vie, conduis-nous vers la justice et la paix : la prière qui constitue le thème de la 10e Assemblée du Conseil œcuménique des Églises à Busan m’a accompagnée tout au long de l’année 2013. En collaboration avec le programme « Communautés justes et inclusives » du COE, « Témoigner ensemble », le mouvement des églises issues de la migration du Centre international réformé John Knox à Genève, a organisé une « Journée à l’AG » le 14 septembre.

Son déroulement correspondait à celui des journées que nous venons de vivre ensemble. On commence par la « Prière du matin » pour passer à l’étude biblique, suivie d’une plénière thématique et du repas de midi.

La figure de Naboth

À Busan, une des études bibliques a été consacrée à la vigne de Naboth en 1 Rois 21,1-22. Elle nous a tous marqués. Elle a eu lieu le jour où paraissait le rapport des experts laissant entendre que la mort de Yassir Arafat était très probablement due à une substance radioactive. Ce Naboth contemporain a donc aussi été assassiné de manière brutale dans un conflit de convoitise et d’occupation illégale du territoire.

Conversations

L’après-midi offre des ateliers et des « Conversations œcuméniques ». À Genève, ces dernières concernaient le programme d’accompagnement du COE en Israël et Palestine ainsi qu’une pétition pour la légalisation des milliers de travailleuses domestiques vivant en tant que « sans papiers » chez nous.

À Busan, ces conversations œcuméniques traitaient de nombreux sujets ; il fallait faire son choix lors de l’inscription à l’assemblée. Les participants étaient donc censés suivre la même thématique durant plusieurs jours, une dynamique de groupe qui permettait d’approfondir le sujet et de lui donner plusieurs éclairages. Chaque groupe devait formuler des affirmations et des défis qui ont nourri la réflexion des délégués et ont été intégrés aux déclarations officielles.

Rencontres

Tout au long de l’Assemblée, l’espace « Madang », coréen pour « patio », offrait de multiples possibilités de rencontres. Des Églises membres du COE, des organisations œcuméniques, ACT Alliance, l’Alliance mondiale des unions chrétiennes féminines, mais aussi le COE lui-même exposaient leurs programmes et invitaient à faire connaissance. Un podium au milieu de cet espace accueillant permettait des concerts, des danses folkloriques et d’autres manifestations concernant le thème de l’AG.

Expositions

Deux expositions m’ont particulièrement interpellée : Celle d’ACT invitant les gens à se munir de l’équipement pour détecter des mines anti-personnelles qui continuent à mutiler des victimes innocentes encore pendant de longues années après la fin de conflits armés. L’autre était celle du programme œcuménique d’accompagnement en Israël et Palestine organisé par le COE. Plusieurs volontaires étaient parmi les délégués à l’AG et ont témoigné de leur expérience. L’exposition était munie d’un « check point » par lesquels l’État d’Israël fait passer les Palestiniens entrant sur son territoire. On voyait aussi un mur imitant celui qui sépare le pays et qui oblige les Palestiniens à faire de longs détours pour rejoindre leurs terres. Il portait l’inscription : « Ce que des mains humaines ont construit, elles peuvent aussi le démolir ». Juste avant la clôture du « Madang », un groupe d’activistes a mis le slogan en pratique : lors d’un acte symbolique accompagné par des tambours et des cris, ils ont fait tomber la construction.

Mes impressions

Il m’est difficile de décrire ce que je ressens et rapporte de Busan. Ce fut une expérience unique, inoubliable. Je me sentais comme sur le Mont de la Transfiguration : j’ai vu le Christ et son Église transformée, lumineuse, faisant envie !

Conseil oecuménique des églises