Méditation


“C’est injuste !” par le pasteur Pierre Geiser

L’histoire de Naaman (2R 5.1-19) est un des nombreux récits fascinants que ceux d’entre nous qui ont fréquenté l’école du dimanche dans leur enfance ont gardé dans leur mémoire. Récemment, en revenant à ce texte, en lien avec la journée mondiale de la Lèpre, le pasteur Pierre Geiser, secrétaire général de la Mission évangélique contre la lèpre, a été frappé par les nombreuses injustices qui en font la trame.

L’histoire de Naaman, un tissu d’injustices

39Naaman


Une jeune esclave, arrachée à sa famille et à son pays. Nous ne connaissons même pas son nom ! Les soldats syriens l’ont amenée, malgré ses cris et ses pleurs. Ils n’ont que faire de la douleur d’une mère et du désarroi d’un père. Elle est encore petite, mais ceci n’a pas empêché Naaman de se l’approprier pour qu’elle soit la servante de sa femme. C’est injuste, mais peut-être voulait-il la protéger d’une situation qui aurait pu être bien pire !

Un roi piégé par son voisin belliqueux

Quand Naaman arrive au palais royal à Samarie avec sa lettre de recommandation, le roi se met en colère. Il prend ses serviteurs à témoin du piège qui lui est tendu. Le roi de Syrie ne s’est pas contenté d’emmener des captifs, il lui demande maintenant de guérir le général de son armée, responsable des incursions et des pillages qu’Israël a dû subir. C’est injuste.

Un prophète qui n’y comprend rien en relations humaines

Quand Naaman arrête son char devant la maison d’Élisée, celui-ci ne daigne même pas venir à sa rencontre. En plus il lui demande d’aller se laver dans le Jourdain. A-t-il donc fait tout ce déplacement pour cela ? C’est injuste.

Mais il y a de l’espoir malgré ces injustices

Naaman jouit de la faveur du roi ; cette faveur est plus forte que la peur et le poids des usages qui devraient obliger cet officier à quitter son poste.

La jeune esclave n’est pas rancunière ; au fond d’elle-même elle trouve le courage de témoigner de l’intérêt et de proposer que Naaman se rende en Israël pour être purifié de sa lèpre.

Le roi reçoit un message du prophète Élisée. Élisée demande au roi de lui envoyer Naaman afin que celui-ci soit guéri et qu’il sache qu’en Israël il y a un Dieu Tout-Puissant.

Les serviteurs de Naaman savent lui faire entendre raison. Alors que celui-ci s’irrite contre le prophète Élisée, ses serviteurs trouvent les arguments pour le convaincre de faire ce qu’Élisée a dit.

Il existe bien d’autres injustices !

crucifixion

miniature du XIII siècle, Venezia Biblioteca Marciana

La lèpre continue de faire de nombreuses victimes. Toutes les 2 minutes, quelque part dans le monde une personne apprend qu’elle a la lèpre. Dans de très nombreux cas, ces personnes, dont près de 30 % sont des enfants, auraient dû être détectées et soignées avant que la maladie ne puisse causer des dégâts irréversibles. Les médicaments existent. Les craintes ancestrales qui font de cette maladie un signe de malédiction pèsent encore très lourd. Les inégalités sociales, la corruption et les guerres retardent le recours aux soins. C’est injuste : Jésus est venu, lui le juste, mourir pour nous pécheurs. C’est la plus grande injustice.

Il a brisé la malédiction du péché ; il nous a demandé de l’annoncer à tous les hommes, riches ou pauvres, proches ou lointains.

Pourtant, nous avons du mal à prendre la mesure du poids de cette malédiction et de notre responsabilité de messager de la Bonne Nouvelle. Est-ce juste ?