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Après la tuerie de Newtown

La tuerie de Newtown le 14 décembre dernier dans un établissement scolaire a terni les fêtes de Noël et de fin d’année. Retour sur l’événement, avec grand-angle plutôt que zoom. Chronique partagée avec le mensuel mennonite Christ Seul.


Pour un examen de conscience de la société

Par Marie-Noëlle von der Recke, ancienne secrétaire générale de Church and Peace, Laufdorf, Allemagne

Le peuple américain est à nouveau frappé par un drame. Comme toujours face à des événements aussi graves, la solidarité s’exprime : les familles, les habitants de Newtown, le président Obama, tous accablés par le chagrin, le même sentiment d’horreur, se sentent proches les uns des autres dans la douleur et dans le deuil.

Pourquoi ?

Les « pourquoi ? » fusent. On essaie de comprendre ce qui a déclenché la tuerie, on interroge le passé d’un jeune homme effacé, profondément perturbé, qui n’a laissé aucune explication. Non qu’une explication puisse consoler les proches des victimes. Mais on aimerait comprendre l’incompréhensible, percer le mystère, même si le drame est irréversible.

Pousser la réflexion

La multiplication d’actes de ce type force à réfléchir plus loin. Il y a cinq mois, une tuerie faisait 12 victimes et de nombreux blessés dans un cinéma du Colorado. Il y avait eu les assassinats de Toulouse peu de temps auparavant et le massacre perpétré en Norvège en juillet 2011. Le terme d’« épidémie » ne s’applique pas ici, car une épidémie peut emporter beaucoup plus de vies humaines que ces éruptions de violence même prises ensemble. Celui de « maladie » convient peut-être mieux, avec des symptômes similaires (la tranche d’âge des tueurs, la préméditation, le choix des armes, le choix de victimes sans défense, l’usage d’armes lourdes, l’imprévisibilité pour l’entourage) et des effets semblables (vies détruites, stupeur, deuil).

Mal social

Mais il serait bien simpliste de réduire le phénomène à une maladie (la folie) qui affecterait – exceptionnellement — certains jeunes gens. S’il y a maladie, c’est d’une maladie de société qu’il faut parler. Ou du terrain qui favorise son irruption chez certaines personnes. Aborder le problème ainsi, c’est regarder les faits non plus avec un « zoom » braqué sur les tueurs, mais avec un objectif « grand-angle » qui inclut le contexte dans lequel leurs actes sont commis. Ou, pour reprendre l’image de la maladie, c’est faire une anamnèse et des examens approfondis pour élucider les causes profondes, invisibles, du mal.

Nos enfants

La démarche n’est pas évidente. Le zoom sur les tueurs nous place dans le rôle de juges, nous cherchons les mots pour qualifier leurs actes, nous voyons en eux des monstres et nous demandons : comment pouvons-nous nous protéger et protéger nos enfants contre une telle inhumanité ? Le grand-angle sur la société qui donne naissance à de tels événements est plus exigeant. Il s’agit de regarder dans un miroir le contexte dans lequel nous vivons, les valeurs portées par notre société, le vide dans lequel certains jeunes grandissent, sans que nul ne s’en aperçoive. C’est la famille humaine qui est touchée par de tels événements, et il nous faut parvenir à une douloureuse constatation : ces jeunes qui commettent de tels actes, ce sont aussi nos enfants.

Examen de conscience

Espérons et prions pour qu’un « examen de conscience » social soit mené à la suite des drames de Newton et d’ailleurs. Aux USA, le premier fruit d’une telle anamnèse devrait être une loi sur la vente d’armes automatiques. Mais d’autres thèmes — la banalisation de la violence sur les écrans et les jeux vidéo, l’apologie de la violence armée comme moyen de résoudre les conflits politiques, le racisme sous toutes ses formes ainsi que le mal-être d’une génération sans avenir — devraient être abordés, eux aussi.

Sel et lumière

Prions que les Églises jouent leur rôle de sel et lumière dans un tel mouvement. L’Église n’est pas un îlot spirituel, un havre de paix coupé du monde dans lequel se produisent ces crimes. Les disciples sont appelés à incarner d’autres valeurs. Ils ne sont pas là seulement pour consoler ceux qui sont frappés par de telles tragédies. Ils ont leur mot à dire face aux idéologies qui imprègnent la société. Et leur présence est capitale dans tous les domaines de l’éducation et du vivre ensemble.