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Forces et faiblesses de l’engagement flexible Frédéric de Coninck

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Frédéric de Coninck, membre de l’Église évangélique mennonite de Villeneuve-le-Comte, prédicateur et sociologue de renom, rappelle la solidarité active à laquelle nous sommes tenus. Cette chronique Actu est commune à quatre mensuels évangéliques (Horizons évangéliques, Christ seul, Pour la Vérité et ENroute).

Engagements réduits

Une des caractéristiques des sociétés modernes est d’avoir réduit considérablement la force et la durée des engagements de personne à personne. L’esclave d’autrefois était propriété de son maître 24 heures sur 24 et pour toujours. Le salarié, en revanche, n’est lié à son employeur que par un contrat révocable et pour une durée de travail limitée dans la journée et dans la semaine. Il y a beaucoup d’autres exemples : il nous est possible de bénéficier d’une assurance-maladie et d’une assurance vieillesse qui ne nous font pas dépendre de la solidarité de nos proches ; nous payons des impôts afin que d’autres que nous s’occupent de personnes en difficulté ; nous ne voulons pas dépendre d’un seul vendeur, d’une seule marque ; etc.

Comportements versatiles

Cela donne à nos comportements un tour plutôt versatile qui est assez frustrant pour celui qui compte sur les autres. Mais, avant de déplorer cette situation ou de s’en réjouir, il faut faire quelques commentaires. Le grand économiste Keynes avait analysé simplement la logique fondamentale du marché des actions : Celui qui investit directement son argent dans une entreprise voit son argent bloqué. Celui qui achète des actions de la même entreprise peut, en revanche, les revendre quand il veut. Il est donc beaucoup moins risqué d’acheter des actions. Celui qui a besoin d’argent pour investir préférerait sans doute des partenaires stables, mais qui oserait, sachant que le succès d’une entreprise est quelque chose de difficilement prévisible sur le long terme, courir des risques énormes en bloquant son argent pour des profits incertains. L’existence d’un marché des actions permet aux entreprises d’investir parce qu’elle permet aux investisseurs de limiter leurs risques. On lève beaucoup plus d’argent de cette manière-là.

« Nous sommes liés aux autres pour le meilleur et pour le pire »

Nature de nos engagements

Cela situe bien les termes de l’alternative : Est-ce qu’en rendant les engagements moins risqués, plus réversibles, plus flexibles, on les rend plus faciles et donc plus fréquents ? Le bon Samaritain, sur la route de Jérusalem à Jéricho, voit ses possibilités de solidarité accrues par l’existence d’une auberge. Il secourt le blessé et puis il le laisse à l’auberge. Il verse une somme d’argent qui lui permet de s’absenter en vérifiant simplement, au retour, que tout est dans l’ordre.

L’affaire des pros

Aujourd’hui la solidarité est, en partie, prise en charge par des travailleurs sociaux, par des œuvres ou par des organisations non gouvernementales. Les salariés de ces institutions exercent une solidarité qui ne les lie pas aux personnes secourues plus que ne l’exige leur contrat de travail. Les bénévoles qui interviennent le font à temps partiel. Chacun est libre de contribuer financièrement à des opérations caritatives sans intervenir lui-même sur le terrain. Le résultat total est que, sur la surface de la Terre, il n’y a jamais eu autant d’institutions à caractère social.

Notre affaire

N’a-t-on pas, ce faisant, perdu en route l’idée que nous sommes liés aux autres pour le meilleur et pour le pire ? Oui sans doute. Mais voyons bien les choses dans leur ensemble avant de juger.